Nicaragua: Ortega recule sur sa réforme des retraites

Les rues de Managua étaient jonchées de débris dimanche, selon des journalistes de l’AFP sur place.
Photo: Rodrigo Arangua Agence France-Presse Les rues de Managua étaient jonchées de débris dimanche, selon des journalistes de l’AFP sur place.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a renoncé dimanche à sa réforme controversée des retraites, à l’origine d’une vague de manifestations qui a fait au moins 24 morts en cinq jours.

Lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise, le chef d’État de gauche a annoncé que l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) ne mettrait pas en oeuvre cette réforme, qui devait augmenter les contributions sociales des salariés et des employeurs afin d’essayer d’équilibrer le système de retraites.

« Nous devons rétablir l’ordre, nous ne pouvons pas permettre qu’ici s’imposent le chaos, le crime, les pillages », a déclaré le président, comparant les manifestants aux gangs criminels. Dans ce pays pauvre d’Amérique centrale, affrontement et pillages ont continué dimanche pour le cinquième jour consécutif.

Le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh) a fait état de la mort de 24 personnes à l’AFP, qui a obtenu confirmation auprès des familles des victimes. Parmi elles figurent des étudiants, des policiers et de jeunes sympathisants du Front sandiniste au pouvoir, accusés de s’être attaqués aux manifestants.

Sollicités par l’AFP pour confirmer ce chiffre, ni le gouvernement ni la police n’ont répondu. Le dernier bilan officiel, datant de vendredi, faisait état de 10 morts.

Un caméraman nicaraguayen, Miguel Ángel Gahona, a été tué par balles samedi dans la ville de Bluefields (est) alors qu’il tournait des images d’affrontements entre manifestants et policiers, selon des sources syndicales. Selon un communiqué officiel, un policier de 33 ans a également été tué par un coup de feu samedi dans le secteur de l’Université polytechnique (UPOLI) à Managua.

Les troubles en cours, les plus graves depuis l’arrivée au pouvoir du président Ortega il y a 11 ans, ont commencé mercredi dans un grand nombre de villes du pays pour protester contre la réforme des retraites, qui se traduisait aussi une baisse de 5 % du montant des retraites afin de réduire le déficit de la Sécurité sociale (76 millions de dollars), sur recommandation du Fonds monétaire international.

Réactions

Les États-Unis ont condamné dimanche « la violence et la force excessive utilisées par la police et d’autres personnes contre les civils qui exercent leur droit constitutionnel à la liberté d’expression et de réunion ».

« La violence est inacceptable […] les manifestations doivent se dérouler pacifiquement et les forces de l’ordre doivent intervenir avec la plus grande retenue », a estimé de son côté l’Union européenne.

« On n’avait pas vu cela depuis des années au Nicaragua », a commenté à l’AFP l’ancien ambassadeur nicaraguayen aux États-Unis Carlos Tünnerman.

Le fait que les protestations aient lieu « dans presque toutes les villes du pays, dans toutes les universités et qu’elles aient été réprimées dans la violence par le gouvernement signifie qu’il existe un malaise dans la population pas seulement à cause des réformes, mais à cause de la façon dont le pays a été gouverné », a-t-il expliqué.

Selon les analystes, la population du Nicaragua est exaspérée par les hausses permanentes des tarifs de l’électricité et du carburant, les suppressions de postes dans le secteur public et la réduction des aides sociales liées à la diminution de l’aide apportée depuis des années par le Venezuela, plongé dans une grave crise économique et politique.