La gauche fait un retour historique

Le nouveau président élu du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, lors de son discours de victoire à Mexico, dimanche.
Photo: Pedro Pardo Agence France-Presse Le nouveau président élu du Mexique, Andrés Manuel López Obrador, lors de son discours de victoire à Mexico, dimanche.

La victoire historique d’Andrés Manuel López Obrador, dit AMLO, à l’élection présidentielle mexicaine de dimanche laisse présager un vent de changement tant au Mexique que dans les relations du pays avec ses partenaires nord-américains, le Canada et les États-Unis.

Alors qu’un nouveau blitz de négociations en vue du renouvellement de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) doit s’entamer sous peu, AMLO a exprimé lundi son appui à la renégociation du traité. Il a également fait part de son intention de maintenir en place l’équipe actuelle de négociateurs mexicains jusqu’à son entrée en poste, le 1er décembre prochain.

López Obrador s’est toutefois montré très critique de l’ALENA dans sa forme actuelle. Le nouveau président de gauche compte ainsi apporter sa propre équipe d’experts à la table de négociations.

« Une de ses premières priorités est de montrer aux élites et aux marchés financiers qu’il est responsable, analyse le spécialiste de la politique mexicaine et professeur à l’Université d’Ottawa Claude Denis. Dire qu’il est en faveur de la renégociation, ça ne lui coûte pas cher. »

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas tardé à appeler à une relance rapide de l’accord en félicitant son homologue mexicain pour sa victoire, dimanche. « Je suis impatient de travailler en étroite collaboration avec le président élu López Obrador, son gouvernement et le Congrès mexicain afin de renforcer encore davantage le partenariat dynamique qui unit nos deux pays », a-t-il déclaré.

Les deux hommes se sont entretenus au téléphone lundi. Selon un communiqué du bureau du premier ministre, ils ont dit être « impatients de collaborer à la mise en oeuvre d’un programme visant à créer de bons emplois pour les gens des deux pays ».

Minières canadiennes

Outre l’ALENA, les conflits sociaux engendrés par les explorations minières de compagnies canadiennes au Mexique risquent d’envenimer les relations entre les deux pays, anticipe M. Denis.

« Les compagnies canadiennes n’ont pas très bonne presse, en général. Avec des partis de droite proches des entreprises au pouvoir, les gouvernements mexicains ne se plaignaient pas trop de ça avant. Mais la base d’AMLO va dans le sens contraire. Ainsi, le gouvernement mexicain pourrait faire pression sur le secteur minier, ce qui placerait le gouvernement canadien dans une posture délicate », soutient le professeur.

À long terme, ces éventuelles pressions du Mexique pourraient relancer un mouvement international réclamant au Canada de réglementer davantage le comportement des minières à l’étranger, poursuit-il.

Tensions avec les États-Unis

Les relations du Mexique avec son voisin immédiat n’augurent pas mieux, selon Claude Denis, et ce, malgré qu’AMLO ait souhaité une relation d’« amitié et de coopération » avec les États-Unis.

Les diverses attaques du président Trump envers le Mexique risquent de trouver réponse là où elles étaient auparavant ignorées, croit-il. « Le gouvernement AMLO va avoir moins peur de l’affrontement avec Trump. AMLO ne se gênera pas pour répondre du tac au tac, même sur Twitter, ce qui ne facilitera pas les choses. »

Autre dossier épineux entre les deux nations : l’afflux de migrants qui transitent de l’Amérique centrale vers les États-Unis dans l’espoir de fuir la violence et la pauvreté. Le phénomène a été compliqué par la position anti-immigration du gouvernement Trump, qui a ordonné la séparation des familles à la frontière et accuse régulièrement le Mexique de « ne rien faire » pour empêcher les migrants d’atteindre la frontière américaine.

AMLO a annoncé lundi avoir proposé à M. Trump de « réduire les migrations » et d’« améliorer la sécurité » lors d’une conversation téléphonique.

Selon Adolfo Laborde, expert de l’Université Anahuac, à Mexico, le nouveau gouvernement devra « promouvoir le développement régional » afin que les Centraméricains ne quittent plus leur pays.

Des promesses ambitieuses

M. López Obrador, âgé de 64 ans, a du pain sur la planche. Il a promis de grands changements à ses concitoyens. Parmi ses engagements : chasser la mafia du pouvoir, éradiquer la pauvreté, ramener la paix sociale dans le pays et lutter contre la corruption.

Arrivera-t-il à tout régler en un seul mandat de six ans, comme le prévoit la Constitution mexicaine ? « Il a un très gros agenda. C’est difficile d’imaginer qu’il sera capable de faire tout ça », concède Claude Denis, d’autant plus que les pratiques qu’il dénonce sont ancrées dans la société mexicaine.

Le nouveau président est toutefois porté par une forte base dotée d’une volonté de fer pour du changement, ce qui est un atout pour lui. « Il y a un ras-le-bol assez remarquable dans la société mexicaine, ce n’est pas pour rien qu’il a eu la moitié du vote dans une élection avec trois autres candidats crédibles », commente M. Denis.

L’expérience politique d’AMLO, qui a notamment été maire de Mexico, joue également en sa faveur. « Il n’arrive pas sans préparation et il connaît très bien les rouages du système, souligne l’expert. Cela dit, il va devoir être habile et avoir de la chance par moments. »

Rappelons qu’AMLO et son parti, le Mouvement de régénération nationale (Morena), ont remporté dimanche une victoire historique avec 53 % des voix, portant la gauche au pouvoir pour la première fois de l’histoire moderne du Mexique.

1 commentaire
  • karl kavad - Inscrit 3 juillet 2018 10 h 32

    Retour?

    N,est pas un retour, la gauche n,as jamais été au pouvoir.