Brésil: un médium controversé se livre à la police

Le «guérisseur spirituel» João de Deus (au centre) était escorté par des fidèles lors de son arrivée à son temple d’Abadiania, mercredi.
Photo: Evaristo SA Agence France-Presse Le «guérisseur spirituel» João de Deus (au centre) était escorté par des fidèles lors de son arrivée à son temple d’Abadiania, mercredi.

Accusé d’agressions sexuelles par plusieurs centaines de femmes, le médium brésilien João de Deus (Jean de Dieu), ami des vedettes et adulé par des milliers de fidèles du monde entier, s’est rendu aux autorités dimanche.

De son vrai nom João Teixeira de Faria, le médium de 76 ans qui pratiquait des prétendues « guérisons spirituelles » dans son temple à Abadiania, dans l’État de Goias, près de Brasilia, était sous le coup d’un mandat d’arrêt depuis vendredi.

Plusieurs télévisions brésiliennes ont montré en direct son arrivée à bord d’un véhicule de police noir aux vitres teintées au commissariat central de Goiania, capitale de Goias (centre-ouest).

Quelques minutes plus tôt, une vidéo filmée à l’aide d’un téléphone mobile par une journaliste du quotidien Folha de S. Paulo montrait le médium sortant d’une voiture sur un chemin de terre avant de se rendre aux policiers à bord d’autres véhicules.

Vêtu d’une simple chemise blanche à manches courtes, il semblait fatigué et abattu.

« Quand j’ai appris [les accusations dont je fais l’objet], je me suis remis à la justice divine et comme je l’ai promis, je me rends à présent pour me remettre à la justice de la terre », a affirmé João de Deus dans une des vidéos filmées par la journaliste.

Devant le commissariat, son avocat, Alberto Toron, a affirmé qu’il déposera dès lundi une demande d’habeas corpus et qu’il espère que son client bénéficiera d’une assignation à résidence, plutôt que de rester en prison.

Considéré comme fugitif par les autorités brésiliennes depuis samedi, le médium avait déjà clamé son innocence mercredi, lors de sa dernière apparition publique, à son temple d’Abadiania.

Il n’était resté qu’une dizaine de minutes, le temps de prendre un bain de foule au milieu de centaines de fidèles vêtus de blanc.

Série de révélations

Le journal O Globo a révélé samedi que ce même jour, soit mercredi dernier, il avait retiré 35 millions de réaux (environ 12 millions de dollars canadiens) de plusieurs comptes en banque.

Ce retrait suspect aurait motivé les autorités à délivrer vendredi un mandat d’arrêt à l’encontre de João de Deus pour éviter qu’il tente de fuir le pays, ou qu’il mette cette somme à l’abri avant son arrestation, selon les médias brésiliens.

Le scandale a éclaté après la diffusion la semaine dernière d’une enquête sur TV Globo, la plus grande chaîne de télévision brésilienne, présentant des témoignages de femmes relatant notamment avoir été contraintes de le masturber ou de pratiquer des fellations lors de séances de « guérison spirituelle ».

Lors d’un entretien à l’hebdomadaire Veja, Dalva Teixeira, fille de João de Deus, a révélé avoir été agressée sexuellement par son propre père dès l’âge de 10 ans, jusqu’à ses 14 ans. Elle a fui après avoir été frappée par le médium quand il a découvert qu’elle était enceinte.

« Mon père est un monstre », a affirmé cette Brésilienne, aujourd’hui âgée de 49 ans.

Depuis l’émission de TV Globo, des centaines de femmes ont affirmé avoir été victimes d’agressions sexuelles de sa part. Le parquet de l’État de Goias a reçu 330 plaintes provenant de tout le pays, ainsi que de six pays étrangers : l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, la Bolivie, les États-Unis et la Suisse.

La réputation du médium a largement dépassé les frontières du Brésil. En 2012, il avait reçu dans sa ville d’Abadiania la visite de la vedette de la télévision américaine Oprah Winfrey.

Mercredi, cette dernière a retiré d’Internet la vidéo d’une émission qu’elle avait enregistrée avec João de Deus à Abadiania et a déclaré espérer que « justice soit faite ».

Les trois derniers présidents brésiliens ont eu recours à ses services : Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) et sa dauphine, Dilma Rousseff (2011-2016), tous deux atteints d’un cancer, et le chef de l’État actuel, Michel Temer, qui lui a rendu visite avant une opération à la prostate.

La ville d’Abadiania craint à présent de voir son économie s’effondrer sans la manne du « tourisme spirituel ».

D’après le maire de cette ville de 17 000 habitants, la réputation du médium attire près de 10 000 visiteurs par mois, dont 40 % venus de l’étranger.