La légalisation de l’IVG en Argentine entre les mains des sénateurs

Des militants anti-avortement se sont réunis, mercredi, devant le Congrès national où le Sénat débat de la loi sur la légalisation ou non de l’avortement.
Photo: Alberto Raggio Agence France-Presse Des militants anti-avortement se sont réunis, mercredi, devant le Congrès national où le Sénat débat de la loi sur la légalisation ou non de l’avortement.

Après l’Irlande en mai, un autre pays catholique et conservateur se dotera-t-il du droit à l’avortement ? Les sénateurs d’Argentine votaient mercredi et la tendance était au rejet du projet de loi, après son adoption par les députés.

Dans un pays où l’Église exerce une influence historique, renforcée par la présence d’un pape argentin à Rome, une majorité de sénateurs (37 sur 72) avaient préalablement fait connaître leur intention de voter contre le texte.

Le projet de loi qui légalise l’IVG au cours des quatorze premières semaines de grossesse a été adopté de justesse par les députés le 14 juin (129 voix pour, 125 contre).

Devant le Congrès à Buenos Aires, la place était divisée en deux, à l’image de la société argentine, sur l’avortement, les partisans des deux camps mobilisés dans une atmosphère festive.

« Avortement légal à l’hôpital », scandaient un groupe de jeunes femmes portant des perruques vertes.

« La question est : voulons-nous que l’avortement soit légal ou clandestin ? Le débat n’a rien à voir avec “pour ou contre l’avortement”. Que l’Église arrête de mettre son nez là où ça ne la regarde pas, qu’elle nous laisse choisir pour nous-mêmes », témoigne Celeste Villalba, une étudiante de 20 ans, un foulard vert autour du cou.

D’après les estimations, 500 000 avortements sont pratiqués chaque année en Argentine.

« Un droit élémentaire »

Selon l’étudiante, mobilisée depuis trois ans pour le droit à l’avortement, « les sénateurs ne veulent pas se mettre l’Église à dos ».

« L’avortement, c’est un droit, nous sommes vraiment des arriérés, nous en sommes encore à nous demander si c’est bien nécessaire de le légaliser, un demi-siècle après l’Angleterre », témoigne Camila Suarez, une étudiante en droit de 20 ans.

Mirtha Martini, 64 ans, a fait un détour par la place du Congrès pour témoigner son soutien, séduite par « l’engagement de cette jeunesse ».

« J’ai honte que l’Argentine soit aussi arriérée. L’avortement est un droit élémentaire », se plaint-elle.

Ce sont les mouvements féministes qui ont donné ces deux dernières années un élan déterminant à la revendication du droit à l’avortement en Argentine, ce qui a conduit le président argentin de centre droit Mauricio Macri à ouvrir le débat au Parlement, pour la première fois de l’histoire du pays sud-américain.

Amnesty International et Human Rights Watch ont appelé les sénateurs argentins à voter en faveur du texte pour des raisons de santé publique. « Le monde vous observe », leur a écrit Amnesty.

« Sauvons les deux vies »

Si un côté de la place du Congrès est à dominante verte, le camp des anti-IVG est, lui, bleu ciel. Des curés en soutane y supervisent l’installation d’une chapelle, d’affiches de la Vierge de Lujan.

Ils se présentent comme les défenseurs de la vie. « Sauvons les deux vies », celle de la femme et celle du foetus, est la consigne qui figure sur leur foulard triangulaire.

« Il y a une grande démonstration de foi, les paroisses sont mobilisées dans tout le pays. Il faut défendre la vie », explique Federico Beruete, le curé d’une paroisse de La Plata, à 60 km de Buenos Aires.

Pour lui, « le fait d’avoir un pape argentin a incontestablement aidé » lors du bras de fer sur l’avortement.

Guadalupe Aguirre, 20 ans, a fait 900 km de voyage depuis la province de San Luis pour manifester mercredi devant le parlement.

« Dans le camp catholique, on se fait à l’idée d’une légalisation, si ce n’est pas à court terme, à moyen terme. Tous les secteurs de la société semblent se préparer à la légalisation de l’avortement. Tôt ou tard », assure la sociologue Sol Prieto.

Si le « non » l’emporte, il faudra probablement attendre 2020 avant que la question de l’avortement puisse de nouveau être examinée par le Parlement. La Loi fixe un délai d’un an après un rejet, mais en août 2019, à deux mois de l’élection présidentielle, il est peu probable que les partis politiques souhaitent reprendre le débat en pleine campagne électorale.

Le résultat du vote était attendu mercredi dans la soirée, voire dans la nuit de mercredi à jeudi.