Les Mexicains se rendent aux urnes

En plus du mandat présidentiel, les 89 millions d’électeurs mexicains renouvellent plus de 18 000 mandats, dont les sièges de 500 députés et 128 sénateurs, ainsi que de nombreux postes régionaux ou locaux.
Photo: Julio Cesar Aguilar Agence France-Presse En plus du mandat présidentiel, les 89 millions d’électeurs mexicains renouvellent plus de 18 000 mandats, dont les sièges de 500 députés et 128 sénateurs, ainsi que de nombreux postes régionaux ou locaux.

Les Mexicains ont commencé dimanche à voter pour choisir leur président, dans un pays en proie à la violence du narcotrafic et où le grand favori du scrutin, le candidat de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador, promet un « changement radical ».

Tout sourire et faisant le V de la victoire avec ses doigts, « AMLO », comme il est surnommé, est arrivé à son bureau de vote avant même l’ouverture, qui a eu lieu à 9 h (heure du Québec).

« C’est un jour historique, le peuple mexicain va décider librement qui doit diriger le gouvernement ces six prochaines années. Nous représentons la possibilité d’un changement véritable, d’une transformation, c’est pourquoi ce jour est important », a-t-il déclaré à la foule de journalistes venus l’attendre.

« Cela se voit que tout le monde veut le voir, c’est le nouveau président », a commenté à l’AFP Salvador Sanchez, 82 ans, qui passait devant le bureau de vote du candidat pour prendre son bus. « Enfin un changement, pour la première fois l’Histoire s’écrira du côté des pauvres », a-t-il ajouté.

« AMLO », 64 ans, se présente comme le candidat anti-système et anti-corruption, voulant chasser « la mafia du pouvoir ».

Après deux précédents échecs, il est cette fois crédité de plus de 20 points d’avance dans les sondages sur ses adversaires.

Derrière lui, le jeune conservateur Ricardo Anaya, 39 ans, vante sa « modernité » à la tête d’une coalition de droite et de gauche (formée par le PAN, le PRD et le Movimiento Ciudadano), se voulant davantage inspiré par la Silicon Valley que par les vieux caciques de la politique mexicaine.

Il devance José Antonio Meade, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, droite), un indépendant choisi par le parti au pouvoir, classé seulement troisième en raison de l’image de corruption et clientélisme de ce parti.

Tournant

« Nous avons testé le PRI et le PAN et c’était un désastre, le moment est venu de changer, c’est l’heure du Morena [Movimiento Regeneración Nacional/Mouvement de régénérescence nationale] », le parti de Lopez Obrador, juge Carlos Miguel Salinas, instructeur d’éducation physique de 26 ans.

Lopez Obrador a su capitaliser sur le ras-le-bol des Mexicains après un mandat de Peña Nieto marqué par la corruption et des violations des droits de l’homme.

Si les pronostics se confirment, les élections marqueront un tournant dans la vie politique mexicaine.

« Ce qui est sûr c’est que le système des partis traditionnels s’est vu ébranlé par la poussée du Morena », analyse Duncan Wood, directeur de l’Institut du Mexique au Centre Woodrow Wilson.

En plus du mandat présidentiel, les 89 millions d’électeurs mexicains renouvellent plus de 18 000 mandats, dont les sièges de 500 députés et 128 sénateurs, ainsi que de nombreux postes régionaux ou locaux.

Quelque 100 000 Mexicains de l’étranger, dont 77 % aux États-Unis, ont fait parvenir leur vote, a indiqué l’Institut électoral national (INE), une participation infime au vu des plus de 12 millions de Mexicains expatriés, à plus de 93 % aux États-Unis.

Les premiers résultats officiels sont attendus vers minuit (heure du Québec) lundi.

La campagne électorale aura été « la plus sanglante » de l’Histoire du Mexique, avec au moins 136 assassinats d’hommes politiques — dont 48 candidats ou pré-candidats — selon le cabinet d’études Etellekt.

La violence est telle que beaucoup de Mexicains craignent de se rendre aux urnes : « Nous ne savons pas si nous allons en revenir vivant », s’inquiète Margarita Rodarte, une femme de Ciudad Juarez (nord), l’une des villes les plus violentes du pays.

« Populiste » ?

La lutte contre la violence et la corruption est au coeur des priorités d’AMLO. L’ancien maire de Mexico (2000-2005) promet de faire reculer la pauvreté qui alimente les cartels et combattre la corruption pour financer des programmes sociaux.

Il propose un « gouvernement austère, sans luxe ni privilèges », qui réduira de jusqu’à 50 % les salaires des hauts fonctionnaires, dont le sien, et promet de transformer en centre culturel la résidence présidentielle de Los Pinos, « hantée » selon lui à cause des mauvaises ondes.

De nombreux Mexicains et analystes critiquent son manque de propositions concrètes et sa rhétorique « populiste », craignant qu’il n’entraîne le pays sur la voie du Venezuela.

Et beaucoup s’interrogent sur la relation qu’il pourrait avoir avec le président Donald Trump sur des sujets aussi cruciaux que la crise migratoire ou la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna).

« Tout tourne autour de lui et de sa capacité personnelle à résoudre les problèmes », commente à l’AFP l’analyste politique Fernando Dworak.

« Son discours et sa façon d’accéder au pouvoir ne sont pas très différents de Trump ou Chavez […]. Malheureusement, Lopez Obrador pourrait aussi exercer le pouvoir à travers ce type de discours », poursuit-il.

D’autres au contraire estiment qu’il n’y a rien à craindre du candidat.

« Certains imaginent que les marchés financiers vont mal réagir. C’est absurde, c’est une campagne politique pour générer de la peur », soutient à l’AFP Roy Campos, de l’institut de sondage Mitofskyk.

« Nous pensons que malgré les grands titres alarmants, l’économie mexicaine connaîtra de bons résultats la première année de la présidence d’AMLO », anticipe le cabinet Capital Economics.