L’expulsion du chef d’une mission anticorruption de l’ONU suspendue

Le président Jimmy Morales (qui apparaît à la télévision) est soupçonné de financement illégal de sa campagne électorale en 2015.
Photo: Johan Ordonez Agence France-Presse Le président Jimmy Morales (qui apparaît à la télévision) est soupçonné de financement illégal de sa campagne électorale en 2015.

Guatemala — La Cour constitutionnelle du Guatemala, plus haute instance judiciaire du pays, a suspendu dimanche l’ordre du président, Jimmy Morales, d’expulser un magistrat colombien chargé d’une mission des Nations unies contre la corruption au sein de l’État guatémaltèque.

« Cette cour accorde la protection provisoire sollicitée, et la décision du président de la République est laissée en suspens », a déclaré à des journalistes Francisco de Mata, président de la Cour constitutionnelle, à la suite d’un recours déposé contre l’expulsion d’Ivan Velasquez, qui avait réclamé la levée de l’immunité du chef de l’État guatémaltèque.

Le magistrat colombien dirige la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG), un organisme des Nations unies créé en 2006 pour éradiquer la corruption et les activités mafieuses au sein de l’État.

« Dans l’intérêt du peuple du Guatemala, du renforcement de l’État de droit et des institutions, je déclare M. Ivan Velasquez Gomez persona non grata. J’ordonne qu’il quitte immédiatement la République du Guatemala », avait annoncé plus tôt dimanche M. Morales dans une brève vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Vendredi, M. Velasquez et la procureure générale du Guatemala, Thelma Aldana, avaient entamé devant la Cour suprême une procédure de levée de l’immunité du président Morales, soupçonné de financement illégal de sa campagne électorale en 2015.

M. De Mata a expliqué que le recours, qui met provisoirement un coup d’arrêt à l’expulsion, avait été déposé samedi à titre personnel par un avocat, Elvyn Diaz, et un simple citoyen, Alvaro Montenegro, qui avaient anticipé la décision du chef de l’État guatémaltèque.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit dimanche « choqué » par la décision de M. Morales, tout en renouvelant sa « pleine confiance » en M. Velasquez, selon un communiqué de l’ONU.

M. Velasquez « a travaillé sans relâche pour promouvoir une culture qui respecte l’état de droit et rejette la corruption », ajoute le communiqué, qui demande aux autorités du Guatemala de traiter le magistrat « avec le respect dû à ses fonctions de fonctionnaire international ».

Dans son message vidéo, le président guatémaltèque a aussi annoncé le limogeage du ministre des Affaires étrangères, Carlos Raul Morales, qui, également vendredi, avait refusé d’exiger le départ d’Ivan Velasquez au cours d’un entretien à New York avec M. Guterres. À la suite de cette réunion, les Nations unies avaient annoncé dans un communiqué qu’elles maintenaient leur confiance envers M. Velasquez.

En 2015, la CICIG et les autorités guatémaltèques avaient révélé un scandale de corruption au sein des douanes qui avait entraîné la démission puis l’incarcération du président de l’époque, Otto Perez, accusé d’être à la tête d’un réseau qui encaissait des pots-de-vin pour fermer les yeux sur des fraudes fiscales.

Jimmy Morales, un ancien acteur comique novice en politique, avait gagné l’élection présidentielle anticipée qui avait suivi sur la promesse d’éradiquer la corruption, profitant de la colère populaire envers la classe politique traditionnelle.