La droite arrive en tête du premier tour de la présidentielle en Colombie

Ivan Duque, dauphin de l’ex-président Alvaro Uribe, a recueilli 39,11% des voix, suivi par Gustavo Petro, ex-guérillero du M-19 dissout, avec 25,10%.
Photo: Luis Acosta Agence France-Presse Ivan Duque, dauphin de l’ex-président Alvaro Uribe, a recueilli 39,11% des voix, suivi par Gustavo Petro, ex-guérillero du M-19 dissout, avec 25,10%.

Le candidat de la droite dure, opposée à l’accord de paix avec l’ex-guérilla FARC, est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle dimanche en Colombie, mais devra affronter au second le représentant d’une gauche antisystème.

Dans un pays émergeant de plus d’un demi-siècle de conflit armé et où la droite règne depuis toujours, son champion Ivan Duque, opposé au pacte avec l’ex-rébellion, a devancé Gustavo Petro, ancien maire de gauche de Bogotá, détaché des partis traditionnels. Ils s’affronteront au second tour le 17 juin.

Sur 99,46 % des suffrages dépouillés, Ivan Duque, dauphin de l’ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), a recueilli 39,11 % des voix, suivi par Gustavo Petro, ex-guérillero du M-19 dissout, avec 25,10 %. Le centriste Sergio Fajardo s’est placé 3e avec 23,76 %, selon ces résultats communiqués par l’autorité électorale.

« Je veux un pays de légalité, de lutte contre la corruption, un pays qui respire la sécurité, la liberté d’entreprise », avait déclaré M. Duque en votant à Bogotá.

M. Petro, premier candidat de gauche à parvenir aussi loin dans une course présidentielle, a appelé pour sa part à « un présent et un avenir » sans haine, ni vengeance.

Cette élection, à l’issue de laquelle la droite dure pourrait reconquérir la présidence, va peser sur l’avenir de l’accord de paix signé en 2016 avec la plus puissante rébellion des Amériques, un pacte qui a polarisé une société meurtrie par une guerre fratricide, la plus longue du continent.

Le centre, arbitre du second tour ?

Le président sortant Juan Manuel Santos, 66 ans, s’est réjoui de ces « élections les plus sûres » depuis des décennies, pour lesquelles quelque 36 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes. Selon l’autorité électorale, le déroulement du scrutin a été « totalement normal ».

Après deux mandats depuis 2010, le chef d’État de centre droit ne peut se représenter. La consolidation de la paix, fragilisée par des retards dans l’application de l’accord, dépendra de son successeur.

Ce premier tour « montre l’importance qu’a encore l’uribisme », a déclaré à l’AFP l’analyste Andrés Macias, de l’Université Externado. « La polarisation va être évidente au second tour », a-t-il ajouté, en jugeant « difficile de savoir où iront les voix » du centriste Fajardo.

La droite dure, opposée au pacte conclu avec les ex-FARC et aux pourparlers entamés avec l’Armée de libération nationale (ELN), la dernière rébellion colombienne, entend reconquérir la présidence avec un candidat jeune.

Outre la révision de l’accord, qu’il juge laxiste envers les ex-guérilleros exemptés de prison s’ils admettent leurs crimes, Ivan Duque, 41 ans, promet d’éradiquer la drogue, la corruption et de relancer la 4e économie d’Amérique latine, en berne avec 1,8 % de croissance.

Cet avocat et économiste représente une coalition menée par le Centre démocratique (CD) du controversé, mais populaire Alvaro Uribe. Il défend aussi les valeurs traditionnelles de la famille et vilipende le Venezuela voisin, en faillite.

Paula Rubio, 38 ans, a voté Ivan Duque pour « maintenir l’ordre dans le pays », a-t-elle expliqué à l’AFP.

Son principal rival, Gustavo Petro, 58 ans, du mouvement Colombie Humaine, séduit les foules avec un programme de réformes économiques favorable aux plus humbles, mais se voit reprocher ses accointances avec le défunt président vénézuélien Hugo Chavez.

Dans un pays allié des États-Unis, il défend l’accord avec l’ex-guérilla FARC et le dialogue avec l’ELN, qui a suspendu ses actions armées à l’occasion de l’élection, pour laquelle la sécurité a toutefois été renforcée par environ 150 000 militaires.

Le défi du narcotrafic

Premier producteur mondial de cocaïne, ce pays de 49 millions d’habitants reste confronté à la violence de groupes illégaux, qui se disputent le contrôle du trafic de drogue dans les anciens fiefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), converties en parti politique sous le même acronyme.

« Je vote pour Petro […] qui a aidé les pauvres gens », a déclaré à l’AFP Gladys Cortés, 60 ans. Cette employée domestique ne votait « pas depuis longtemps » comme au moins la moitié des électeurs habituellement en Colombie. La participation dimanche n’a pas beaucoup varié, atteignant 52 %, selon les autorités électorales.

En tête des nations les plus inégalitaires du continent, la Colombie peine à émerger d’une guerre qui a impliqué une trentaine de rébellions, des paramilitaires et les forces de l’ordre, faisant plus de huit millions de victimes, entre morts, disparus et déplacés.

Après avoir échoué en mars dans sa tentative de gagner plus que les 10 sièges parlementaires octroyés par l’accord de paix, la FARC a quant à elle renoncé à la présidentielle.

Son chef Rodrigo Londoño, qui devait être candidat, mais a eu un infarctus, s’est dit ému dimanche à Bogotá en votant pour « la première fois ». Il a appelé à faire de « ce jour, un jour de réconciliation entre tous les Colombiens ».

La droite dure s’était imposée aux législatives de mars. S’il succède à Juan Manuel Santos le 7 août, Ivan Duque devrait donc compter sur le Congrès.

Mais il bénéficie surtout de l’aura d’Alvaro Uribe, qui, après deux mandats, ne pouvait non plus se représenter et a adoubé son jeune poulain, se défendant d’en faire sa marionnette. Dimanche, il a salué « son programme de sécurité » et « sa fermeté ».