Brésil: Lula mis hors course de la présidentielle

Même s'il est incarcéré depuis avril pour corruption, l'ex-président Lula était le favori des sondages.
Photo: Nelson Almeida Agence France-Presse Même s'il est incarcéré depuis avril pour corruption, l'ex-président Lula était le favori des sondages.

C’était la question la plus lancinante au Brésil depuis des mois : une majorité des juges du Tribunal électoral a finalement tranché vendredi en invalidant la candidature de l’ex-président Lula à la présidentielle d’octobre, dont il était le grand favori.

Sauf coup de théâtre — les juges pouvant revenir sur leur décision après le vote des deux derniers magistrats qui ne s’étaient pas encore exprimés —, l’ex-président Lula, 72 ans, favori des sondages mais incarcéré depuis avril pour corruption, ne pourra pas briguer un troisième mandat.

D’autres recours sont toutefois possibles, notamment devant la Cour suprême.

Ce résultat était attendu, mais le vote du juge Edson Fachin, qui était le deuxième à s’exprimer, avait relancé momentanément le suspense.

Il s’est appuyé sur une recommandation récente du comité des droits de l’homme de l’ONU pour préconiser de « respecter le droit de Lula à présenter sa candidature » le temps que tous les recours soient épuisés.

Mais les espoirs de Lula ont pris fin en fin de soirée quand le résultat a été porté à 4-1 avant le vote des deux derniers magistrats, à l’issue de quelque six heures de débats.

Grand favori des sondages, l’ex-président (2003-2010) a été déclaré inéligible en vertu d’une loi qui interdit à toute personne condamnée en appel de se présenter à une élection.

La défense de Lula a tenté, en vain, de reporter les débats.

Publicités de campagne

La question de la validité de la candidature de Lula ne figurait pas initialement à l’ordre du jour de la session extraordinaire qui a commencé en début d’après-midi : elle a été ajoutée au dernier moment.

Une décision férocement critiquée par le Parti des travailleurs (PT) de Lula, pris au dépourvu.

« Le TSE commet une autre violence judiciaire contre Lula et le peuple qui veut l’élire président », a affirmé le PT dans un communiqué.

L’ex-juge du TSE Henrique Neves da Silva a expliqué que « quel que soit le jugement » rendu, « des recours sont encore possibles », notamment auprès de la Cour suprême.

Le Tribunal électoral doit également décider si Lula a le droit d’apparaître dans les publicités de campagne qui ont commencé à être diffusées à la télévision vendredi.

En attendant cette décision, le Parti des travailleurs (PT) n’a pas manqué d’inclure de nombreuses images de l’ex-président sur les publicités des candidats locaux pour les postes de sénateur et de gouverneur, désignés également le 7 octobre.

Marcia Tiburi, qui brigue celui de gouverneure de Rio de Janeiro, a par exemple promis de « gouverner Rio comme Lula a gouverné le Brésil ».

Des images de sa publicité de campagne montraient notamment des extraits du dernier discours de Lula avant qu’il se rende aux autorités pour purger sa peine de douze ans et un mois de prison à Curitiba (sud).

L’ancien ouvrier métallurgiste est accusé d’avoir reçu un appartement en bord de mer de la part d’une entreprise du bâtiment en échange de faveurs dans l’attribution de marchés publics.

Il est également visé par cinq autres procédures, mais rejette farouchement toutes les accusations et se dit victime d’un complot politique visant à l’empêcher de briguer un troisième mandat.

Grand favori des sondages

Sa défense considère que Lula ne peut être empêché de se présenter dans la mesure où des recours contre sa condamnation n’ont toujours pas été examinés par des instances judiciaires supérieures.

Le dernier sondage de l’institut Datafolha crédite Lula de 39 % des intentions de vote au premier tour, 20 points de plus que le deuxième, le député d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Lula inéligible, le PT devrait choisir pour candidat l’ex-maire de São Paulo Fernando Haddad, qui brigue actuellement la vice-présidence. Le rapporteur du TSE a recommandé vendredi que le successeur soit choisi dans les dix jours.

Le PT a lancé sur Twitter un appel à tous les partisans de Lula à soutenir sur ce réseau social sa candidature avec le hashtag #LulaNasUrnasTSE (Lula dans les urnes/TSE), rapidement devenu viral.

Mais cette campagne s’est vite transformée en guerre de tweets entre pro et anti-Lula, avec l’apparition du hashtag #LulaInelegivel (Lula inéligible), qui a vite talonné #LulaNasUrnasTSE en deuxième position du classement des messages les plus récurrents du réseau social.