En Bolivie, la tour de la discorde pour le président Evo Morales

Un gratte-ciel de 29 étages flambant neuf, dans le centre historique de La Paz, la nouvelle résidence d’Evo Morales, président de la Bolivie depuis 12 ans, et probable candidat à un quatrième mandat aux élections de 2019, divise la société bolivienne.
Photo: Aizar Raldes Agence France-Presse Un gratte-ciel de 29 étages flambant neuf, dans le centre historique de La Paz, la nouvelle résidence d’Evo Morales, président de la Bolivie depuis 12 ans, et probable candidat à un quatrième mandat aux élections de 2019, divise la société bolivienne.

Le nouveau palais présidentiel de 29 étages a été inauguré au moment où le président bolivien a franchi un cap de longévité à la tête du pays.

Une tour de verre au milieu du centre-ville historique de La Paz, capitale de la Bolivie. La nouvelle résidence présidentielle est imposante. Elle fait aussi grincer des dents. Avec ses 29 étages, la tour doit remplacer l’actuel palais présidentiel, qualifié de « vestige d’un État colonial » par le président Evo Morales, et accueillir les membres du gouvernement et leurs bureaux, ainsi que les appartements présidentiels. Morales bénéficiera d’un étage à lui tout seul, comprenant jacuzzi, sauna, salle de sport et salle de massage. Inauguré le 9 août, le bâtiment est censé symboliser le renouveau du pays.

Extravagance

Mais l’édifice baptisé « Grande maison du peuple » (Casa Grande del Pueblo) n’a de populaire que le nom. Car si le chantre de la gauche radicale a salué, lors de l’inauguration, « une nouvelle étape historique grâce à la lutte du peuple bolivien », il n’a pas insisté sur le coût exorbitant de la construction : 292 millions de bolivianos (55 millions $CAN) ont été engloutis dans le projet.

Dans un pays où 39,5 % de la population vivait encore sous le seuil de pauvreté en 2016, cette extravagance passe mal. Car pour bâtir sa tour, le président socialiste a également profité de sa majorité parlementaire pour contourner le règlement de La Paz interdisant la construction de bâtiments de grande taille dans le centre-ville.

Des manifestations ont donc accompagné la cérémonie d’inauguration. Le leader de l’opposition, Samuel Doria Medina, a défendu l’idée de reconvertir les lieux en un centre de soins contre le cancer, « une nécessité absolue dans ce pays qui reste l’un des plus pauvres d’Amérique du Sud, malgré une décennie de forte croissance », a-t-il insisté.

Interrogé par le Guardian, Carlos Toranzo, analyste politique, s’est insurgé qu’Evo Morales veuille « s’immortaliser avec un bâtiment qui est non seulement anti-esthétique, mais aussi anti-éthique alors qu’en Bolivie nous n’avons même pas le droit d’être malades ». L’hôpital principal de La Paz peine en effet à remplir ses fonctions par manque de financement public.

Musée

Critiques entendues et rejetées par Evo Morales, qui a justifié la construction de ce nouveau bâtiment par une réduction des dépenses de logement. Cinq ministères louent actuellement des bureaux dont les loyers atteignent environ 17 millions d’euros (25 millions $CAN) par an. Le Palacio Quemado, ancienne résidence des chefs d’État, doit quant à lui être transformé en musée.

Le président devrait pouvoir profiter de ses nouveaux appartements encore quelques années. En dépit du « non » au référendum de février 2016, il est parvenu à faire modifier la Constitution en novembre dernier, ce qui lui permettra désormais de se présenter pour un quatrième mandat aux élections de 2019. L’homme fort de la Bolivie a également battu un record de longévité à la tête du pays. Non plus en matière de nombre de mandats successifs — record qu’il a battu en 2015 —, mais de jours cumulés, avec 4589 jours au pouvoir depuis son élection en 2006. Il détrône ainsi le défunt Víctor Paz Estenssoro, jusque-là tenant du titre (4586 jours cumulés) et président de la Bolivie de 1952 à 1989.