Le gouvernement argentin fait voter une réforme controversée des retraites

Un manifestant lance une pierre à des agents de la police antiémeute lors d'une manifestation contre les réformes des retraites, à Buenos Aires, mardi.
Photo: Eitan Abramovitch Agence France-Presse Un manifestant lance une pierre à des agents de la police antiémeute lors d'une manifestation contre les réformes des retraites, à Buenos Aires, mardi.

Le gouvernement argentin de centre droit est parvenu à faire adopter au Parlement mardi une réforme majeure du système de retraite, malgré des affrontements violents dans la rue entre policiers et manifestants.

Sans majorité propre au Parlement, le pouvoir a réussi à faire passer un texte visant à réduire le déficit budgétaire de 7,5 milliards $CAN par an, qui réduit l’augmentation des pensions en les indexant sur l’indice officiel de l’inflation.

La nouvelle loi reporte l’âge de départ à la retraite de 65 à 70 ans pour les hommes et de 60 à 63 ans pour les femmes, sur la base du volontariat.

Les députés de la coalition au pouvoir Cambiemos (Changeons) ont obtenu 128 voix pour le projet de loi ; il y a eu 116 voix contre et deux abstentions.

Lors d’une conférence de presse, le président argentin Mauricio Macri a défendu la réforme, qui selon lui « défend les retraités contre l’inflation ».

En Argentine, l’inflation annuelle dépasse les 20 % depuis une décennie et le système d’actualisation précédent donnait aux retraités des augmentations supérieures à l’inflation.

Lundi, de violents affrontements ont opposé manifestants hostiles à la loi aux forces de l’ordre devant le Congrès, et des concerts de casseroles ont retenti jusque tard dans la nuit pour protester contre la réforme.

En 2017, la 3e économie d’Amérique latine a renoué avec la croissance, qui devrait atteindre 3 % cette année, après une récession de 2,3 % en 2016. Depuis le début de son mandat, M. Macri a engagé des réformes douloureuses pour le porte-monnaie de ses compatriotes, en limitant notamment subventions et allocations. Ses réformes économiques (suppression du contrôle des changes, règlement d’un litige de la dette extérieure) plaisent globalement aux marchés et aux grandes puissances, qui saluent son action.

Sans majorité propre au Parlement, le pouvoir a réussi mardi à faire passer un des deux projets de loi les plus impopulaires qu’il compte faire voter d’ici la fin de son mandat en 2019. Le prochain défi parlementaire sera de faire adopter une flexibilisation du Code du travail.

Vue par l’opposition comme une précarisation des conditions de travail, elle devrait donner lieu à une forte mobilisation. Le Parlement entrant dans sa trêve estivale, elle ne viendra à l’ordre du jour qu’à partir de mars.

Cette victoire parlementaire met le président Macri « en porte-à-faux vis-à-vis de l’opinion publique. C’est un résultat obtenu en utilisant au maximum tout le pouvoir du gouvernement national sur les provinces pour obtenir la majorité », selon le sociologue Gabriel Puricelli.