Venezuela: la procureure générale écartée de l'Assemblée constituante conteste son limogeage

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega

Le président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro a porté samedi un grand coup à ses opposants : à peine installée, la Constituante qu’il a voulue et dotée de pouvoirs illimités a limogé l’une de ses adversaires les plus pugnaces, la procureure générale Luisa Ortega, au risque d’aggraver encore les tensions avec la communauté internationale.

 

« Ce qui se passe au Venezuela, c’est une prise en otage totale de toutes les institutions par un seul camp, par un seul parti politique », a déclaré à la presse Julio Borges, président du parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.

Mme Ortega, une chaviste historique qui a pris ses distances depuis plusieurs mois avec M. Maduro, a répliqué quelques heures plus tard qu’elle ne reconnaissait pas cette décision. Plus tôt samedi, elle avait indiqué à la presse que des unités de la Garde nationale bolivarienne (GNB) l’avaient empêchée d’accéder aux bureaux du Parquet général dans le centre de Caracas.
 

« C’est une dictature ! » avait-elle dénoncé, tout en promettant de continuer « à lutter pour la liberté et la démocratie au Venezuela ». « Non seulement ils arrêtent les gens arbitrairement, mais ils les font juger par la justice militaire, et maintenant ils ne laissent pas entrer la procureure générale dans son bureau ».

 

En matinée, les forces de sécurité avaient entouré le bureau de la procureure générale, une proche de l’ancien président Chávez qui a rompu avec le régime.

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Luisa Ortega Diaz avait dénoncé un « siège » sur Twitter, publiant des photos où l’on peut apercevoir plusieurs dizaines de gardes nationaux en tenue antiémeute devant son bureau, à Caracas. L’accès à l’immeuble où se trouve son quartier général avait été complètement bloqué.

 

La procureure, qui ne se trouvait pas dans le bâtiment, affirme que les gardes l’ont poussée pour l’empêcher d’y accéder.

La direction de l’Organisation des États américains (OEA) a décrié une « violation flagrante » de l’indépendance institutionnelle de la procureure.

Jeudi, Mme Ortega Diaz avait demandé aux tribunaux de bloquer la mise en place de l’assemblée constituante. Elle a été déboutée dès le lendemain.

L’assemblée s’était engagée à agir rapidement pour contrecarrer les opposants du président Nicolas Maduro, alors que ses membres se réunissaient pour une deuxième fois samedi.

« Ne pensez pas que nous allons attendre des semaines, des mois ou des années, avait lancé la veille Delcy Rodriguez, après avoir été élue à l’unanimité présidente de l’instance de 545 délégués. « Demain, nous commençons à agir. Les fascistes violents, ceux qui mènent une guerre économique contre le peuple, ceux qui mènent une guerre psychologique, la justice vous rattrapera. »

Enquête annoncée
La procureure générale avait ordonné la tenue d’une enquête sur le possible truquage du scrutin du 30 septembre. Le chef de la direction de Smartmatic avait signalé mercredi que les résultats enregistrés par son entreprise et ceux rapportés par le Conseil électoral national présentaient un écart d’au moins un million de voix.

L’assemblée constituante a été instaurée malgré les virulentes critiques de l’opposition, des États-Unis et d’autres pays qui craignent que l’instance ne constitue un outil pour imposer une dictature. Ses partisans objectent qu’elle rétablira la paix au pays, secoué depuis des mois par des manifestations qui ont fait au moins 120 morts. Le président Maduro s’est engagé à ce que la révision de la constitution retire aux législateurs de l’opposition leur immunité judiciaire.

Dans les derniers jours, plusieurs militants de l’opposition ont été emprisonnés et d’autres chercheraient à s’exiler.

Réactions internationales

Ce limogeage risque d’empirer les relations déjà tendues du Venezuela avec la communauté internationale, inquiète de la dérive autoritaire du régime.


« Les États-Unis condamnent la destitution illégale de la procureur du Venezuela », a réagi sur Twitter la porte-parole du département d’État Heather Nauert, dénonçant « la dictature autoritaire de Maduro ».

La présidente du Chili, Michelle Bachelet, a affirmé sur Twitter que ce renvoi « est un pas de plus dans la rupture démocratique et ne contribue pas à la paix pour le peuple vénézuélien ». Pour le président colombien Juan Manuel Santos, il s’agit du « premier acte dictatorial » de la Constituante.