Nicaragua: le président sous pression malgré l’abandon de sa réforme

Les étudiants qui manifestaient ont été rejoints dans la rue par des habitants de la capitale.
Photo: Alfredo Zuniga Associated Press Les étudiants qui manifestaient ont été rejoints dans la rue par des habitants de la capitale.

Les appels à manifester au Nicaragua étaient maintenus lundi, malgré la décision du président Daniel Ortega d’abandonner sa réforme controversée des retraites, à l’origine d’un mouvement de colère qui a fait au moins 25 morts.

Le Conseil supérieur de l’entreprise privée (Cosep), pourtant allié d’Ortega depuis son arrivée au pouvoir il y a 11 ans, appelait à défiler lundi contre le gouvernement, et les étudiants qui ont lancé ce mouvement de protestation assurent qu’ils ne s’arrêteront pas.

Dimanche, le président de gauche a pourtant tenté d’apaiser le courroux populaire en annulant la réforme polémique, qui devait augmenter les contributions sociales des salariés et des employeurs pour essayer d’équilibrer le système de retraites.

La réforme, qui abaissait aussi de 5 % le montant des retraites afin de réduire le déficit de la Sécurité sociale (76 millions de dollars), sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI), avait déclenché mercredi dernier une révolte des étudiants qui s’est rapidement propagée au reste de la population.

Pillages, affrontements avec la police, incendie de véhicules, bâtiments publics mis à sac : en cinq jours, ce mouvement de rébellion, assez inhabituel dans ce pays pauvre d’Amérique centrale, a fait 25 morts, dont un caméraman tué par balle en plein reportage.

Et si la colère ne retombe pas c’est qu’elle est le reflet d’un mécontentement plus général de la population, excédée par la détérioration de ses conditions de vie et par un gouvernement accusé de corruption.

« Les manifestations ne sont plus seulement pour l’INSS [l’institut de sécurité sociale, chargé de mettre en oeuvre la réforme des retraites], elles sont contre un gouvernement qui nie la liberté d’expression, la liberté de la presse et celle de manifester pacifiquement », a déclaré à l’AFP Clifford Ramirez, étudiant en sciences politiques de 26 ans qui faisait partie des premiers à manifester. « Nous pensons qu’il n’y a plus d’espace pour le dialogue », a-t-il ajouté.

Les étudiants ont vite été rejoints dans la rue par des habitants de la capitale qui ont défilé en tapant sur des casseroles, ainsi que des ouvriers et des retraités.


Violences

Alors que les manifestations ont dégénéré durant le week-end, avec pillages de commerces, barricades de pierres et pneus incendiés dans les rues, le gouvernement a déployé les forces de l’ordre qui, selon les manifestants, ont utilisé des armes à feu.

Le président Ortega a dénoncé la violence des manifestants, les comparants aux gangs criminels qui sèment la terreur dans le nord de l’Amérique centrale. Mais à l’étranger les États-Unis, l’Union européenne et le pape François ont surtout critiqué la force excessive utilisée par la police.

« Nous exigeons du gouvernement nicaraguayen de cesser immédiatement l’attaque brutale contre les manifestants et la population civile », a lancé le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh) dans un communiqué conjoint avec la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Le Cosep a d’ailleurs conditionné sa participation au dialogue, proposé par le président Ortega, à la fin de la répression des manifestants et de la censure de la presse, et demandé une large participation citoyenne dans ce processus.

Pour l’étudiant Clifford Ramirez il n’y a plus de retour en arrière, après les manifestations meurtrières des derniers jours : « Nous ne pouvons plus accepter ce gouvernement, nous manifestons pour que le couple Ortega Murillo quitte le pouvoir », dit-il, en référence à la femme de Daniel Ortega, Rosario Murillo, qui exerce la vice-présidence.

Car le « Comandante » de 72 ans, l’un des chefs de la guérilla ayant mené la révolution sandiniste en 1979, en est déjà à son 4e mandat, obtenu en novembre 2016 face à une opposition dévastée par l’annulation en justice de la candidature de son principal leader.

Et sa femme, poétesse excentrique de 66 ans aux tenues bariolées, qui dirigeait déjà d’une main de fer la communication et l’agenda de la présidence et du gouvernement, est devenue par la même occasion le deuxième personnage du Nicaragua.

« Depuis la révolution sandiniste de 1979, nous avons les mêmes leaders politiques, ils ne laissent personne d’autre émerger », soupire Clifford Ramirez. « Nous voulons de nouveaux dirigeants qui nous représentent, nous les jeunes ».