Davantage de migrants entrent clandestinement aux États-Unis en passant par le Québec

Le poste frontalier séparant Derby Line au Vermont, et Stanstead au Québec
Photo: Charles Krupa Associated Press Le poste frontalier séparant Derby Line au Vermont, et Stanstead au Québec

Alors que le gouvernement Trump veut construire un mur à la frontière sud des États-Unis, certains responsables américains s’inquiètent de plus en plus du nombre de migrants qui entrent clandestinement sur le territoire américain par la frontière nord.

Les personnes qui traversent la frontière entre le Québec et le Vermont versent aux passeurs jusqu’à 4000 $US, habituellement payables lorsqu’elles atteignent leur destination américaine, indiquent des responsables et des documents judiciaires.

Alors que le nombre d’arrestations à la frontière avec le Canada est minime comparativement à celles qui ont lieu à la frontière sud, les passeurs sont tout aussi sophistiqués.

« Ils sont très bien organisés, ils ont étudié la région et ils nous ont surveillés, explique Richard Ross, un agent de la police des frontières des États-Unis. En gros, nous ne traitons pas avec des amateurs, mais avec des professionnels. »

Selon les autorités américaines, l’augmentation du nombre de passages clandestins à la frontière nord découle de la relative facilité avec laquelle certains ressortissants étrangers peuvent entrer au Canada, qui n’exige plus de visas pour les Mexicains. Ils mentionnent aussi le fait que la frontière avec le Canada est moins surveillée que la frontière avec le Mexique, par laquelle tentent de passer des milliers de personnes fuyant les violences en Amérique centrale.

Dans le secteur de la patrouille frontalière qui couvre 480 kilomètres de frontière avec New York, le Vermont et le New Hampshire, les agents américains ont appréhendé 324 personnes arrivées clandestinement du Canada depuis le 1er octobre 2017, comparativement à 165 pour l’ensemble de l’année 2017.

Les statistiques ne montrent aucune augmentation similaire ailleurs le long de la frontière avec le Canada.

Le nombre de passages clandestins relevés le long de la frontière nord-est encore faible par rapport à la frontière sud. Les statistiques fédérales américaines montrent que du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2017, il y a eu 303 916 arrestations à la frontière américaine avec le Mexique, comparativement à 3027 sur l’ensemble de la frontière nord.

Les autorités s’inquiètent

Pourtant, certains responsables de l’application de la loi aux États-Unis sont inquiets.

« Le nombre d’arrestations illégales d’étrangers à la frontière entre le Vermont et le Canada a explosé », rappelle Christina Nolan, procureure fédérale au Vermont.

Une grande partie des entrées clandestines au Vermont semble être concentrée sur un tronçon de 50 km de la frontière avec le Québec, où l’autoroute 91 atteint la frontière canadienne à Derby Line, à environ 80 kilomètres au sud-est de Montréal. De là, il faut environ six heures de route pour atteindre la ville de New York.

Surveiller la frontière à Derby Line est difficile parce que la petite municipalité américaine et la ville voisine de Stanstead au Québec forment une communauté où les maisons et les bâtiments sont coupés en deux par une frontière internationale.

La bibliothèque communautaire a été construite intentionnellement à cheval sur la frontière pour servir les citoyens des deux communautés. Les Québécois traversent simplement une frontière internationale délimitée à l’extérieur de la bibliothèque par des pots de pétunias. De temps en temps, des migrants clandestins franchissent la frontière à pied ou en voiture à proximité de la bibliothèque.

Au cours des deux derniers mois, des agents du Vermont ont pourchassé des suspects à travers les bois près de Derby Line. Il y a eu des poursuites en voiture et des incidents lors desquels des agents ont perdu de vue des suspects dans les bois, pour les appréhender quelques jours plus tard.

« [Les migrants clandestins] font un peu comme le long de la frontière sud, ils font une randonnée à pied et ils traversent les hautes herbes, a déclaré M. Ross. C’est quelque chose que j’aurais vu il y a des années quand je travaillais à Harlingen, au Texas. »