Panama: des détenus rêvent de liberté en préparant la visite du pape

Des détenus de la prison La Joya travaillaient le 13 novembre dernier à la construction de plus de 200 confessionnaux pour les Journées mondiales de la jeunesse, qui doivent se tenir en janvier prochain au Panama.
Photo: Luis Acosta Agence France-Presse Des détenus de la prison La Joya travaillaient le 13 novembre dernier à la construction de plus de 200 confessionnaux pour les Journées mondiales de la jeunesse, qui doivent se tenir en janvier prochain au Panama.

Fabriquer un confessionnal et rêver de liberté : au Panama, des détenus préparent la visite du pape François en janvier, avec l’espoir d’un pardon ou d’une grâce.

Les odeurs de sciure et de peinture envahissent un atelier improvisé dans la prison de La Joya, à une trentaine de kilomètres au nord-est de la capitale panaméenne.

Au milieu des coups de marteaux, une trentaine de détenus s’activent. Certains coupent des planches, tandis que d’autres les assemblent pour donner forme à de petits isoloirs peints de couleurs vives et ornés d’une grande croix.

Environ 250 de ces confessionnaux seront installés dans un parc de la capitale à l’occasion de la visite du pape François pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), grand rassemblement catholique prévu à Panama du 22 au 27 janvier.

Contre ce travail non rémunéré, la plupart des prisonniers rêvent que le souverain pontife leur accorde une grâce pour échapper à cette prison surpeuplée, connue pour ses difficiles conditions de détention.

« Je demanderai [au pape] qu’il me laisse une chance, qu’il me gracie, c’est à cela que nous aspirons tous ici », confie Félix Salinas, un chauffeur de 50 ans, emprisonné depuis trois ans dans le pénitencier qui compte 9700 détenus, le double de sa capacité.

Un de ses compagnons de détention, Justino Hernandez, un fervent catholique de 62 ans, renchérit : « Le plus important, c’est de lui dire que nous avons tous droit à une deuxième chance et à la liberté, qu’il nous donne la chance de sortir de cet endroit », explique-t-il, se disant prêt à demander le pardon du pape « autant de fois qu’il le voudra ».

Certains confessionnaux fabriqués par les détenus sont ouverts, destinés aux fidèles qui voudront s’entretenir avec le souverain pontife. D’autres sont fermés, spécifiquement dévolus à la confession.

Vingt-cinq ans après la visite de Jean-Paul II en 1983, la venue de François suscite une forte attente dans le pays, en grande majorité catholique.

La plupart des détenus participent pour la première fois à une telle initiative, mais le succès est tel que d’autres demandes sont arrivées à la prison : la construction de 70 points d’information qui seront utilisés pendant les cinq jours de rassemblement, et la fabrication de sacs de pique-nique pour les pèlerins.

Sous-directrice de l’administration pénitentiaire, Sharon Diaz explique que le nombre de participants au projet a dépassé les attentes. D’autant qu’il permet aux prisonniers de diminuer leur peine d’une journée pour chaque jour travaillé.

« Les détenus ont abordé ce travail pas seulement d’un point de vue personnel, mais aussi spirituel. Le plus surprenant, c’est que certains ne sont pas catholiques et, malgré cela, ils se sont enthousiasmés pour cette initiative et ont travaillé dur », souligne-t-elle.

« Cela m’a beaucoup plu. Pour être sincère, c’est comme apporter sa petite pierre à un immense édifice, un événement mondial qui va se dérouler ici au Panama », confie Jesus Arguelles, un détenu de confession évangélique chargé d’assembler les isoloirs.

« Je sens que tout cela est un message de Dieu », veut croire de son côté Melis Guerrero, en découpant des planches.

« Beaucoup pensent que le pape viendra les bénir, qu’il les regardera et reconnaîtra qu’ils ont fait un effort pour faire ce travail. Ils veulent montrer au pape qu’ils sont prêts à demander pardon, à se repentir », explique Luis Diaz, chargé de superviser l’atelier de construction.

Sharon Diaz, la responsable de l’administration pénitentiaire, rappelle cependant que toute grâce ou réduction de peine doit « se conformer aux dispositions légales de notre pays ».