La droite récupère la présidence en Colombie avec Ivan Duque

À 41 ans, Ivan Duque, qui succède à Juan Manuel Santos, devient le plus jeune chef d’État élu en Colombie depuis 1872.
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse À 41 ans, Ivan Duque, qui succède à Juan Manuel Santos, devient le plus jeune chef d’État élu en Colombie depuis 1872.

La droite dure a récupéré la présidence dimanche en Colombie et son champion Ivan Duque, vainqueur d’un duel inédit face à la gauche, a annoncé des « corrections » à l’accord de paix avec l’ex-guérilla FARC.

« Cette paix dont nous avons rêvé, qui demande des rectifications, aura des corrections pour que les victimes soient au centre du processus, pour garantir vérité, justice et réparation », a déclaré le dauphin de l’ex-président Alvaro Uribe, farouche opposant au pacte qui a permis le désarmement de la rébellion et sa reconversion en parti politique.

Candidat du Centre démocratique (CD), Ivan Duque a recueilli 53,98 % des voix contre 41,8 % à Gustavo Petro, du mouvement Colombie Humaine, premier candidat de gauche à parvenir aussi loin dans une course présidentielle, selon les derniers résultats.

« Le moment est venu de construire un véritable changement […] Nous allons édifier l’avenir dans la légalité, la liberté d’entreprendre et l’équité », avait-il déclaré plus tôt en célébrant sa victoire.

Son adversaire a immédiatement accepté son « triomphe ». « Vous êtes le président de la Colombie […] Aujourd’hui, nous sommes l’opposition », lui a lancé Gustavo Petro, ancien maire de Bogota et ex-guérillero du M-19 dissout.

À 41 ans, Ivan Duque, qui succède à Juan Manuel Santos, devient le plus jeune chef d’État élu en Colombie depuis 1872, à l’issue de cette première présidentielle de la paix avec les FARC et qui s’est déroulée dans le calme. La participation a été de 53 %, dans un pays où habituellement moins de la moitié des quelque 36 millions d’électeurs votent.

Un pays polarisé

Adoubé par le sénateur et ex-président Uribe (2002-2010), le futur dirigeant, qui aura 42 ans le 1er août et prendra ses fonctions le 7, s’est engagé à modifier ce texte qui a polarisé le pays et selon lui trop laxiste envers les ex-chefs guérilleros.

Le leader du parti FARC, Rodrigo Londoño, avait souligné auparavant que la Colombie a « vécu les élections les plus tranquilles des dernières décennies, le processus de paix porte ses fruits […] Respectons la décision de la majorité et félicitons le nouveau président ».

Plus tôt, M. Santos, 66 ans, avait qualifié cette présidentielle de « transcendantale », soulignant que « pour la première fois, un ex-commandant des FARC a voté en démocratie, sans armes et comme leader d’un parti politique ».

L’accord a valu à ce président de centre droit le Nobel de la Paix, mais aussi une impopularité de 80 % dans ce pays de 49 millions d’habitants. Au pouvoir depuis 2010, il ne pouvait se représenter après deux mandats.

Au siège de campagne de la droite, Carlos Flores, 27 ans, estimait qu’« Ivan Duque doit unir le pays. Santos le laisse divisé entre amis de la paix et ennemis de la paix. Ivan Duque va l’unir autour du progrès ».

Le pacte signé fin 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie, devenues la Force alternative révolutionnaire commune (FARC), a clos plus de 52 ans d’affrontements. Mais la Colombie peine à émerger du conflit.

Elle reste confrontée à une corruption et des inégalités criantes, notamment en matière d’éducation et santé, ainsi qu’à la violence de groupes armés se disputant le narcotrafic dans ce pays, premier producteur mondial de cocaïne.

La droite y règne depuis toujours. Novice en politique avec jusque là un seul mandat comme sénateur, l’avocat et économiste Ivan Duque se défend d’être la « marionnette » d’Alvaro Uribe. Il est soutenu par les conservateurs, les partis chrétiens, les évangéliques et l’ultra-droite.

« Nous demandons à Dieu et au peuple colombien de nous donner la victoire pour transformer le pays », avait-il lancé dimanche matin, réitérant sa volonté de défendre la liberté d’entreprendre pour relancer la 4e économie d’Amérique latine.

Il veut aussi « tourner les pages de la corruption, de la politique politicienne, du clientélisme » et réviser l’accord de paix pour envoyer en prison les chefs FARC coupables de crimes graves et leur barrer l’accès au Parlement.

La gauche colombienne, divisée, a longtemps pâti de la présence des guérillas.

L’avenir incertain de la paix

« L’une des grandes inconnues va être ce qui va se passer avec le processus de paix », a déclaré à l’AFP l’analyste Yann Basset, de l’Université du Rosario.

Gustavo Petro voulait appliquer le pacte et « construire une Colombie humaine en paix, qui se réconcilie avec elle-même ». Il promettait des réformes favorables aux pauvres. Mais il paye sa proximité avec le défunt président vénézuélien Hugo Chavez, bien qu’ayant désavoué son successeur Nicolas Maduro.

Ivan Duque a aussi annoncé qu’il durcirait la position gouvernementale dans les négociations entamées en février 2017 avec l’Armée de libération nationale (ELN), dernière guérilla du pays, en cessez-le-feu pour le scrutin. Gustavo Petro voulait les poursuivre.

Le prochain chef d’État est assuré d’un soutien important au Congrès, où la droite s’est imposée aux législatives de mars.

Pour sa part, la FARC n’avait même pas atteint les 0,5 % de voix nécessaires pour dépasser les dix sièges parlementaires octroyés par l’accord.

Tourner la page du conflit, qui a fait au moins huit millions de victimes entre morts, disparus et déplacés, sera toutefois la tâche fondamentale du futur président.