Subventions ou anarchie: le casse-tête du budget d’Haïti

Environ 60% des Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse Environ 60% des Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour.

Les récentes violences en Haïti, qui ont forcé le gouvernement à suspendre la hausse annoncée des prix des carburants, illustrent le défi pour ce pays d’établir un budget contentant à la fois la population, la classe politique et le FMI.

La république des Caraïbes doit trouver comment économiser 19,4 milliards de gourdes (la monnaie nationale) de subventions, soit 301 millions $US. Cela représente plus de 11 % du budget national 2018-2019, déposé fin juin au Parlement pour discussion.

Vendredi dernier, les ministères haïtiens de l’Économie, des Finances, du Commerce et de l’Industrie avaient déclaré qu’ils allaient augmenter les prix de l’essence de 38 %, celui du gazole de 47 % et celui du kérosène de 51 % à compter du samedi 7 juillet à minuit.

Des rues de Port-au-Prince se sont alors hérissées de barricades, paralysant l’activité dans la capitale, qui a été la proie d’incendies volontaires et de pillages durant le week-end. Les violences ont fait plusieurs morts.

Le gouvernement est revenu samedi sur sa mesure critiquée. « De nouvelles priorités vont être fixées pour tenir compte de ce qui s’est passé », a déclaré mercredi Guichard Doré, conseiller spécial du président, sur les ondes d’une radio privée. « Le financement social de l’économie n’est pas assuré depuis quelques années », a-t-il reconnu.

Les élus se servent

La hausse brutale des carburants résultait de la suppression des subventions aux produits pétroliers, une des clauses de l’accord signé en février dernier par Haïti avec le Fonds monétaire international (FMI).

Ce nouveau cadre de référence implique également de faire passer l’inflation sous la barre de 10 %.

Depuis 2015, l’inflation a oscillé annuellement entre 13 et 14 % et le budget prévisionnel 2018-2019 table encore sur un taux de 13,6 %. Environ 60 % des Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour.

La répartition des maigres ressources de l’État constitue en Haïti un exercice politique délicat. Chaque année le pouvoir législatif, qui a la capacité de défaire tout gouvernement, se taille une part conséquente aux dépens des autres institutions.

Pour l’heure, le budget prévisionnel 2018-2019 prévoit ainsi 6,5 milliards de gourdes (100,2 millions $US) pour la Chambre des députés et le Sénat réunis, quand le pouvoir judiciaire ne se voit attribuer que 2,12 milliards de gourdes (32,8 millions $US).

Et, dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 20 ans, le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique va devoir fonctionner avec seulement 1,09 milliard de gourdes (16 millions $US).

Ce large budget accordé au pouvoir législatif alimente la colère populaire, car députés et sénateurs perçoivent au fil de l’année diverses subventions sans jamais avoir à rendre des comptes sur la façon dont cet argent public est dépensé.

Plus de 200 ans après son indépendance, la première république noire de l’histoire est toujours classée par la Banque mondiale comme l’un des pays accusant le plus d’inégalités sur la planète.