Au Nicaragua, le dialogue reprend, les violences continuent

Les proches d’un enfant de 15 mois tué la veille lors d’une attaque des forces anti-émeutes épaulées par des membres des Jeunesses sandinistes, fidèles au président Ortega, pleuraient sa disparition lors de ses obsèques, dimanche, à Managua.
Photo: Inti Ocon Agence France-Presse Les proches d’un enfant de 15 mois tué la veille lors d’une attaque des forces anti-émeutes épaulées par des membres des Jeunesses sandinistes, fidèles au président Ortega, pleuraient sa disparition lors de ses obsèques, dimanche, à Managua.

Le gouvernement et l’opposition au Nicaragua ont repris leur dialogue lundi pour étudier d’éventuelles élections générales anticipées dans un pays où les violences se poursuivent et ont fait plus de 200 morts en deux mois.

L’Église catholique, médiatrice, a annoncé que les groupes de travail entre délégués du gouvernement et de l’Alliance civique pour la Justice et la Démocratie — une coalition de groupes d’opposition de la société civile — avaient repris leurs réunions à Managua, dans le nord du pays.

Mais au même moment, des fusillades et des incendies étaient signalés dans les départements de Leon et Managua, où des hommes armés démontaient avec des pelleteuses les barricades érigées par les habitants. Ces derniers ont fait état de blessés, mais aucun bilan officiel n’a été communiqué.

Thème central des discussions dans la capitale : l’éventuelle organisation d’élections générales anticipées en mars 2019, au lieu de fin 2021.

« Nous, les évêques du Nicaragua, attendons que le président [Daniel] Ortega nous communique de manière officielle et formelle son acceptation de la proposition que nous lui avons faite […], fondée sur le ressenti de la majorité des Nicaraguayens, pour des élections anticipées », a lancé sur Twitter l’évêque auxiliaire de Managua, Silvio Baez.

La proposition a été transmise par l’Église le 7 juin, mais Daniel Ortega, un ex-guérillero de 72 ans qui en est à son troisième mandat consécutif depuis 2007, après avoir déjà gouverné de 1979 à 1990, a demandé un temps de réflexion. Depuis il reste muet sur le sujet.

La réunion de dialogue survient alors que se multiplient les assauts violents des forces de l’ordre, aidées de groupes paramilitaires, pour reprendre le contrôle de certaines villes. Durant le week-end, ces interventions ont fait une dizaine de morts dans le pays.

« Ces groupes qui s’habillent en civil et sèment la terreur doivent faire l’objet d’une enquête, d’un procès et doivent être retirés immédiatement » des rues, a plaidé lundi Alvaro Leiva, secrétaire de l’Association nicaraguayenne pour les droits de l’homme (ANPDH).

Pression internationale

La vague de contestation, la plus violente dans le pays depuis des décennies, a été déclenchée le 18 avril par une réforme de la sécurité sociale.

Malgré l’abandon rapide de cette réforme, la colère populaire, accentuée par la répression policière, n’est pas retombée et cible Daniel Ortega et son épouse, Rosario Murillo, vice-présidente, accusés de confisquer le pouvoir et de brider les libertés.

La pression internationale n’a cessé de croître contre le chef de l’État et, mardi, une mission du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme se rendra dans le pays.

Vendredi, son gouvernement avait été montré du doigt par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), qui a présenté un rapport sévère lors d’une session extraordinaire du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA) à Washington.

Lors de cette session, une dizaine de gouvernements, dont ceux des États-Unis, du Canada et du Mexique, ont exigé que « cesse la répression ».

Mais le dialogue au Nicaragua reste compliqué : il a déjà été suspendu trois fois, la dernière il y a une semaine, car l’exécutif n’avait pas invité, comme il s’y était engagé, des organismes internationaux à venir vérifier la situation des droits de l’homme. Il a depuis obtempéré.

Dimanche, des experts de la CIDH sont ainsi arrivés à Managua, mais le gouvernement rejette toujours les accusations de recours excessif à la force et de violation des droits de l’homme.