Au Honduras, une élection incertaine sur fond de violence endémique

Au Honduras, le taux d’homicide est plus de 30 fois supérieur à celui du Canada.
Photo: Valérian Mazataud Au Honduras, le taux d’homicide est plus de 30 fois supérieur à celui du Canada.

C’est une campagne inhabituelle dans un petit pays de neuf millions d’habitants dont le taux d’homicide se classe invariablement parmi les cinq plus élevés au monde.

Ce dimanche 26 novembre, pour la troisième fois depuis le coup d’État de 2009, les Honduriens se rendront aux urnes pour élire 128 députés, 298 maires et un président. Fait inhabituel et contesté, le président sortant, Juan Orlando Hernández, du Parti national, se présente pour un second mandat. Mais une coalition de trois partis de l’opposition pourrait lui donner du fil à retordre.

Les sondages sont interdits durant le dernier mois de campagne, aussi tout pronostic semble hasardeux. D’autant plus que chaque candidat brandit celui qui lui est le plus favorable. Chose certaine, la violence reste préoccupante au Honduras, axe majeur pour le transit de drogue du sud vers le nord, et les solutions pour y remédier occupent le coeur des débats.

Le taux d’homicide y est plus de 30 fois supérieur à celui du Canada. En 2012, selon l’Observatoire de la violence de l’Université nationale autonome du Honduras (UNAH), on recensait 7172 homicides, soit plus de 19 par jour, le plus haut taux au monde. San Pedro Sula, sa capitale industrielle, était alors connue comme la « capitale mondiale du meurtre ». En 2016, on dénombrait encore 14 meurtres par jour.

En parallèle à ces alarmantes statistiques, l’impunité criminelle est presque totale. « 95 % des meurtres ne sont pas judiciarisés », rappelle Bertha Oliva, coordonnatrice du Comité des proches de personnes disparues (COFADEH).

Certaines catégories de la population font plus les frais de l’insécurité. Ainsi, les Honduriennes sont trois fois plus à risque d’être assassinées que les Mexicaines. Un rapport de janvier 2017 de l’ONG Global Witness nommait également le pays comme le plus dangereux pour les militants environnementalistes, moins d’un an après l’assassinat de Berta Cáceres, lauréate en 2015 du prix Goldman pour l’environnement.

Militarisation

Pour mettre fin à la violence, le président sortant Hernández a mis en place une série de mesures, financées par une taxe sécuritaire, dont la principale reste la création d’une police militaire pour patrouiller dans les rues. La construction de nouvelles prisons de haute sécurité et un vaste chantier de nettoyage des éléments corrompus de la police viennent compléter son approche sécuritaire.

Pour Miguel Calix, coordonnateur hondurien de l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite, « aucun candidat ne remet vraiment en question ces mesures, appuyées par la population, de peur de perdre des voix ».

C’est l’utilisation des militaires pour pacifier les rues qui fait le plus débat. « Ici, nous vivons dans une culture de la terreur. Au bout de plusieurs mois de présidence, je souhaite remplacer les militaires par une police communautaire de proximité, car les soldats ne sont pas faits pour interagir avec les civils », estime en entrevue au Devoir le principal rival d’Hernández, Salvador Nasralla, candidat de l’Alliance opposée à la dictature.

Un sentiment partagé par Félix Antonio Molina, journaliste hondurien réfugié à Montréal à la suite de deux tentatives d’assassinat. « On présente l’insécurité comme un thème de campagne majeur, car la peur est le sentiment le plus vendeur en politique. […] Dans la rue, les cadavres sont bien plus visibles que la faim ou les inégalités de revenu. »

Narcotrafic

La mise en place d’une police communautaire, sur le modèle souvent cité en exemple du Nicaragua, ne pourra se faire que si les autorités maintiennent, par la force, le contrôle sur leur territoire, estime Miguel Calix. Ce qui nécessite notamment de continuer à démanteler les réseaux du crime organisé et à extrader les principaux trafiquants de drogue.

En octobre dernier, une enquête du New York Times révélait que le baron de la drogue Devis Leonel Rivera collaborait avec la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis et avait révélé des liens entre des narcotrafiquants et l’ex-président Porfirio Lobo (Parti national), et potentiellement avec la campagne de l’actuel président, qui a cependant catégoriquement nié les accusations.

« La Constitution du pays n’autorise pas la réélection d’un président sortant, c’est même la raison pour laquelle Manuel Zelaya, qui souhaitait un référendum sur le sujet, avait été renversé en 2009. Cependant, Hernández s’appuie sur une décision de la Cour suprême de 2015 pour aller chercher un deuxième mandat. La décision est loin de faire consensus, puisque les deux tiers de la population s’y opposent. »

Le Parti national du Honduras n’a pas souhaité s’exprimer dans le cadre de cet article.

Le deuxième mandat, une question électorale

La Constitution du pays n’autorise pas la réélection d’un président sortant. C’est même la raison pour laquelle Manuel Zelaya, qui souhaitait un référendum sur le sujet, avait été renversé en 2009. Cependant, Hernandez s’appuie sur une décision de la Cour suprême de 2015 pour aller chercher un deuxième mandat, décision qui affirme qu’une limite du nombre de mandats va à l’encontre de la liberté individuelle à devenir candidat. La décision est loin de faire consensus, puisque les deux tiers de la population s’y opposent, comme le rapportait The Economist en avril dernier.