Des Québécois se recueillent à la mémoire des victimes

<p>Des dizaines de personnes ont répondu à l’appel d’organisations juives et se sont rassemblées devant le Musée de l’Holocauste à Montréal dimanche.</p>
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Des dizaines de personnes ont répondu à l’appel d’organisations juives et se sont rassemblées devant le Musée de l’Holocauste à Montréal dimanche.

Au lendemain de la fusillade survenue dans une synagogue de Pittsburgh, des Montréalais se sont recueillis dimanche midi à la mémoire des 11 victimes. Dans un contexte de montée de la droite un peu partout dans le monde, les appels à la solidarité se font plus pressants.

Des dizaines de personnes ont répondu à l’appel d’organisations juives et se sont rassemblées devant le Musée de l’Holocauste à Montréal dimanche. Elles ont témoigné de leur sympathie à l’égard des onze personnes mortes à Pittsburgh, mais aussi de leurs craintes face au discours ambiant de droite.

« Ce n’est pas un geste isolé. Ça fait partie d’une plus large suite d’événements. C’est arrivé aussi à Québec, pas envers les juifs, mais envers les musulmans. C’est lié », estime Hani Abramson, de l’organisme Independent Jewish Voices McGill.

Coorganisateur du rassemblement, Niall Ricardo, de Voix juives indépendantes, croit qu’il faut privilégier l’unité au sein de la communauté juive. « Il faut mettre de côté les divergences qu’on peut avoir pour s’unir face à la menace », dit-il.

Cette tuerie est survenue dans le pays de Trump, mais la droite gagne du terrain dans plusieurs pays du monde. « La rhétorique qu’on entend de plusieurs groupes politiques, mais aussi de l’extrême droite et des partis de droite, se normalise dans le discours politique. Il faut que ça cesse », soutient M. Ricardo.

Hausse des crimes antisémites

Plus tôt cette année, le New York Times faisait état d’une hausse de plus de 50 % des crimes antisémites observée aux États-Unis par l’organisation Anti-Defamation League au cours de la dernière année. Le Canada n’est pas à l’abri de tels événements, prévient Niall Ricardo : « J’avais peur de venir ici ce matin. On s’est même demandé si on ferait un événement public. C’est malheureux qu’on en arrive à ce point-là en 2018 et que les gens de la communauté aient peur de faire des événements d’unité, d’appels à la paix de solidarité avec d’autres communautés marginalisées. »

Des représentants d’autres communautés, dont des musulmanes, se sont joints au rassemblement dimanche à Montréal.

Rwandais d’origine, Jean-Claude Kumuyange tenait à être présent. Le génocide rwandais a décimé sa famille, et ce qu’il voit et entend sur le continent nord-américain lui fait dire que l’humanité n’apprend pas de ses erreurs et répète les mêmes crimes. « On refait presque l’histoire de ce qui est arrivé dans le passé », dit-il. « Qu’on soit juif, arabe ou musulman, on doit se lancer dans les luttes pour la justice et l’égalité et de la fraternité. […] C’est par la division que l’extrême droite gagne. »

À Québec, plusieurs organisations musulmanes, dont la mosquée de la Capitale qui a été le théâtre d’un attentat en janvier 2017, ont aussi dénoncé la tuerie de Pittsburgh. « Ces actes inhumains et barbares à l’encontre de ces victimes innocentes, qu’ils soient aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, sont des actes contre l’humanité », ont-elles écrit dans un message publié dimanche.

D’autres veillées de solidarité devaient avoir lieu ailleurs au Canada, notamment à Ottawa, à Halifax et à Vancouver.

La grande mosquée de Québec offre ses condoléances aux victimes de Pittsburgh

Des responsables du Centre culturel islamique à Québec, lui-même frappé par une fusillade en 2017, ont transmis leurs condoléances aux victimes de la synagogue de Pittsburgh, où 11 personnes ont péri samedi dans des circonstances similaires. La grande mosquée de Québec a déclaré dans un communiqué que la « folie des hommes » a frappé ceux qui s’étaient rassemblés pour un service du sabbat à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh. Le cofondateur du centre, Boufeldja Benabdallah, a déclaré que l’assassinat de fidèles dans un lieu sacré faisait revivre des souvenirs terribles datant d’il y a moins de deux ans. Six fidèles avaient été tués et 19 autres blessés lors de l’attaque de janvier 2017 à la mosquée de Québec. Les membres du conseil du Centre culturel islamique ont affirmé dans leur déclaration qu’ils ne comprenaient que trop bien la douleur ressentie par les familles juives. Ils ont dit que c’était un geste d’une « énorme gravité » qui « ne peut nous laisser indifférents ». M. Benabdallah a déclaré que sa première réponse avait été de contacter des membres de la communauté juive de Québec, un petit groupe qui était venu en aide à la communauté musulmane locale lorsqu’elle a été attaquée. De grandes veilles sont prévues au Canada, notamment à la synagogue Beth Israel Beth Aaron à Montréal et au Mel Lastman Square à Toronto.

La Presse canadienne