«AMLO» amène pour la première fois la gauche au pouvoir

Andrés Manuel Lopez Obrador, dit «AMLO»
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Andrés Manuel Lopez Obrador, dit «AMLO»

Le raz-de-marée de la gauche au Mexique, porté par le président élu Andrés Manuel Lopez Obrador, s’est confirmé lundi avec les résultats des élections législatives et sénatoriales, dans un pays lassé par les violences et la corruption.

Le candidat de 64 ans a remporté dimanche une victoire historique à la présidentielle, amenant la gauche au pouvoir pour la première fois au Mexique. Il obtient plus de 53 % des voix, selon les estimations officielles.

Morena, le parti de celui qu’on surnomme par ses initiales, « AMLO », a décroché six des neufs sièges de gouverneurs en jeu, dont celui de la capitale.

Cette victoire bouleverse le panorama politique mexicain jusqu’alors dominé par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, droite), actuellement au pouvoir, et le Parti Action nationale (PAN, centre-droit).

Photo: Guillermo Arias Agence France-Presse Jose Antonio Meade est le candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI).

Lundi, alors qu’un peu plus de 50 % des bulletins de vote ont été dépouillés, la coalition « Ensemble nous ferons l’Histoire » (Juntos Harmemos Historia), conduite par son parti Morena avec le Parti du travail (PT) et le Parti rencontre sociale (Partido Encuentro Social), obtient 213 sièges de députés sur les 500 en jeu.

Au Sénat, la coalition décrocherait entre 54 et 70 des 128 sièges. « Je suis très conscient de ma responsabilité historique […] Je veux passer à l’Histoire comme un bon président », a assuré le vétéran de gauche, au côté de sa femme, devant une foule de plusieurs milliers de sympathisants réunis sur la place du Zocalo, dans le centre de Mexico. « Je ne vous décevrai pas ! », leur a-t-il promis.

Félicitations de Trump

L’ancien maire de Mexico a devancé de plus de trente points le jeune conservateur Ricardo Anaya (PAN), à la tête d’une coalition de droite et de gauche, et Jose Antonio Meade, du PRI, le parti au pouvoir, très loin derrière, en troisième position.

Le président américain a félicité Lopez Obrador et s’est dit « prêt à travailler » avec lui.

« Il y a beaucoup à faire pour le bien à la fois des États-Unis et du Mexique ! », a tweeté Donald Trump, dont la politique commerciale et sur l’immigration a plongé les relations avec son voisin mexicain au plus bas de leur histoire.

 

 

Lopez Obrador lui a répondu qu’il souhaitait une relation d’« amitié et de coopération » avec les États-Unis, après avoir promis au pays « des changements profonds » et « sans dictature ».

Autre partenaire important, le Canada a également félicité le vainqueur. Le premier ministre Justin Trudeau a appelé à une relance rapide de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qualifié de « désastre » par M. Trump.

Andrés Manuel Lopez Obrador a su capitaliser sur l’exaspération d’une grande partie des Mexicains en promettant de lutter contre la corruption et de chasser la « mafia du pouvoir » incarnée par l’impopulaire président Enrique Peña Nieto.

Le principal défi du président « sera d’accomplir ce qu’il a promis, et ce qu’il a promis est une utopie », a commenté à l’AFP l’analyste politique Jose Antonio Crespo. « Il n’y arrivera pas, mais on verra ce qu’il obtient ».

Flou sur l’économie

Saluant le « ton conciliateur » de Lopez Obrador dans son discours de victoire, le cabinet britannique Capital Economics regrette lundi avoir encore « peu de clarté sur la politique économique d’AMLO ».

Signe de cette incertitude : dans la matinée lundi, le peso mexicain et la Bourse locale étaient en baisse de plus de 1 %.

Lopez Obrador devra affronter des défis gigantesques : en plus de lutter contre la corruption, il devra tenir sa promesse de « remettre à sa place » le président Trump, qui a menacé de rompre l’ALENA et estimé que le Mexique « ne fait rien » contre l’immigration clandestine venue d’Amérique centrale.

Tout au long de la campagne, la violence a été au cœur des débats, mais elle a aussi touché de nombreux candidats ou militants sur le terrain.

Le processus électoral a été « le plus sanglant » de l’histoire du Mexique, avec au moins 145 assassinats d’hommes politiques, selon le cabinet d’études Etellekt. Dimanche, au moins deux militants ont été tués.

Depuis le lancement par les autorités d’une guerre contre le narcotrafic en 2006 avec l’aide de l’armée, plus de 200 000 personnes ont été tuées dans le pays.

La stratégie lancée par le président Felipe Calderon (2006-2012), poursuivie par Enrique Peña Nieto, a contribué à fragmenter les cartels en cellules plus petites et plus violentes.

« AMLO » a promis d’éradiquer la pauvreté qui alimente ces violences et de ramener la paix sociale dans le pays, au besoin en accordant une amnistie aux petites mains des cartels.