Cuba a-t-il attaqué des diplomates américains à coups de micro-ondes?

Des soldats de la marine américaine montent la garde devant l'ambassade des États-Unis à La Havane en février dernier.
Photo: Adalberto Roque Agence France-Presse Des soldats de la marine américaine montent la garde devant l'ambassade des États-Unis à La Havane en février dernier.

Le New York Times émet une hypothèse sur la cause des troubles auditifs et cérébraux subis par des diplomates américains en poste à La Havane en 2016 et en 2017.

C’est le dernier rebondissement d’une rocambolesque affaire, digne d’un roman d’espionnage sur fond de guerre froide : les attaques acoustiques contre des diplomates des États-Unis en poste à Cuba et en Chine, deux régimes communistes, pourraient avoir été causées par des faisceaux de micro-ondes. L’hypothèse, étayée par des experts et des scientifiques, figure dans une enquête publiée dimanche par le New York Times. Le Département d’État n’a pas réagi aux informations du quotidien.

Depuis la fin 2016, 25 diplomates américains et les membres de leur famille à Cuba ont été victimes de mystérieuses « attaques » — des sons aigus très intenses — provoquant des blessures ressemblant à des traumatismes cérébraux. Cinq fonctionnaires canadiens en poste à La Havane ont décrit les mêmes symptômes. Et un autre employé du gouvernement américain en Chine en a aussi été frappé. Un cas similaire avait été signalé en Ouzbékistan. Ces attaques ont été qualifiées d’« acoustiques » même si leur cause n’a pas été officiellement élucidée et que leurs éventuels auteurs sont toujours inconnus.

« Immaculée commotion »

Les diplomates américains avaient été rapatriés après s’être plaints d’étourdissements, de maux de tête, d’acouphènes, de fatigue, des problèmes cognitifs et visuels ou encore de troubles du sommeil. Une étude détaillée sur les incidents, publiée en mars par le Journal of the American Medical Association, faisait seulement mention d’une « source d’énergie inconnue ». Son auteur principal, Douglas Smith, de l’Université de Pennsylvanie, décrivait un véritable « mystère de la chambre jaune » : les lésions cérébrales étaient celles constatées lors d’un traumatisme crânien, alors qu’aucune victime n’avait reçu de choc. Non sans humour, le chercheur parlait d’« immaculée commotion ».

En janvier, James Lin, de l’Université de l’Illinois, avait estimé plausible que les maux endurés par le personnel diplomatique aient été causés par des faisceaux de micro-ondes. Dans la revue Bioelectromagnetics, il avait indiqué que des faisceaux de haute intensité pouvaient avoir été dirigés « seulement sur la cible visée » depuis un endroit dissimulé. L’arme capable d’une telle opération, estime le quotidien américain, peut affaiblir ou même tuer une personne. Elle peut ressembler à une antenne satellite, portée à bout de bras ou dissimulée dans un véhicule, un bateau ou un hélicoptère.

Allusions

Après le rapatriement de son personnel touché, Washington avait mis en accusation les autorités cubaines et expulsé plusieurs diplomates. La délivrance de visas par l’ambassade à La Havane avait été suspendue et les citoyens candidats à un voyage sur l’île alertés sur les risques. Le gouvernement cubain s’était engagé à mener une enquête sur les faits, et des inspecteurs du FBI se sont rendus à plusieurs reprises à La Havane. En octobre 2017, la télévision cubaine diffusait un reportage sur les « supposées attaques acoustiques », qui révélait les « conclusions préliminaires » de l’enquête. Pour le régime socialiste, il n’y avait ni preuve de ces attaques, ni hypothèses, ni suspects. Tout en se plaignant du manque de coopération des autorités des États-Unis. Moscou aussi s’était plaint d’allusions à son implication dans les attaques.