Les risques que pose le régime Bolsonaro

Jair Bolsonaro, du Parti social libéral, a multiplié les déclarations intempestives ces dernières semaines.
Photo: Ricardo Moraes Pool AFP Jair Bolsonaro, du Parti social libéral, a multiplié les déclarations intempestives ces dernières semaines.

Un homme fougueux et imprévisible, nostalgique du passé dictatorial de son pays, a pris les commandes du Brésil.

Jair Bolsonaro, du Parti social libéral, a multiplié les déclarations intempestives ces dernières semaines, s’en prenant tour à tour aux femmes, aux homosexuels et aux minorités ethniques. Pour venir à bout du marasme économique et du sentiment d’insécurité qui rongent le Brésil, le candidat d’extrême droite a lancé des propositions à l’emporte-pièce, suggérant notamment d’offrir une protection juridique aux policiers qui abattent des criminels.

Des solutions qui devront être précisées, détaillées, et qui devront rallier certains élus de l’opposition. Un jeu d’alliance devra nécessairement se déployer puisque le parti du président n’a pas réussi à s’emparer de la majorité au Congrès aux élections législatives du 7 octobre dernier. Des membres de son entourage ont toutefois clairement évoqué la possibilité de faire appel à l’armée si la main tendue n’était pas saisie. Simple menace ou réel avertissement ?

Selon Françoise Montambeault et Jean-François Mayer, codirecteurs du Réseau d’études latino-américaines de Montréal, la démocratie brésilienne fait face à un réel danger. « Il y a une crainte d’une dérive autoritaire qui est vraiment palpable, rapporte Mme Montambeault, professeure de sciences politiques à l’Université de Montréal. Il y a une grande imprévisibilité quant à la manière dont [Jair Bolsonaro] va gouverner et quant à la façon dont il va gérer l’opposition. »

Déjà, l’entourage de Bolsonaro a laissé entendre que les institutions démocratiques ne devraient pas être une barrière à la mise oeuvre de son programme. Mais l’armée ne débarquera pas à Brasilia dès cette semaine, tempère M. Mayer, professeur de sciences politiques à l’Université Concordia.

Bolsonaro et son équipe tenteront vraisemblablement d’abord de gouverner en plaçant leurs pions au Congrès. « La discipline de parti est faible au Brésil », souligne-t-il, ce qui signifie que certains élus pourraient être tentés de se laisser charmer par Bolsonaro. Le président peut aussi gouverner pendant un certain temps par décrets, explique M. Mayer. « Si l’appareil étatique brésilien devenait paralysé, c’est là que se produirait le grand test », avance-t-il.

Ce que l’on appelle un « autocoup » pourrait alors survenir. Une situation qui a prévalu au Pérou dans les années 1990 sous la présidence d’Alberto Fujimori. En vertu de ce scénario, « l’armée intervient pour fermer le parlement, mais le président continue de gouverner avec la collaboration de l’armée », explique M. Mayer. Le pouvoir législatif est ainsi neutralisé, laissant la voie libre au président.

Aux côtés de cette crainte d’un soubresaut dictatorial s’ajoute l’incertitude quant à la capacité de Bolsonaro de colmater le schisme qui fissure la société brésilienne. « Il s’alimente lui-même de ce discours d’intolérance et de cette polarisation », pointe Mme Montambeault, questionnant la capacité du nouveau président d’adopter un ton plus rassembleur.

Les prochaines semaines seront donc déterminantes. Après avoir proposé de continuer « de restreindre le rôle social joué par l’État » et « d’ouvrir l’Amazonie à une plus grande exploitation de ses ressources », Bolsonaro devra aller au-delà des « slogans » pour mettre en place un réel projet de société, estime M. Mayer.