Brésil: Jair Bolsonaro, un pourfendeur «en mission»

Malgré toutes les controverses, le député Jair Bolsonaro est en tête des intentions de vote pour le premier tour.
Photo: Miguel Schincariol Agence France-Presse Malgré toutes les controverses, le député Jair Bolsonaro est en tête des intentions de vote pour le premier tour.

« Ma candidature est une mission », a affirmé dimanche le sulfureux député brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro, désigné officiellement par son parti pour la présidentielle d’octobre, à laquelle les sondages lui prédisent une place au second tour.

« Je suis ici parce que je crois en vous, et si vous êtes ici, c’est parce que vous croyez au Brésil », a-t-il affirmé devant plus de 3000 militants survoltés, acclamé avec ferveur lors du congrès du Parti social-libéral (PSL) à Rio de Janeiro, son fief électoral.

À moins de trois mois d’un scrutin qui s’annonce très incertain et polarisé, ce député qui affiche volontiers sa nostalgie de la dictature militaire — en place entre 1964 et 1985 — suscite un fort rejet de la part d’une partie de la population, irritée par ses dérapages racistes, misogynes et homophobes. Mais il est vu par de nombreux de Brésiliens comme le sauveur de la patrie, minée par les scandales de corruption à répétition.

« Notre pays est dans un tel état que seul Bolsonaro peut faire la différence. Seul Dieu est notre sauveur, mais Bolsonaro est notre espoir », a déclaré à l’AFP Gilmar Jasset, chauffeur de bus de 35 ans présent lors du congrès du PSL, parti auquel le député s’est joint en mars.

Le candidat d’extrême droite dispose d’un atout de taille : il est l’une des rares personnalités politiques de premier plan à ne jamais avoir été éclaboussées par les scandales de corruption.

Pour le congrès, il est parvenu à rassembler un public assez hétéroclite : partisans de culture militaire en treillis, conservateurs évangéliques, habitants des quartiers chics, mais aussi des favelas révoltées contre l’insécurité.

« Si quelqu’un veut me voler, il vaut mieux qu’il y réfléchisse à deux fois, parce que je serai armé », affirme Cristiano Pereira, 32 ans, qui habite dans la violente banlieue nord de Rio, qui a apprécie la « fermeté » de son champion et ses promesses de faciliter l’accès au port d’arme.

Propos controversés

Malgré toutes les controverses, Jair Bolsonaro est en tête des intentions de vote pour le premier tour, à moins que l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, en prison depuis avril pour corruption, soit autorisé à participer au scrutin, une option jugée peu probable par la plupart des analystes. Les sondeurs ne voient toutefois pas le candidat d’extrême droite triompher au second tour.

M. Bolsonaro a avoué, dans un entretien publié dimanche dans le journal O Globo, « ne rien comprendre à l’économie », mais avoir pleine confiance en son gourou en la matière, Paulo Guedes, formé à l’école libérale de l’Université de Chicago.

« Reconnaître que je ne comprends pas certaines choses est un signe d’humilité », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse à l’issue des discours.

Le candidat a affirmé qu’il était pour les privatisations, « y compris de certains secteurs de Petrobras », la compagnie pétrolière au coeur d’un vaste scandale de corruption.

Ses prises de position controversées et son style provocateur lui jouent cependant des tours. Il éprouve ainsi toutes les peines du monde à trouver un vice-président, ayant essuyé plusieurs refus successifs. Il devrait vraisemblablement se rabattre sur Janaina Paschoal, juriste à la personnalité explosive, sans expérience politique, mais célèbre pour le rôle clé qu’elle a joué en 2016 dans la destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff, dauphine de Lula.

Présente lors du congrès, elle s’est dite « honorée » par l’invitation, mais a affirmé qu’elle continuait à « dialoguer » avec le candidat avant d’annoncer sa décision définitive.

En l’absence d’alliance avec un grand parti, M. Bolsonaro ne devrait disposer que de huit secondes d’antenne à la télévision pour ses messages publicitaires de campagne, le temps attribué étant lié au poids de la coalition au Parlement. De quoi alimenter sa stratégie de rejet des grands médias traditionnels, qu’il accuse de disséminer de fausses informations, pour miser encore plus sur les réseaux sociaux avec son profil Facebook, suivi par plus de 5 millions d’internautes.