Un chapelet d’îles soufflées par l’ouragan

Une photographie aérienne de Philipsburg, sur l’île Saint-Martin, après le passage de l’ouragan Irma.
Photo: Gerben Van Es/ANP/AFP Une photographie aérienne de Philipsburg, sur l’île Saint-Martin, après le passage de l’ouragan Irma.

D’Antigua-et-Barbuda aux Bahamas, en passant par Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Porto Rico et Haïti, l’ouragan Irma continuait de ravager une à une les îles des Antilles jeudi, faisant déjà plusieurs morts et blessés et provoquant des dégâts matériels monstres sur son passage.

Inondations, toitures arrachées, palmiers brisés, bâtiments qui s’effondrent, voitures emportées par les rafales : le plus puissant ouragan jamais vu dans l’océan Atlantique a créé la même scène de chaos d’une île à l’autre.

Classé depuis mardi en catégorie cinq par le Centre national des ouragans (NHC) américain, soit le maximum en terme de puissance pour un cyclone, Irma n’a pas terminé de faire parler de lui. La République dominicaine, Haïti, Cuba et la Floride se préparent à l’affronter.

Jeudi soir, le bilan était d’au moins dix morts, d’après les autorités locales. La Croix-Rouge évoquait 1,2 million de personnes affectées par l’ouragan. Un chiffre qui pourrait grimper à 37 millions, selon les Nations unies, le bilan restant encore incertain alors qu’Irma continue sa progression. Les autorités peinent de plus à venir en aide aux îles dévastées, les communications étant difficiles dans la région et les détails émergeant au compte-gouttes.

Selon les estimations de l’agence de modélisation Enki Research, les pertes et dommages pourraient totaliser 120 milliards de dollars aux États-Unis, dans les Antilles et dans les Caraïbes.

Chaos total

L’ouragan, d’une force sans précédent, a particulièrement ravagé l’île de Saint-Martin, où au moins cinq personnes ont perdu la vie, rapportent les autorités locales. Tout a « été soufflé » comme « par une bombe atomique », a témoigné sur la chaîne franceinfo Dany Magen-Verge, qui habite l’île franco-néerlandaise où plus de 60 % des habitations sont désormais inhabitables.

À Saint-Barthélemy, l’île française voisine, les dégâts sont comparables. Privés d’eau et d’électricité, les habitants attendent les secours en commençant à dégager les rues inondées ou envahies par des amas de tôle, de bateaux, d’arbres, de toitures arrachées et de voitures renversées. Le premier ministre français, Édouard Philippe, a fait état d’une cinquantaine de blessés. Un pont aérien est prévu depuis la Guadeloupe pour expédier renforts, eau et matériel de secours.

Sur l’île de Barbuda, la première à avoir été frappée par l’ouragan, une autre personne a perdu la vie. En sortant de chez eux, les 1600 habitants ont découvert un territoire « totalement dévasté ». Pour le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, l’ouragan ne peut que convaincre « ceux qui ne croient pas aux changements climatiques ».

Même scénario catastrophe du côté de l’île britannique d’Anguilla où l’on déplore aussi un mort. Aéroport, hôpitaux, abris et écoles ont subi des dégâts « graves et parfois critiques » tandis qu’environ 90 % des routes sont devenues impraticables.

Les îles Vierges américaines ont également été « fortement impactées » et le bureau du gouverneur, Kenneth Mapp, a annoncé la mort d’au moins trois personnes en soirée.

Photo: Hector Temamal Le Devoir Haïti aussi a subi le passage de l’ouragan Irma, qui poursuit sa course vers la Floride.

Le pire à venir ?


Jeudi soir, l’ouragan se trouvait à 155 kilomètres au nord de la station balnéaire de Punta Cana, en République dominicaine, selon l’Office national de météorologie, qui estimait cependant que l’oeil du cyclone ne devrait pas toucher directement le territoire. Le directeur du Centre des urgences, Juan Manuel Méndez, a tout de même appelé la population à rester à l’abri, car « le pire n’est pas encore passé », alors que 5582 personnes ont été relogées dans des hébergements de l’État ou chez des proches.

Haïti, Cuba et la Floride se préparaient aussi de leur côté à l’arrivée prochaine d’Irma, se trouvant sur sa trajectoire.

En Haïti, on constatait déjà la montée des eaux et des inondations, et la protection civile a rapporté de premiers blessés. Près d’un mètre de pluie pourrait tomber dans cette région, peu protégée face à de tels désastres, ce qui inquiète les organismes humanitaires. Mais Irma devrait passer plus au nord que prévu, selon les dernières estimations, ce qui atténuerait son impact sur ce pays parmi les plus pauvres au monde.

Dans le sud-est des États-Unis, le gouverneur de Géorgie a ordonné l’évacuation des zones côtières à partir de samedi à l’approche de l’ouragan. Tout le comté de Chatham, soit près de 300 000 habitants dont la plupart vivent dans la ville touristique de Savannah, ainsi que le reste de la zone côtière sont concernés. Le gouverneur de l’État, Nathan Deal, a annoncé en même temps la mobilisation de 5000 membres de la garde nationale.

La Floride ne devrait pas non plus y échapper. Plus de 200 000 personnes ont déjà été appelées à évacuer.

