Colombie: la droite opposée à l'accord de paix remporte les législatives

Deux femmes consultaient une liste électorale à Medellín lors des législatives de dimanche.
Photo: Joaquin Sarmiento Agence France-Presse Deux femmes consultaient une liste électorale à Medellín lors des législatives de dimanche.

Une droite dure qui l’emporte — sans toutefois le raz-de-marée annoncé —, une ex-guérilla sévèrement sanctionnée par les urnes et une avancée inédite du centre et de la gauche : la Colombie a rénové son Parlement avant de désigner son prochain président.

Bien que l’abstention ait dépassé les 50 %, un classique dans ce pays, ces premières législatives avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) désarmées ont préparé dimanche le terrain en vue de l’élection du successeur du chef de l’État, Juan Manuel Santos, dont le premier tour est prévu pour le 27 mai.

La gauche, avec la victoire aux primaires de Gustavo Petro, ancien maire de Bogotá et ex-guérillero du M19 aujourd’hui dissous, a pour la première fois une chance de parvenir à la tête de l’exécutif.

L’ancien chef de l’État Alvaro Uribe est le parlementaire qui a engrangé le plus de voix (870 000). Son parti de droite s’est imposé au Congrès et son dauphin, Ivan Duque, a remporté la primaire de la droite pour la présidentielle.

Ayant rejeté l’accord de paix avec les FARC et suscité la crainte que la Colombie ne suive la pente du Venezuela voisin, ce sénateur a permis à son parti, le Centre démocratique, d’être le plus représenté au Parlement.

Il n’a certes pas la majorité absolue annoncée dans les sondages, mais se maintient au sénat avec 19 sièges et a étendu sa présence dans la chambre basse avec 32 sièges.

M. Uribe « a obtenu le plus de voix, car c’est un leader qui a une grande capacité d’influence », explique l’analyste Alejo Vargas, de l’Université nationale de Colombie.

Il ralliera sûrement les parlementaires de Changement radical (centre droit) et certains du Parti conservateur, détracteurs du pacte passé avec l’ex-guérilla. Ensemble, ils totalisent 134 des 280 sièges du nouveau Parlement, contre 109 avant.

Entrée ratée

L’ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie, devenue un parti politique, la Force alternative révolutionnaire commune, sous le même acronyme de FARC, a connu un début électoral difficile.

L’accord signé en 2016 lui garantit 10 sièges. Mais en participant à ces élections, une première après plus d’un demi-siècle de confrontation armée avec l’État, elle espérait amplifier cette représentation.

Essai manqué : elle n’a pas atteint les 0,5 % (85 094 voix).

Mais « ce n’est pas ressenti comme un échec. Tout projet de loi désormais présenté au Congrès devra compter avec ce groupe, c’est important », a déclaré Imelda Daza, qui était candidate à la vice-présidence en tandem avec le chef de la FARC, Rodrigo Londoño, qui s’est retiré de la présidentielle à la suite de problèmes de santé.

La sanction se traduit aussi par l’appui aux forces de droite les plus opposées à l’accord.

Cela « reflète le peu de soutien et même l’hostilité qu’il y a en Colombie envers les FARC », selon Yann Basset, le directeur de l’Observatoire des processus électoraux, à l’Université du Rosario.

Percée surprise

Contre toute attente, le centre et la gauche ont fait une avancée inédite au Parlement.

« Le centre gauche est la mouvance qui a le plus progressé », souligne M. Basset.

Ces deux tendances, qui soutiennent l’accord de paix, ont 34 sièges. Avec ceux de l’ex-guérilla, elles pourraient parvenir à 44, mais les alliances ne sont pas assurées.

Ex-ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, qui quittera le pouvoir en août, a réussi ce qui semblait quasi impossible avant son arrivée à la présidence en 2010 : conclure un accord de paix avec la rébellion la plus puissante d’Amérique et le désarmement de ses 7000 combattants.

Mais, alors que le monde lui rendait hommage, y compris avec l’attribution du Nobel de la paix 2016, sa popularité en Colombie n’atteint pas 20 % et sa majorité s’est délitée.

Aux législatives de dimanche, son parti a été battu par la droite la plus critique de l’accord de paix, lui reprochant son « indulgence » envers les ex-rebelles. L’Unité nationale a perdu 19 sièges et ne présentera même pas de candidat à la présidentielle.

Santos tend à nouveau la main à l’ELN

Le président colombien, Juan Manuel Santos, a annoncé lundi qu’il avait ordonné la reprise des pourparlers de paix avec l’Armée de libération nationale (ELN), la dernière guérilla du pays, qu’il avait gelés après des attentats meurtriers contre la police.

Le président a décidé de renouer le dialogue en réponse au cessez-le-feu unilatéral observer par l’ELN à l’occasion des élections législatives de dimanche.

Sans préciser la date de reprise des pourparlers, il a ajouté que les parties discuteraient d’« un nouveau cessez-le-feu et l’arrêt des hostilités, ample et vérifiable, qui évite de perdre d’autres vies ». L’ELN a salué cette décision dans un communiqué.