Colombie: le président Duque prend ses fonctions dans un contexte compliqué

Ivan Duque — un avocat et ex-sénateur de 42 ans — succède à l’impopulaire Juan Manuel Santos.
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse Ivan Duque — un avocat et ex-sénateur de 42 ans — succède à l’impopulaire Juan Manuel Santos.

Le nouveau président de la Colombie, Ivan Duque, a pris ses fonctions mardi sous des auspices difficiles : il entend durcir la politique de paix avec les guérillas, les relations avec le Venezuela voisin sont au plus bas et son mentor fait l’objet d’une enquête.

Cet avocat et ex-sénateur de 42 ans succède à l’impopulaire Juan Manuel Santos qui, après huit ans et deux mandats, laisse un pays en cours de réconciliation avec l’ex-guérilla FARC, mais où les plantations de coca, matière première de la cocaïne, sont au plus haut (209 000 hectares) et les défenseurs des droits de la personne, victimes d’une vague d’assassinats.

Malgré sa très récente carrière politique, Ivan Duque a été désigné par l’influent ex-président Alvaro Uribe (2002-2010) pour permettre à la droite dure, opposée à l’accord de paix avec les ex-rebelles, de revenir au pouvoir au scrutin de juin dernier.

« Uribe va avoir une influence importante et permanente sur le gouvernement », estime Javier Torres, professeur de l’université Externado à Bogotá.

Mais l’affaire qui éclabousse l’ex-président pourrait affecter le nouveau gouvernement. Sénateur et chef du Centre démocratique, le parti d’Ivan Duque, M. Uribe est soupçonné d’avoir tenté de soudoyer des témoins contre un opposant politique, le sénateur de gauche Ivan Cepeda, dans un dossier qui remonte à 2012.

L’ex-président, qui clame son innocence, est convoqué le 3 septembre devant la Cour suprême.

Autre dossier brûlant : les relations avec le voisin vénézuélien. Le président Nicolas Maduro, qui affirme avoir été visé samedi par un attentat commis avec deux drones chargés d’explosifs, a directement accusé son homologue colombien sortant. « Absurde », a répondu Bogotá.

À première vue, rien ne devrait s’arranger entre ces deux pays qui partagent 2200 km de frontière. M. Duque a promis d’oeuvrer à « une stratégie articulée, multilatérale et diplomatique pour une transition vers des élections libres au Venezuela ».

S’il « commence à répondre à chacune des déclarations de Nicolas Maduro […] il va donner du grain à moudre en matière de propagande et de politique pour continuer à faire monter la tension et devenir l’ennemi réel ou imaginaire du régime bolivarien », analyse l’expert en relations internationales Jairo Velasquez.

Sur le front intérieur, l’Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla du pays, attend de connaître les intentions de M. Duque concernant les négociations de paix menées depuis février 2017.

Le nouveau président, partisan d’une ligne dure, a déjà fait connaître ses conditions qui, selon les analystes, ont peu de chances d’être acceptées par l’ELN : suspension de « toutes les activités criminelles » et concentration des troupes sous l’égide des institutions internationales.

« C’est assez difficile » que la guérilla se plie à ces dispositions, estime Camilo Echandia, expert du conflit armé.

Le nouveau chef d’État devra aussi faire face aux manifestations de l’opposition de gauche et centre gauche, avec en tête Gustavo Petro, son adversaire malheureux à la présidentielle.

La première a été convoquée dès mardi. Des opposants, dont d’ex-chefs guérilleros FARC, commençaient à se rassembler avant même la cérémonie d’investiture prévue dans l’après-midi.