Rio de Janeiro soupçonnée d’avoir acheté les JO 2016

Des perquisitions ont entre autres été menées au domicile de Carlos Nuzman, président du Comité national olympique brésilien (COB).
Photo: Apu Gomes Agence France-Presse Des perquisitions ont entre autres été menées au domicile de Carlos Nuzman, président du Comité national olympique brésilien (COB).

Descente de police à domicile et passeport confisqué : les autorités brésiliennes ont lancé mardi une vaste opération à l’encontre du chef de la candidature de Rio aux JO 2016, soupçonné d’avoir organisé l’achat de voix au sein du Comité international olympique (CIO) pour décrocher l’organisation des Jeux.

Carlos Nuzman, 75 ans, qui dirigea aussi le Comité d’organisation des Jeux, était un « élément central » du réseau présumé de corruption ayant permis à la cité carioca d’obtenir les premiers JO d’Amérique du Sud, en août 2016, a affirmé lors d’une conférence de presse la procureure Fabiana Schneider.

Dans la matinée, sa maison, située dans le très chic quartier de Leblon, a été fouillée par des officiers de la police fédérale, accompagnés de représentants français de la police et de la justice, dont le fameux juge anticorruption Renaud Van Ruymbeke. Ils ont emporté des sacs contenant de possibles preuves.

Portant costume-cravate et lunettes de soleil, M. Nuzman a ensuite rejoint les locaux de la police fédérale pour y être interrogé dans l’après-midi. Son passeport lui a été confisqué.

La police a dit enquêter sur « un réseau international de corruption » incluant « l’achat de voix dans le cadre de l’élection par le Comité international olympique de la ville-hôte des Jeux olympiques 2016 ».

Le CIO a manifesté sa surprise après l’annonce de cette opération, disant avoir « pris connaissance de ces éléments par les médias et fait tout ce qui lui est possible pour obtenir toutes les informations ».

« Cela relève de la plus haute importance pour le CIO d’obtenir des clarifications sur ce sujet », a-t-il assuré dans un communiqué.

Nuzman « serein »

Au total, 70 officiers de la police judiciaire brésilienne, accompagnés de leurs homologues français et américains, ont mené des perquisitions dans 11 endroits différents, selon la police.

L’opération, baptisée « Unfair Play » (« Jeu déloyal »), fait suite à une enquête menée depuis neuf mois, dans le cadre du vaste scandale de corruption « Lava Jato » (« Lavage express ») qui éclabousse une partie de la classe politique brésilienne.

« Il n’y aucune preuve de rien », a assuré aux journalistes l’avocat de M. Nuzman, Sergio Mazzillo, ajoutant que son client est « serein » et « affirme n’avoir d’aucune manière agi de façon irrégulière, que rien n’a été fait de façon incorrecte durant la campagne » de candidature.

Un mandat d’arrêt a été lancé à l’encontre de l’homme d’affaires brésilien Arthur Soares, qui a bénéficié de juteux contrats du gouvernement de Rio lors de la préparation des JO et vit désormais à Miami.

Une de ses anciennes associées, Eliane Pereira Cavalcante, a été arrêtée.

Salués, comme d’habitude par le CIO, comme un succès sportif et en matière d’organisation, les jeux de Rio ont d’ores et déjà été ternis par des révélations de corruption lors des préparatifs.

En juin, Sergio Cabral, l’ancien gouverneur de l’État de Rio entre 2007 et 2014, a été condamné à 14 ans de prison, accusé de diriger un réseau de détournement de fonds sur les chantiers publics, dont celui de la rénovation du mythique stade de Maracana.

Enquête semblable en France

En France, une enquête a déjà été ouverte par le parquet national financier (PNF), portant sur l’attribution des Jeux de Rio-2016, mais aussi de Tokyo 2020.

« Plusieurs éléments concordants permettent de penser que les votes de membres de l’IAAF [Fédération internationale d’athlétisme] et du CIO ont été négociés contre rétributions pour obtenir la désignation des villes chargées d’accueillir les plus grandes compétitions sportives mondiales », indique dans un communiqué le PNF, représenté à la conférence de presse au Brésil.

Rio avait décroché les JO lors d’un vote des membres du CIO, le 2 octobre 2009 à Copenhague, au détriment de Chicago, Madrid et Tokyo.

Selon la procureure Fabiana Schneider, l’homme d’affaires Arthur Soares, connu au Brésil comme « le roi Arthur », aurait versé peu avant ce vote 1,5 million de dollars de pots-de-vin à Papa Massata Diack, fils du patron à l’époque de l’IAAF et membre du CIO Lamine Diack.

Elle a accusé M. Nuzman d’avoir joué les intermédiaires entre les deux hommes, et plus généralement entre « les hommes d’affaires et les représentants du CIO ».

Selon Le Monde, le 2 octobre 2009, Papa Massata Diack, puissant consultant marketing pour l’IAAF, avait viré 299 300 $US de sa société vers une structure (Yemi Limited), que le journal a pu relier, grâce aux données des Panama Papers, à l’ancien champion d’athlétisme namibien Frankie Fredericks, alors scrutateur du vote pour le CIO, dont il est devenu membre en 2012.

Frankie Fredericks, qui a justifié ce virement par des activités de promotion pour l’athlétisme, a été contraint de démissionner de son poste de président de la commission d’évaluation des JO de 2024, avant d’être suspendu de l’IAAF.

Sa suspension s’inscrit dans le cadre d’un vaste scandale de corruption au sein de l’IAAF avec comme personnage central Papa Massata Diack.

Le CIO a également précisé dans un second communiqué que Papa Massata Diack « n’a jamais occupé aucune fonction au sein du CIO et son père a perdu son statut de membre honoraire ».

Le CIO a également rappelé qu’il était « partie civile » dans l’enquête de la justice française.

« Protéger l’intégrité du processus de candidature demeure du plus haut intérêt pour le CIO tout comme identifier et sanctionner toute infraction », a encore ajouté l’instance.