Une paralysie budgétaire prolongée

Des employés remplacent une vieille barrière à la frontière américano-mexicaine à Tijuana.
Photo: Guillermo Arias Agence France-Presse Des employés remplacent une vieille barrière à la frontière américano-mexicaine à Tijuana.

Les États-Unis sont sur le point d’atteindre le plus long épisode de « shutdown » de leur histoire alors que le président Donald Trump vient de claquer la porte d’une discussion de négociation avec les leaders démocrates pour sortir de l’impasse budgétaire qui paralyse le gouvernement depuis plus de dix-neuf jours.

Au lendemain de son discours à la nation, où il a évoqué la nécessité de construire un mur à la frontière sud et accusé les démocrates, qui refusent de financer ce mur, d’être les seuls responsables de l’impasse budgétaire, il s’est rendu au Capitole, où une série de rencontres étaient prévues mercredi.

Accompagné du vice-président Mike Pence, le président a tout d’abord rencontré les sénateurs républicains au cours d’un déjeuner de travail pour rallier le soutien de ses troupes. Aux journalistes, il a affirmé qu’il jouissait d’un « formidable » soutien de son parti et que la paralysie durerait « tout le temps qu’il faudra ».

Plus tard dans la journée, Donald Trump a rencontré les élus démocrates à la Maison-Blanche pour une nouvelle ronde de négociations qu’il a par la suite qualifiée de « totale perte de temps » sur Twitter. « J’ai dit bye-bye », a-t-il ajouté.

« Le président s’est levé et est parti », a relaté Chuck Schumer, leader des démocrates au Sénat, juste après la rencontre. « Une nouvelle fois, nous avons assisté à un caprice parce qu’il ne pouvait obtenir ce qu’il voulait. »

 
Photo: Alex Wong Getty Images / AFP Le président a rencontré les sénateurs républicains pour rallier le soutien de ses troupes. Aux journalistes, il a affirmé qu’il jouissait d’un «formidable» soutien de son parti et que la paralysie durerait «tout le temps qu’il faudra».

Rappelons que 800 000 fonctionnaires fédéraux ne sont plus payés depuis plus de deux semaines en raison du shutdown. Le président refuse d’adopter la loi budgétaire si celle-ci n’inclut pas un montant de 5,7 milliards de dollars pour la construction du mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Les démocrates y sont carrément opposés et le gouvernement est donc paralysé depuis 19 jours, pour ce qui est devenu le plus long shutdown de l’histoire américaine après celui de 21 jours sous la présidence de Bill Clinton entre la fin de l’année 1995 et le début de 1996.

Quelle sortie de crise ?

Plus le temps file et plus les voies de passage pour trouver une sortie honorable pour les deux clans diminuent, constate Rafaël Jacob, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.

« On est vraiment coincés, les deux clans sont complètement à l’opposé, et plus le temps avance, moins on voit de signes de compromis », affirme M. Jacob.

Le chercheur ne voit plus que deux avenues possibles : soit le président évoque l’urgence nationale et finance son mur à même les fonds du département de la Défense, un scénario qu’il juge « de plus en plus plausible », soit il fait volte-face sous la pression de son propre parti. « Les démocrates au congrès sont unis dans l’opposition, mais les élus républicains par contre ne sont pas unanimes derrière Donald Trump. Il y a donc un risque, si l’impasse s’éternise, qu’il y ait de plus en plus de fissures dans l’unité républicaine et que ça le force à reculer. »

Le chercheur rappelle que des républicains ont évoqué publiquement la possibilité d’appuyer une mesure budgétaire qui n’inclurait pas de financement pour le mur, bien que, en ce moment, la très grande majorité des républicains appuient le président. « Il y a des chances que si ça s’éternise, il y ait de plus en plus de républicains qui quittent le navire parce que lorsqu’on regarde les sondages, c’est clairement le président et son parti qui sont blâmés. Et si ça commence à avoir des impacts importants sur l’économie américaine, la pression va commencer à se faire sentir sur les élus républicains, surtout pour ceux qui ont des campagnes de réélection plus difficile en 2020. Il pourrait alors y avoir suffisamment de pression mise par les républicains les plus récalcitrants du Congrès sur le président pour le forcer à capituler, mais il y aurait alors un risque énorme pour le président de perdre la face. »

À l’inverse, M. Jacob ne voit pour l’instant « aucun scénario plausible dans lequel les démocrates capitulent — que ce soit dans un jour ou dans une semaine — et acceptent de financer le mur à la hauteur de 5 milliards de dollars ».

Sur les ondes de CNN mercredi, le sénateur républicain Marco Rubio a résumé le rapport de force par ces mots : « Les deux camps sont convaincus d’être ardemment soutenus par la base de leur parti, par ceux qui les ont élus. Les deux camps ont le sentiment que s’ils cèdent, cela leur coûtera politiquement extrêmement cher. »

Jeudi, le président se rendra à la frontière avec le Mexique « pour rencontrer ceux qui sont en première ligne », dans un autre effort pour persuader les Américains de la nécessité d’y ériger un mur.

Son fils Donald Trump Jr, a par ailleurs semé la controverse en comparant ce mur aux protections d’un zoo. « Vous savez pourquoi vous pouvez apprécier une journée au zoo ? Parce que les murs, ça marche », a-t-il écrit dans une story sur Instagram mardi soir.

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press