Venezuela: devant Maduro, des paysans chavistes dénoncent la corruption

Des paysans ont chanté et crié des slogans contre la corruption devant le palais du gouvernement, mercredi à Caracas.
Photo: Fernando Llano Associated Press Des paysans ont chanté et crié des slogans contre la corruption devant le palais du gouvernement, mercredi à Caracas.

Après avoir parcouru 500 km à pied pour gagner Caracas, une délégation de paysans vénézuéliens est allée devant le président socialiste Nicolas Maduro dénoncer sans complexe et avec véhémence la corruption qui ronge la « révolution bolivarienne » dans les campagnes. Et a été écoutée.

« Monsieur le Président, nous sommes inquiets de la corruption, de l’incurie, de l’incapacité, de la paresse et du trafic d’influence », a lancé leur porte-parole, Arbonio Ortega, lors d’une rencontre jeudi avec le président retransmise en direct à la radio et à la télévision en présence de dizaines d’agriculteurs.

Dans un salon du palais présidentiel de Miraflores, Arbonio Ortega a raconté comment une grande partie des 210 terrains « récupérés » par l’État pour être convertis en unités de production agricole (UPA) sont devenus « un cimetière de machines agricoles et de terres improductives », le pouvoir ayant ainsi donné naissance à un « latifundisme d’État ».

Le porte-parole a déploré que la marche menée sur la capitale ait été « vilipendée » et « stigmatisée » comme étant d’opposition.

« Qui ici n’est pas chaviste ? Qui n’est pas avec la révolution ? Qui n’est pas avec le président Maduro ? » a-t-il lancé sous les applaudissements. « Pourquoi avons-nous dû affronter tant d’entraves pour arriver à Caracas ? Pourquoi ne voulaient-ils pas que nous arrivions à Caracas ? Pourquoi nous ont-ils mis tant d’obstacles pour être à vos côtés ? » a encore demandé le porte-parole au chef de l’État.

« Tu passes à la télé, au cas où tu ne le saurais pas », lui a répondu en souriant Nicolas Maduro.

Grave crise agricole

La délégation de manifestants avait été reçue mercredi par le numéro deux du pouvoir chaviste, Diosdado Cabello, qui a organisé leur venue au palais présidentiel où, selon M. Ortega, les militaires les avaient empêchés d’entrer ce jour-là.

« Ils nous ont pris en photo de gauche et de droite […] une intimidation à droite et une à gauche », a déclaré M. Ortega, qui a remis au président un document demandant l’instauration d’un état d’urgence dans le secteur agricole.

La Fédération nationale des agriculteurs (Fedeagro) avait donné l’alerte fin 2017 sur une pénurie d’engrais, des semences et de pesticides.

Les paysans ont également proposé de restructurer le ministère de l’Agriculture, l’entreprise étatique Pequiven chargée de fabriquer les engrais et la compagnie de fourniture d’intrants agricoles Agropatria créée après une nationalisation en 2010 dans le cadre de la « révolution agraire » du défunt président Hugo Chávez.

« Il faut faire attention à ceux que nous mettons à la tête des institutions pour qu’à la fin nous nous débarrassions de ceux qui nous empêchent de produire », a asséné M. Ortega, demandant que certains de ces fonctionnaires soient placés à d’autres postes.

Le secteur agricole vénézuélien ne participe qu’à un quart de la consommation nationale, contre 75 % par le passé, selon la Fédération nationale des agriculteurs.

De son côté, M. Maduro a estimé que la marche des paysans « était nécessaire pour réveiller la conscience nationale ».

Fin juillet, le président vénézuélien avait reconnu « l’échec » du modèle productif mis en place par son gouvernement alors que le pays fait face à une hyperinflation et à quatre ans de récession.

« Les pleurnicheries, ça suffit ! On doit produire avec ou sans agression [extérieure], avec ou sans blocages, faire du Venezuela une puissance économique […] Plus de couinement. Ce que je veux, c’est des solutions, camarades ! » avait-il alors lancé.

Les conflits sociaux se multiplient dans le pays face au manque de médicaments, aux insuffisances des services publics et à la faiblesse des salaires. Selon l’ONG spécialisée Observatoire vénézuélien de la conflictivité sociale, il y en a eu 5300 au premier semestre, d’une durée moyenne de 30 jours.