L’irréductible soutien de la Russie à Maduro

Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino (le deuxième à partir de la gauche), a été photographié à l’occasion de l’arrivée de deux bombardiers russes à l’aéroport de Maiquetía - Simón Bolívar, situé au nord de Caracas, le 10 décembre dernier. 
Photo: Federico Parra Agence France-Presse Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino (le deuxième à partir de la gauche), a été photographié à l’occasion de l’arrivée de deux bombardiers russes à l’aéroport de Maiquetía - Simón Bolívar, situé au nord de Caracas, le 10 décembre dernier. 

De longue date, Nicolás Maduro, et avant lui son prédécesseur Hugo Chávez, a fait partie des visiteurs étrangers du Kremlin les plus réguliers. En cinq ans et demi de pouvoir à la tête de l’État vénézuélien, il s’est rendu pas moins de quatre fois en Russie — sa dernière visite remontant à décembre 2018, juste avant son investiture pour un second mandat. Cette relation privilégiée a contribué à la vive réaction à Moscou, jeudi 24 janvier, après la proclamation par l’opposition vénézuélienne d’un « président bis », Juan Guaidó, immédiatement reconnu par les États-Unis.

Vladimir Poutine a lui-même appelé en début de soirée Nicolás Maduro pour exprimer son soutien « aux autorités légitimes du Venezuela dans le contexte d’une crise politique intérieure exacerbée provoquée de l’extérieur ». Plus tôt dans la journée, son porte-parole, Dmitri Peskov, avait dénoncé une « tentative d’usurpation du pouvoir » après que le président du Parlement, Juan Guaidó, s’est présenté comme le « président » par intérim.

« Après avoir échoué dans leur tentative de destituer Nicolás Maduro, y compris par son élimination physique, les opposants extrémistes du gouvernement légitime vénézuélien ont choisi le scénario le plus conflictuel », a fustigé de son côté le ministère russe des Affaires étrangères.

Dans un long communiqué, la diplomatie russe dénonce « ceux qui poussent la société vénézuélienne vers le gouffre d’une guerre civile sanglante » et « les actions sans vergogne de Washington », accusé de « jouer le rôle d’arbitre autoproclamé du destin des autres nations ».

Une catastrophe pour la Russie

Pour la Russie, un changement de pouvoir à la tête du Venezuela serait une catastrophe. Depuis le début des années 2000, Moscou et les grandes compagnies russes ont en effet déboursé au moins 17 milliards de dollars dans le pays, sous forme d’investissements et de crédits. « Si le régime de Maduro ne résiste pas, il faudra dire au revoir à près de vingt ans d’efforts », résumait jeudi le site russophone The Bell.

Il y a un an, pour soutenir son allié confronté à la faiblesse des prix du pétrole et en difficulté après les sanctions imposées par les États-Unis, Moscou a accepté un rééchelonnement de la dette de 3,15 milliards de dollars. En novembre 2018, une délégation d’experts russes avait été envoyée à Caracas pour tenter d’enrayer la crise économique aiguë de son allié.

Photo: Maxim Shemetov Agence France-Presse Le président de la Russie, Vladimir Poutine, a rencontré son homologue vénézuélien, Nicolás Maduro, à Moscou le 5 décembre dernier.

L’équipe russe, dont faisait partie le vice-ministre des Finances, Sergueï Storchak, « fournira une assistance au Venezuela pour l’élaboration de mesures de gestion de l’économie en cas de crise », avait alors déclaré le porte-parole du ministère des Finances, Andreï Lavrov, sans plus de précisions.

Un mois plus tard, à l’issue de son entretien avec Vladimir Poutine, Nicolás Maduro annonçait que la Russie allait investir dans l’industrie pétrolière « plus de 5 milliards de dollars » et « plus d’un milliard » dans l’industrie minière, en plus de la livraison de 600 000 tonnes de blé.

Au même moment, le 10 décembre, deux bombardiers russes TU-160 arrivaient sur une base du Venezuela accompagnés de deux avions AN-124 et Il-62 pour des vols d’entraînement avec l’armée vénézuélienne. Quoique repartie cinq jours plus tard, cette échappée aérienne avait suscité les sarcasmes du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo : « Deux gouvernements corrompus dilapident l’argent public », avait-il ironisé sur Twitter.

Jeudi, le cours du géant pétrolier russe Rosneft a commencé à baisser à la Bourse de Moscou après l’annonce du soutien des États-Unis et d’autres pays du continent américain au jeune « président » par intérim. L’entreprise, dirigée par Igor Setchine, est particulièrement impliquée au Venezuela, où elle possède des parts de la compagnie nationale vénézuélienne PDVSA. Depuis 2016, selon The Bell, Rosneft aurait prépayé les livraisons pétrolières en provenance du Venezuela, « soit au minimum 6 milliards de dollars de crédits ».

Dans son livre Les hommes du Kremlin paru en 2018, le journaliste Mikhail Zygar présentait Igor Setchine comme celui qui avait convaincu Hugo Chávez de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud après la guerre éclair entre la Russie et la Géorgie en 2008. En échange, un nouveau prêt d’un milliard de dollars pour l’achat d’armes avait été consenti au Venezuela.