Le président américain, Donald Trump, a exprimé sa « vive inquiétude » jeudi quant aux dégâts qui pourraient être engendrés en fin de semaine.

Les Caraïbes pourraient ensuite subir deux autres ouragans de plus faible intensité : Jose, qui a été relevé en catégorie 3 avec des vents de 195 km/h, ainsi que Katia, de catégorie 2. Ce dernier menaçait directement l’autre côté du golfe du Mexique et pourrait affecter plus d’un million de personnes dans l’État mexicain de Veracruz dès vendredi soir.


Rapatriement des voyageurs canadiens

Air Transat a envoyé une dizaine de vols vers Cuba pour rapatrier environ 1800 personnes. Mardi soir, l’entreprise avait commencé à rapatrier ses passagers en République dominicaine. Air Canada compte aussi déployer 24 vols supplémentaires pour ramener ses clients séjournant en République dominicaine, en Floride, à Cuba et dans d’autres pays sur le chemin de l’ouragan. De son côté, Sunwing aura attendu jusqu’à jeudi avant d’annoncer l’ajout de vols pour évacuer ses clients. La compagnie a été vivement critiquée sur les médias sociaux par des voyageurs inquiets. Jeudi soir, de nombreuses personnes attendaient toujours d’embarquer dans l’un des avions. Rebecca Gratrix et son conjoint, Timothy Reed, originaires de Cambridge en Ontario, étaient toujours bloqués à Cuba, à Varadero, espérant des nouvelles de Sunwing. « Nous avons quatre enfants à la maison qui ont besoin de nous. Je veux être à la maison pour les enlacer. Je n’ai pas payé pour affronter un ouragan pendant mes vacances », a dit Mme Gratrix. « Je trouve contrariant que notre gouvernement, à juste titre, fournisse des ressources et de l’aide dans le monde entier, mais pas pour nous. Nous sommes des citoyens [canadiens], nous méritons la même compassion », renchérit M. Reed.

Pourtant, les compagnies n’ont aucune obligation réglementaire dans de telles situations, rappelle John Gradek, chargé de cours au département d’aviation à l’Université McGill. « C’est de bonne foi, c’est volontaire de leur part d’envoyer des avions pour rapatrier les voyageurs. » Il explique que leur seule obligation en cas de catastrophe naturelle est de rembourser les vols annulés et de supprimer les frais supplémentaires lors du changement de date de retour. D’après lui, Sunwing a tardé à agir comparé à ses concurrents, en raison d’un manque de disponibilité de ses appareils. « Si l’ouragan avait eu lieu en fin de semaine, en plein mois de juillet, dans un pic de voyages, ça aurait été plus difficile pour n’importe quelle compagnie d’envoyer des appareils », croit-il.
4 commentaires
  • François Desgroseilliers - Abonné 8 septembre 2017 05 h 25

    Le comportement de Sunwing

    J'ai un départ confirmé demain samedi vers Varadero, jusqu'à jeudi midi l'avis gouvernemental était d'éviter tout voyage non essentiel dans la région. Cet avis a été levé pour la région de Varadero. Effectivement, même si Irma touchera fortement au large du Nord-est de Cuba, la zone de l'ouragan de touchera pas Varadero, mais tout près. Donc dans la situation actuelle, les assurances ne rembourseraient pas, si les prévisions ne changent pas, si vol est maintenu et que l'avis gouvernemental reste le même. Je suis demeuré en ligne deux fois une heure pour tenter de rejoindre Sunwing, impossible. Ils ont maintenu leurs vols alors que tous les autres les annulent et rapatrient même à Varadero. Je verrai ce que c'est.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 8 septembre 2017 06 h 20

    Pis!Les climatosceptiques!?

    Dame Nature Irma vous tape présentement sur les doigts;Elle vous foue une magis-
    trale baffe historique,question de vous mettre de la pleine conscience dans le coco.
    Réveillez-vous les cancres!La Terre n'est pas plate et le Soleil ne tourne pas autour
    d'elle!Si l'eau de l'Atlantique est plus chaude,ce n'est pas qu'on aura allumé un feu de
    camp aux Açores!

    Il faudrait poser la question au président Trump:pis!monsieur le Président,n'allez-
    vous pas nous affirmer que cette augmentation de la température des eaux de
    l'Atlantique est due aux feux de forêts tout aussi dévastateurs de la Colombie-Brita-
    nique et de la California?

  • Serge Lamarche - Abonné 8 septembre 2017 14 h 42

    Climat chaud

    Les prévisions sont plus graves encore. Lorsque les calottes glacières auront fondu, Montréal sera sous l'eau. Imaginez toutes les îles et les bords de mers! J'ai des doutes sur la possibilité réelle d'arrêter l'usage d'essence avant qu'il soit trop tard.

    • Robert Beaulieu - Abonné 8 septembre 2017 19 h 49

      Peut-être devrions-nous faire quelque chose pour favoriser l'utilisation des énergies vertes? S'impliquer? S'informer? Demander qu'on cesse d'utiliser le fond vert pour subventionner le gaz ''naturel'' qui est pire que le diesel pour son effet sur les changements climatiques!
      Chose certaine si on fait rien, nous et certainement nos enfants sont foutus.