«Irma» sème la désolation dans les Caraïbes

Un homme inspecte sa maison dévastée par le passage de l'ouragan «Irma» à St. John's (Antigua-et-Barbuda), mercredi
Photo: Johnny Jno-Baptiste Associated Press Un homme inspecte sa maison dévastée par le passage de l'ouragan «Irma» à St. John's (Antigua-et-Barbuda), mercredi

Marigot — Mer déchaînée, toits arrachés, bateaux projetés sur les routes : mercredi l’ouragan Irma a « totalement dévasté » l’île de Barbuda et durement frappé les îles française de Saint-Barthélemy et franco-néerlandaise de Saint-Martin, faisant au moins six morts à Saint-Martin côté français. L'ouragan menace désormais Porto Rico.

Concernant les six morts à Saint-Martin, Eric Maire, le préfet de la Guadeloupe, un département d’Outre mer français voisin, a averti que « le bilan n’est pas définitif. Loin de là ».

Irma a causé des destructions telles que Barbuda, qui compte environ 1600 habitants, « n’est plus qu’un tas de décombres », selon le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne.

« Nous risquons malheureusement de faire d’autres découvertes », a précisé Eric Maire aux journalistes, soulignant qu’« on estime peut-être à 60 %, 70 % les habitations détruites à Saint-Martin ».

Saint-Martin détruite à 95%
Plus pessimiste, Daniel Gibbs, président du conseil territorial français de Saint-Martin, a estimé que « 95 % de l’île est détruite ». « Si on a un autre cyclone qui nous tombe dessus samedi, […] ce n’est pas le nombre de morts qu’on va compter, c’est les vivants », a-t-il ajouté.

Le précédent bilan côté français était d’« au moins deux morts ». Le président français Emmanuel Macron a prévenu qu’il fallait s’attendre à « un bilan dur et cruel » et à des « dégâts matériels considérables ».

Le bilan pourrait être d’autant plus dramatique sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy où environ 7000 personnes avaient refusé de se mettre « à l’abri » selon la ministre française des Outre-Mer, Annick Girardin.

« Les dégâts sont énormes, à tel point que nous n’arrivons pas encore à les mesurer », a commenté de son côté le ministre néerlandais de l’Intérieur, Ronald Plasterk, ignorant « s’il y a des blessés ou des morts ». Le port et l’aéroport du côté néerlandais de l’île de Saint-Martin ont gravement été touchés par la catastrophe, selon l’agence de presse néerlandaise.

Coupée du monde pendant de longues heures par Irma, qui a contraint l’avion transportant le pape François en Colombie à modifier son plan de vol, l’île de Barbuda a elle été « totalement dévastée » par les rafales, selon le premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, même si pour l’instant un seul mort a été recensé.

Mise en garde à Porto Rico
L’ouragan a frôlé mercredi soir le nord du territoire américain de Porto Rico, avec des vents soufflant à 295 km/h, provoquant des coupures de courant et des fortes précipitations, même si l’oeil du cyclone est resté au large de l’île.

Sur les réseaux sociaux, des photos et vidéos dévoilent l’ampleur des dégâts sur l'île et sur les îles Vierge, où l’électricité et les télécommunications sont coupées : bateaux transformés en petit bois dans un port, arbres étêtés par des rafales de vent, toitures envolées, voitures immergées dans les rues.

Le service météorologique de Porto Rico a mis en garde contre des « conditions très dangereuses sur toute l’île », et a étendu jusqu’à 23 h 15 locales son alerte aux crues subites.

Aux alentours de 19 h 00 locales, Irma est passé à quelque 50 kilomètres au nord de l’île, et se déplaçait à la vitesse de 26 km/h vers l’ouest et la République dominicaine. Selon le Centre national des ouragans (NHC) américain, Irma frappera les côtes de la Floride en toute fin de semaine.

Plus de la moitié de la population de Porto Rico se retrouve sans électricité et des rivières sont sorties de leur lit dans le centre et le nord de cette île de plus de 3 millions d’habitants.

Le président américain Donald Trump, qui possède une villa à Saint-Martin, a placé les îles Vierges américaines, Porto Rico et la Floride en état d’alerte.

Ouragan historique
Irma « est d’ores et déjà un ouragan historique » et « d’une intensité sans précédent sur l’Atlantique », selon Météo-France. Il est plus puissant qu’Harvey, qui a récemment frappé le Texas et la Louisiane, y faisant au moins 42 morts.

À Cuba, où Irma est attendu « dans les 48 à 72 heures » selon l’état-major de la Défense civile, l’état d’alerte a été déclaré dans les provinces orientales.

À Haïti, les habitants de Cap-Haïtien semblaient apprendre l’arrivée de l’ouragan au gré des conversations. « C’est grâce au bouche-à-oreille qu’on apprend toujours les choses. Nous sommes en bord de mer mais aucune autorité n’est venue nous dire quoi que ce soit », enrageait Josué Rosse, après avoir creusé un tronc d’arbre pour s’en faire une barque.

Le sud de la Floride, lui, se préparait. L’évacuation des Keys, chapelet d’îles dans l’extrême sud de l’Etat, a été ordonnée.

Irma pourrait bien être suivi par Jose : cette tempête tropicale actuellement au milieu de l’Atlantique a été reclassifiée en ouragan par le NHC, tout comme la tempête Katia. Jose devrait s’approcher de la catégorie 3 vendredi.
 

De l’autre côté du Golfe du Mexique, à 300 km au nord-est de la ville mexicaine de Veracruz, se trouve le désormais ouragan Katia avec des vents de 120 km/h qui devraient eux aussi se renforcer dans les prochaines 48 heures.

« Katia pourrait toucher l’État de Veracruz vendredi soir », et impacter près d’un million de personnes, selon le gouvernement de cet État du Mexique.