Qui est Miguel Díaz-Canel, élu successeur des Castro?

Le nouveau président de Cuba, Miguel Díaz-Canel (à gauche), aux côtés de Raul Castro, qui a régné sur le pays pendant dix ans
Photo: Alexandre Meneghini Associated Press Le nouveau président de Cuba, Miguel Díaz-Canel (à gauche), aux côtés de Raul Castro, qui a régné sur le pays pendant dix ans

Miguel Díaz-Canel a célébré son 58e anniversaire vendredi, le lendemain de son arrivé au sommet du pouvoir à Cuba. Le vote hypersoviétique de l’Assemblée nationale lui a accordé 603 voix sur les 604 possibles, un score de 99,83 %. Même Kim Jong-un doit être jaloux !

Inutile de souligner que le chef cubain est né le même jour (un 20 avril) que Charles Maurras, Maurice Duplessis, et bien sûr Adolf Hitler. Il est par contre nécessaire de rappeler qu’il est né quand la révolution cubaine avait deux ans. Comme environ huit Cubains sur dix, leur nouveau chef n’a jamais connu d’autre Cuba que communiste, ni d’autre président des Conseils d’État qu’un Castro.

Son arrivée à ce poste signifie bien sûr en même temps la sortie de l’ère des révolutionnaires, des guérilleros barbus qui ont bouté hors de l’île les exploiteurs nationaux et impérialistes avant d’installer leur propre dictature jusqu’à la caricature gérontocratique. Fidel Castro a conservé le pouvoir jusqu’en 2006 et est décédé dix ans plus tard. Raúl vient de passer le bâton, à 87 ans.

Son successeur ne provient pas de l’armée, ne se costume pas en kaki, ne porte ni barbe ni moustache. Beaucoup de portraits soulignent sa ressemblance avec l’acteur américain Richard Gere.

Ça se défend, mais ça ne veut pas dire grand-chose non plus. Señor Díaz-Canel demeure tout de même un pur produit du régime et le « discipulo predilecto » de l’appareil. Il était numéro deux avant de devenir numerouno.

Un gorille professeur

Comment est-il arrivé là ? Miguel Díaz-Canel est né à Placetas, petite ville (elle compte maintenant 70 000 habitants) de la province de Villa Clara réputée pour ses plantations de cannes à sucre et de tabac. Son père travaillait comme ouvrier d’usine, sa mère enseignait au primaire.

Le jeune Miguel s’inscrit à l’Union des jeunes communistes, passage obligé de la socialisation dans le pays. Sa grande taille le fait remarquer et il sert un temps comme garde du corps de Raúl, frère du président Fidel. Cette première position au plus près du pouvoir va en quelque sorte lancer sa trajectoire sans faille.

Le jeune gorille achève des études en génie électronique au début des années 1980. Il fait ensuite son service militaire de trois ans et effectue une « mission internationale » sous le Nicaragua des sandinistes. Il sert d’agent de liaison entre le Parti communiste de Cuba et Managua. Il rentre après au pays pour enseigner à l’Université centrale Marta Abreu de Las Villas.

Sa carrière politique commence en 1993. L’année suivante, il devient premier secrétaire de sa province (l’équivalent de gouverneur). Le régime vit alors une crise économique profonde à la suite de l’effondrement de l’URSS et du retrait de l’aide du bloc de l’Est. Les résidents de son coin de pays se rappellent leur gouverneur se rendant au travail à vélo pour partager les conséquences des pénuries de pétrole.

Le jeune premier secrétaire se démarque aussi par son ouverture socioculturelle. Il soutient El Mejunje, un centre « multifacette et antidogmatique » de sa capitale provinciale, Santa Clara, fréquenté en partie par des homosexuels à une époque où le régime les pourchasse encore. El Mejunje organise des festivals de musiques rock, une forme artistique pourtant détestée par le pouvoir dans la pure tradition soviétique. Le nouveau président conserve d’ailleurs l’habitude de porter des jeans. Il assume également une passion de fan pour les Beatles.

En 2003, il prend la tête de la province d’Holguin, troisième de l’île par sa population. Cette affectation lui permet un contact direct avec l’industrie touristique, un des poumons économiques de l’île. Il entre en même temps au Politburo.

Raúl Castro désigne l’ex-professeur ministre de l’Éducation en 2009. Il conserve le poste jusqu’en 2012 et devient vice-premier ministre l’année suivante.

Un pragmatique ambigu

Le parcours en ligne droite, mais dans l’ombre, a parfaitement réussi, alors que d’autres personnalités politiques de la même génération (Carlos Lage, Roberto Robaina ou Felipe Perez Roque) ont tenté de forcer leur ascension, mais n’ont réussi qu’à provoquer leur propre chute. « Ce n’est pas un arriviste ou un improvisateur », a résumé Raúl Castro en présentant son héritier.

Les portraits du technocrate diffusés depuis quelques jours le dépeignent tous comme un dirigeant discret et pragmatique, facile d’approche et même affable, en tout cas très peu protocolaire. Le nouveau président est divorcé et remarié à Lis Cuesta, professeure d’université, spécialisée en culture cubaine qui travaille aussi à l’agence de tourisme culturel Paradiso. Il a deux enfants d’un premier mariage.

Les anecdotes contradictoires s’accumulent dans les biographies. Il a défendu l’accès à Internet, qui va probablement saper bien des forces d’inertie dans cette île rouge isolée. Le média, c’est le message…

Cette supposée attitude d’ouverture ne peut faire oublier la fidélité au castrisme, à la révolution, à ses mythes et à ses principes de fermeture. Une vidéo captée en cachette l’an dernier le montre en train de haranguer des cadres du parti. Il fustige fortement les États-Unis et affirme que Cuba n’a pas à répondre à certaines exigences américaines dans le cadre de la réconciliation négociée avec le gouvernement Obama. Il y critique aussi fortement un site Web dont le travail est jugé subversif. Il promet de le faire fermer, même si cela lui vaudrait une réputation de censeur. Le message, c’est le message…

Le nouveau président a bien sûr terminé son discours d’intronisation par une version de la devise nationale : Revolución o muerte, venceremos !

La survie du régime dépend de plus en plus de la continuité de réformes profondes esquissées par Raúl Castro que devra continuer le nouveau patron. Ou pas.

L’économie étatisée à 80 % pourrait s’ouvrir davantage au privé. La disparition du système de la double monnaie, avec un peso convertible et un autre autarcique, devrait rester dans les plans. L’aberration unique au monde introduit de graves distorsions et amplifie les inégalités dans un modèle économique plombé par l’embargo imposé par les États-Unis depuis 1962.

Miguel Díaz-Canel avait deux ans quand le blocus commercial a commencé. Théoriquement, le nouveau líder devrait servir deux termes de cinq ans. Il aura donc 68 ans quand il quittera le pouvoir à son tour. Enfin, si tout se déroule comme prévu par Raúl Castro et son dauphin…