Venezuela: la thèse de l’attentat contre Maduro remise en cause

Le ministre vénézuelien de la défense, Padrino Lopez, s’est adressé à la presse au lendemain de l’attentat présumé visant le président Nicolas Maduro et au cours duquel sept soldats ont été blessés.
Photo: Juan Barreto Agence France-Presse Le ministre vénézuelien de la défense, Padrino Lopez, s’est adressé à la presse au lendemain de l’attentat présumé visant le président Nicolas Maduro et au cours duquel sept soldats ont été blessés.

« Aujourd’hui, on a essayé de m’assassiner », a déclaré samedi le président vénézuélien Nicolas Maduro, quelques heures après une supposée tentative d’attentat avec des drones chargés d’explosifs, lors d’un discours à Caracas. Le chef d’État en est sorti indemne, mais de sérieux doutes entourent la nature réelle de l’incident.

Dans une allocution télévisée quelques heures après les événements, Nicolas Maduro informait les Vénézuéliens que l’enquête progressait « en un temps record », que plusieurs preuves avaient été amassées et que l’identité des responsables commençait à se dessiner. Dimanche après-midi, on apprenait que six « terroristes » avaient déjà été arrêtés.

Selon le président de ce pays en pleine crise sociale, l’attentat aurait été organisé par une coalition internationale basée à Bogota et impliquant des Américains. « [Tous les indices] pointent vers une alliance entre l’extrême droite vénézuélienne et l’extrême droite colombienne, et vers le fait que le nom de Juan Manuel Santos [le président colombien] est derrière cet attentat. »

« Les premières investigations nous indiquent aussi que plusieurs promoteurs de l’attentat vivent aux États-Unis, en Floride », ajoutait-il. Des voix des gouvernements colombien et américain ont nié toute implication dans l’attentat présumé. M. Maduro promet une « punition maximale » à l’encontre des auteurs de l’attaque.

Un scénario vraisemblable ?

Selon la thèse rocambolesque privilégiée par le président Maduro, deux drones chargés d’explosifs auraient foncé vers lui alors qu’il donnait un discours pour l’anniversaire de la Garde nationale vénézuélienne.

« À mon avis, la version du gouvernement n’est pas crédible, commente Ricardo Peñafiel, professeur associé de science politique à l’UQAM. L’explosion semble plutôt être un accident, et Maduro réagit comme d’habitude en accusant l’opposition, la Colombie et les États-Unis. »

La thèse de l’accident est cohérente avec le témoignage de pompiers interviewés par l’Associated Press, qui ont indiqué que les détonations imputées aux drones provenaient en fait de l’explosion d’un réservoir d’essence. À première vue, M. Peñafiel juge que cette hypothèse est plus plausible.

Une autre théorie, aussi extravagante que le complot international avancé par M. Maduro, obtient la faveur de certains opposants au régime chaviste : ce serait le gouvernement vénézuélien lui-même qui aurait organisé la mise en scène, pour justifier la répression contre l’opposition.

Rocío San Miguel, la présidente de Control Ciudadano, une ONG dédiée à la défense des droits dans les secteurs sécuritaires et militaires, déclarait d’ailleurs au quotidien britannique The Guardian qu’au moins un des drones appartenait à l’armée vénézuélienne. Les militaires l’auraient abattu après en avoir perdu le contrôle, selon elle.

Pour Ricardo Peñafiel, les théories du complot — un attentat piloté depuis l’étranger, ou un simulacre mis en place par le gouvernement de Maduro — sont toutes deux invraisemblables.

Sur les images de la cérémonie diffusées en direct à la télévision nationale, on voit M. Maduro, sa femme et des haut gradés de la Garde nationale regarder vers le ciel, l’air inquiet, lors d’une première détonation. L’image montre ensuite un plan plus large, où l’on voit des dizaines de personnes fuir en panique et s’éloigner de la scène. Toutefois, on ne voit jamais les drones prétendument utilisés pour l’attaque.

En outre, un groupe rebelle vénézuélien actif en ligne, le « Mouvement national des soldats en t-shirt », a revendiqué l’attentat, mais plusieurs observateurs doutent que ce groupuscule aux allures amateures puisse être en cause.

« Peu importe ce qui s’est réellement passé, il ne fait pas de doute que Maduro va en profiter pour fouetter la fibre nationaliste, anti-impérialiste et anti-colombienne des Vénézuéliens », remarque M. Peñafiel.

L’événement survient dans un Venezuela tendu, où les aliments, les médicaments et plusieurs biens manquent toujours. Les services publics, comme l’accès aux soins de santé, à l’électricité et à l’eau courante sont aussi dans un état lamentable.

Par ailleurs, samedi était le premier anniversaire de l’installation de l’Assemblée constituante. Cette réforme avait cimenté le pouvoir du président l’an dernier, en dépit de la situation socio-économique déplorable que son gouvernement n’arrivait pas à corriger.

Dans l’opposition, le prétendu attentat représente à nouveau l’occasion de dénoncer les problèmes graves affectant la population. « Nous ne voulons pas d’attentats ni d’auto-attentats. Nous ne voulons pas de coups d’État ni d’auto-coups d’État ! Nous ne voulons pas non plus d’hyperinflation, ni de faim ou de morts à cause d’une pénurie de médicaments ! », a déclaré le dissident du chavisme et ancien secrétaire général de la Table de l’unité démocratique Jesus Torrealba après les événements.

« Rien de ce que fait le gouvernement ne ressemble à un programme pour améliorer les choses. La situation économique va continuer à s’aggraver, lance M. Peñafiel. Cet attentat est un écran de fumée politique, qui détourne l’attention des vrais problèmes. »