Le gouvernement Bolsonaro prend ses fonctions

Jair Bolsonaro (à l’avant), au Congrès, avant de prendre la tête du Brésil. Le nouveau président veut radicalement rompre avec l’ordre établi.
Photo: Nelson Almeida Agence France-Presse Jair Bolsonaro (à l’avant), au Congrès, avant de prendre la tête du Brésil. Le nouveau président veut radicalement rompre avec l’ordre établi.

Les ministres du gouvernement d’extrême droite de Jair Bolsonaro ont pris mercredi leurs fonctions, en ordre de bataille pour « remettre le Brésil debout » et avec la bénédiction de la Bourse de São Paulo, qui a terminé la séance sur un record historique.

Le gouvernement a été resserré dans un souci d’efficacité (sept ministres de moins que dans le gouvernement précédent) mais est composé de personnalités en majorité inexpérimentées, ce qui n’a pas altéré l’optimisme des marchés, qui attendent des mesures ultralibérales.

Les ministres, parmi lesquels sept militaires à la retraite et seulement deux femmes, ont été intronisés au cours de cérémonies protocolaires au lendemain de l’investiture en grande pompe du président Bolsonaro.

Mercredi, le chef de l’État ne s’est exprimé qu’à l’occasion de l’entrée dans ses fonctions du nouveau ministre de la Défense, signe de l’importance qu’il accorde aux questions militaires.

« Le peuple, dans sa grande majorité, veut de la hiérarchie, du respect, de l’ordre et du progrès », a affirmé le chef de l’État, citant la devise du Brésil, « Ordre et progrès ».

Jair Bolsonaro, 63 ans, veut radicalement rompre avec l’ordre établi et le gouvernement devrait rapidement se mettre au travail pour faire prendre à la première puissance latino-américaine un virage qui s’annonce brutal tant sur le plan économique que sur le plan sociétal ou diplomatique avec un réalignement total sur les États-Unis.

« Nous sommes face à un grand défi : remettre le Brésil debout », a déclaré mercredi Onyx Lorenzoni, le ministre de la Maison civile — poste à mi-chemin entre premier ministre et chef de cabinet.

« Nous surprendrons par notre capacité à dialoguer. Le Congrès a besoin du dialogue et le président le sait », a-t-il ajouté, le parti gouvernemental, le Parti social libéral (PSL), minoritaire, n’étant pas en mesure de transformer le Brésil sans de nombreuses alliances politiques.

La Bourse s’envole

Poids lourd du gouvernement, Paul Guedes, le ministre ultralibéral de l’Économie auquel revient un portefeuille très élargi, a déclaré pendant son investiture que « la réforme des retraites était le premier et le plus grand défi » du gouvernement.

Jair Bolsonaro n’avait pas soufflé mot pourtant la veille dans ses discours d’investiture de l’épineuse refonte d’un régime très coûteux pour l’État, réclamée avec insistance par les marchés.

Après l’intervention du ministre — qui a évoqué les « trois piliers » de sa politique : retraites, privatisations et réforme fiscale —, l’indice Ibovespa de la Bourse de São Paulo s’envolait, passant pour la première fois au-dessus du seuil des 90 000 points, à 91 012,32, un record historique, après une hausse de 3,56 %.

Star du gouvernement, le ministre de la Justice, l’ex-juge anticorruption Sergio Moro, figure emblématique de l’enquête contre la corruption « Lavage express » effectuée de Curitiba, a dit être convaincu de pouvoir lutter plus efficacement contre ce fléau.

« Un juge de Curitiba ne peut pas faire grand-chose au sujet [des] politiques plus générales » nécessaires contre la corruption, « mais maintenant, au gouvernement, il se peut que ce soit différent », a-t-il avancé.

Dans la matinée, Jair Bolsonaro a rencontré le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, qui avait représenté le président Donald Trump à son investiture, l’occasion pour Brasília de confirmer son réalignement sur Washington.

« Nous pensons qu’il y a une occasion entre les présidents [Donald] Trump et Bolsonaro et nos deux équipes de créer une [relation] réellement transformée entre nos deux nations », a déclaré M. Pompeo.

« Les États-Unis sont prêts à travailler à vos côtés » sur le plan économique, « mais aussi de la sécurité », a-t-il ajouté. Il a également évoqué une « occasion de travailler ensemble contre les régimes autoritaires », allusion à Cuba et au Venezuela, et fait une référence voilée à la nécessité de freiner l’expansionnisme chinois.

La politique étrangère de Jair Bolsonaro sera très « trumpienne » : rejet du multilatéralisme, des régimes étrangers de gauche, rapprochement avec Israël, critique de la Chine et climato-scepticisme.