L’ONU évoque un «climat de peur» au Nicaragua

Les protestations se poursuivent, mais elles sont de moindre ampleur depuis que les dirigeants étudiants ont été arrêtés ou forcés à se cacher ou à s’exiler.
Photo: Esteban Felix Archives Associated Press Les protestations se poursuivent, mais elles sont de moindre ampleur depuis que les dirigeants étudiants ont été arrêtés ou forcés à se cacher ou à s’exiler.

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a exhorté mercredi la communauté internationale à agir pour enrayer la crise au Nicaragua, plongé dans un « climat de peur » à la suite de la violente répression des manifestations.

« La répression et les représailles contre les manifestants se poursuivent au Nicaragua, alors que le monde regarde ailleurs », a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein dans un communiqué, à l’occasion de la publication d’un rapport.

« La violence et l’impunité de ces quatre derniers mois ont mis en évidence la fragilité des institutions du pays et de l’État de droit et ont créé un climat de peur et de méfiance », a-t-il ajouté.

Plus de 300 morts

Les manifestations de l’opposition au Nicaragua, le pays le plus pauvre de l’Amérique centrale, dirigé depuis 2006 par l’ex-guérillero sandiniste Daniel Ortega, ont commencé en avril contre une réforme de la sécurité sociale — abandonnée depuis — pour se durcir ensuite et s’étendre à tout le pays en réaction à une répression qui a fait plus de 300 morts.

Parmi les violations des droits de l’homme citées dans le rapport de l’ONU figurent « l’usage disproportionné de la force, qui se traduit parfois par des exécutions extrajudiciaires ; des disparitions forcées ; des détentions arbitraires généralisées ; la torture et les mauvais traitements ».

La répression et les représailles contre les manifestants se poursuivent au Nicaragua, alors que le monde regarde ailleurs

Le rapport note également que 22 policiers ont été tués et que des membres du parti sandiniste au pouvoir, des fonctionnaires et des membres des forces de sécurité ont été attaqués.

Le Haut-Commissariat a découpé la crise en plusieurs phases : « répression » des manifestations par la police et des éléments armés progouvernementaux, suivie d’une phase de « nettoyage » (de mi-juin à mi-juillet), pendant laquelle la police et les éléments armés progouvernementaux ont démantelé les barrages routiers et les barricades.

Pour finir, les manifestants et autres opposants au gouvernement ont été « persécutés et criminalisés », selon l’ONU, qui note que les éléments armés ont agi avec l’accord des autorités de l’État et la direction de la police nationale.

Le gouvernement « tolère leur action et leur permet d’agir en toute impunité », a écrit le Haut-Commissariat dans le communiqué.

« J’exhorte le Conseil des droits de l’homme et la communauté internationale en général à prendre des mesures concrètes pour éviter que la crise actuelle ne dégénère en troubles sociaux et politiques plus profonds », a lancé M. Zeid, évoquant, comme il l’avait déjà fait en juin, l’ouverture d’une enquête internationale.

Le gouvernement du Nicaragua rejette les conclusions du rapport de l’ONU

Le gouvernement du Nicaragua a rejeté mercredi les conclusions d’un rapport de l’ONU qui l’accuse de commettre des violations des droits de l’Homme dans le cadre de la répression des manifestations contre le pouvoir.
 

Pour le gouvernement, le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a «outrepassé ses prérogatives» et a montré de l’ «irrespect» envers la souveraineté du pays.
 

Selon le gouvernement du président Daniel Ortega, le rapport du Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, «préjuge du comportement de l’État, en considérant comme avérées de supposées violations des droits de l’Homme, et il contient des affirmations a priori, dépourvues d’objectivité et qui ne sont pas étayées».
 

Les observations du gouvernement nicaraguayen ont été annexées au rapport du Haut commissaire, qui a été publié à Managua et à Genève.
 

Dans un communiqué diffusé à l’occasion de la publication du rapport, le Haut Commissaire a appelé la communauté internationale à agir pour enrayer la crise au Nicaragua.
 

«La répression et les représailles contre les manifestants se poursuivent au Nicaragua, alors que le monde regarde ailleurs», a-t-il déclaré.
 

«La violence et l’impunité de ces quatre derniers mois ont mis en évidence la fragilité des institutions du pays et de l’Etat de droit et ont créé un climat de peur et de méfiance», a-t-il ajouté.