Nicaragua: la Russie accuse les États-Unis «d’ingérence» à l’ONU

L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia
Photo: Spencer Platt Getty Images / AFP L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia

La Russie a accusé mercredi les États-Unis d’« ingérence » au Nicaragua, lors d’une réunion du Conseil de sécurité organisée par Washington contre l’avis de plusieurs de ses membres, dont Moscou, Pékin et Bogotá.

« La Russie est catégoriquement opposée aux discussions au Conseil de sécurité sur la situation au Nicaragua », a asséné plusieurs fois l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia.

Cette réunion représente « un exemple édifiant et triste d’une ingérence de l’extérieur destructrice ». « Le Conseil de sécurité est comme un juge du Nicaragua », a-t-il ajouté, alors que dans ce pays « la situation s’est stabilisée ces derniers temps ».

Le diplomate russe a cité le Chili, Cuba et le Venezuela au titre des « ingérences » américaines passées ou présentes en Amérique latine.

Le Nicaragua est secoué depuis la mi-avril par des manifestations de l’opposition qui se sont étendues à tout le pays en réaction à la répression. Elles ont fait plus de 320 morts et 2000 blessés. Des milliers de Nicaraguayens se sont réfugiés notamment au Costa Rica voisin, de peur d’être arrêtés.

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a de son côté dénoncé une évolution « dictatoriale » au Nicaragua. « La propagation de la tyrannie suit un modèle prévisible », a-t-elle souligné, en évoquant le silence imposé aux médias et à l’opposition, les attaques contre les universités, les syndicats ou l’Église.

« Le régime déploie ses militants pour kidnapper, torturer et exécuter des dissidents », a aussi affirmé Nikki Haley, en établissant un parallèle avec la situation au Venezuela et en Syrie.

Selon l’ambassadrice américaine, plus de 25 000 Nicaraguayens se sont exilés depuis le début de la crise au Costa Rica, au Honduras, à Panama et au Mexique.

« Le Conseil de sécurité ne doit pas — ne peut pas — être un observateur passif alors que le Nicaragua continue de se transformer en un État corrompu et dictatorial », a-t-elle insisté.

Présent à la réunion du Conseil, Denis Moncada Colindres, chef de la diplomatie du Nicaragua, a vivement dénoncé « une ingérence claire dans les affaires internes » de son pays. « Nous exigeons l’arrêt de toute politique interventionniste violant le droit international », a-t-il ajouté, en assurant que son gouvernement respectait les droits de la personne.

Au Conseil de sécurité, une majorité de membres — notamment occidentaux mais aussi le Pérou — sont favorables à des discussions sur le Nicaragua. À l’opposé, la position de la Russie est soutenue par la Chine, la Bolivie, l’Éthiopie ou le Kazakhstan.