Une élection présidentielle «frauduleuse» pour Ottawa

Les récents résutats devraient permettre à Nicolas Maduro de demeurer à la tête du pays jusqu'en 2025.
Photo: Juan Barreto Agence France-Presse Les récents résutats devraient permettre à Nicolas Maduro de demeurer à la tête du pays jusqu'en 2025.

Ottawa — Le gouvernement canadien prend des mesures pour faire pression sur le Venezuela après l’élection présidentielle dans ce pays, qualifiée de « frauduleuse », d'« illégitime » et d'« antidémocratique ».
 

Les 14 pays membres du Groupe de Lima, dont le Canada, ont annoncé lundi qu’ils ne reconnaissaient pas le résultat du scrutin de dimanche au Venezuela, remporté par le leader socialiste Nicolas Maduro.
 

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a déclaré par communiqué que le Canada entendait limiter ses relations diplomatiques et réduire ses engagements envers le Venezuela.
 

Soutenant que le régime Maduro n’a « démontré aucune volonté de prendre des mesures concrètes pour rendre le processus électoral conforme aux normes démocratiques internationales », la ministre Freeland a annoncé que le Canada ne nommerait pas d’ambassadeur au Venezuela. Seul un chargé d’affaires représentera le gouvernement Trudeau à Caracas.
 

« Une fois de plus, le régime Maduro n’a pas rempli ses obligations envers son peuple en restreignant les droits et libertés des Vénézuéliens et en empêchant les partis d’opposition de participer librement aux élections », a déclaré Mme Freeland par communiqué.
 

Le Canada va limiter ses relations avec le Venezuela aux activités visant à faire progresser les objectifs canadiens dans ce pays, comme la promotion de la démocratie et le respect des droits de la personne.
 

Ottawa interdit aussi à ses diplomates d’assister aux réunions ou aux événements internationaux organisés par le Venezuela, ainsi que la coopération militaire avec ce pays.


La présidente de l’organisation « Canada Venezuela Democracy Forum », Soraya Benitez, accueille avec joie les sanctions imposées par le Canada. Selon elle, la seule façon de sortir de cette situation est de maintenir la pression internationale sur le gouvernement vénézuélien.
 

« C’est plus qu’une dictature, c’est une narcodictature, c’est de la criminalité », soutient la dame, dont l’organisme est voué à la défense de la démocratie et des droits de la personne.
 

D’après Mme Benitez, la communauté internationale doit viser les membres du régime et non l’État. « Il faut geler les avoirs dans les paradis fiscaux et leur interdire d’entrer dans les autres pays. Ils ont un discours contre les États-Unis, mais ils vont y passer leurs vacances et ils vont magasiner parce qu’il n’y a rien dans le pays », explique-t-elle.
 

Résultat contesté

Le principal adversaire de Nicolas Maduro, le candidat indépendant Henri Falcon, a demandé la tenue d’une nouvelle élection pour empêcher une « crise sociale », affirmant que le scrutin présidentiel avait été entaché d’irrégularités et qu’il est illégitime.
 

Le Groupe de Lima, créé en août pour exercer une pression internationale sur le Venezuela, presse les 14 pays membres de la coalition de prévenir leur secteur financier du caractère risqué de tout commerce avec ce pays. Les capitales sont aussi invitées à accroître les pressions économiques et diplomatiques sur le Venezuela, notamment en refusant tout nouveau crédit à ce gouvernement et en réduisant leurs relations diplomatiques avec Caracas.
 

Les États-Unis — qui ne font pas partie du Groupe de Lima -, l’Union européenne et plusieurs pays d’Amérique latine avaient annoncé, avant même l’élection de dimanche, qu’ils ne reconnaîtraient pas les résultats du scrutin.
 

Lundi, le président Donald Trump a signé un décret limitant les possibilités pour le gouvernement vénézuélien de liquider des actifs. Les États-Unis ont imposé ces nouvelles sanctions financières dans le but d’isoler davantage le président Maduro.
 

Washington n’est toutefois pas allé de l’avant avec sa menace de boycotter le pétrole du Venezuela, qui possède les plus importantes réserves de la planète, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
 

Le ministre vénézuélien de l’Information a annoncé lundi que Nicolas Maduro avait obtenu le plus important pourcentage de vote que tout autre candidat à la présidentielle depuis 1958. Jorge Rodriguez a déclaré qu’il s’agissait d’un résultat « aux proportions épiques » et de « la plus grande victoire » de l’histoire du Venezuela.
 

Selon le conseil électoral national, M. Maduro a obtenu 6,7 millions de votes, soit 4 millions de plus que son plus proche rival, Henri Falcon. Toutefois, le faible taux de participation signifie que le total des votes en faveur de M. Maduro est plus bas que le score qu’il avait obtenu en 2013, lorsqu’il avait été élu pour la première fois par une faible marge.
 

Le candidat Javier Bertucci, qui a fini troisième, a rejoint Henri Falcon dans sa demande de rejeter le processus électoral.
 

Nicolas Maduro était le favori pour gagner l’élection malgré une crise qui rend la nourriture rare et déchaîne l’inflation dans ce pays autrefois riche, tandis que la production de pétrole dégringole. M. Maduro, qui a succédé à Hugo Chavez, mort en 2013, obtient ainsi un deuxième mandat de six ans.

Trump durcit les sanctions

Washington — Le président américain Donald Trump a, pour sa part, signé lundi un décret visant à isoler encore un peu plus économiquement le régime vénézuélien, qualifiant la réélection du président Nicolas Maduro d’«illégitime».

Le décret signé par M. Trump vise à réduire la capacité de Caracas à vendre des actifs appartenant à l’État. Selon le vice-président américain Mike Pence, l’élection au Venezuela fut «une farce, ni libre ni équitable».