À Buenos Aires, la transformation annoncée d’un célèbre bidonville

La Péruvienne Melida Shuna pose sur le seuil de la porte de sa boutique dans le bidonville Villa 31, à Buenos Aires, en Argentine
Photo: Eitan Abramovich Agence France-Presse La Péruvienne Melida Shuna pose sur le seuil de la porte de sa boutique dans le bidonville Villa 31, à Buenos Aires, en Argentine

La Villa 31 est le bidonville le plus célèbre d’Argentine, situé en plein centre-ville, collé au très chic quartier de Recoleta, il devrait subir une profonde refonte dans les prochains mois : la mairie de Buenos Aires veut le transformer en quartier.

 

Ce lieu atypique dans une des zones les plus chères de la capitale s’étend le long des voies ferrées, de la gare des trains de banlieue au port de marchandises.

 

Ses quelque 40 000 habitants s’entassent dans un enchevêtrement de bâtiments de briques de 4 à 5 étages qui dépassent par endroits la chaussée de la section aérienne de l’autoroute qui longe le Rio de la Plata.

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Jungle de fils électriques, rues en terre et constructions sauvages, ce bidonville, le plus ancien de Buenos Aires, a commencé à se former au lendemain de la crise de 1930.

 

Quelques rues plus loin, le contraste est saisissant : boutiques design, cafés branchés et immeubles de style haussmannien se succèdent dans la Recoleta.

 

Après des décennies de croissance incontrôlée, la mairie cherche à faire passer la Villa 31, où le taux de chômage est de 50 % et les services publics quasi inexistants, «d’un bidonville à un quartier».

 

Cette évolution s’inscrit dans un projet global de 320 millions de dollars financé par la Banque interaméricaine de développement (BID), dont un tiers ira à la Villa 31. Objectif : aménager les habitations, le câblage électrique, le système d’égouts, les espaces de loisirs et le système de ramassage des ordures.

La plupart d’entre nous veulent que ce lieu s’améliore, et payer pour des services d’électricité, d’eau ainsi que des impôts. J’espère que ça va aboutir.

«Les gens pensent qu’on est là par plaisir, mais la vérité c’est qu’il est impossible de louer en ville si tu travailles au noir. On n’existe pas», ajoute-t-il.

 


Résistance à l'horizon

 

José Zapata, qui loue un local commercial où il a monté le restaurant Las Palmeras, spécialisé en cuisine péruvienne, et un appartement à l’étage, espère que le loyer «ne va pas trop augmenter». Il paye plus de 17 000 pesos (environ 960 dollars) par mois.

 

La plus forte résistance se fait sentir sous la voie rapide, où des immeubles multicolores ont également été construits : eux risquent d’être déplacés.

Photo: Eitan Abramovich Agence France-Presse À Buenos Aires, 8% de la population vit dans ce type de ghettos.

«Allez parler à d’autres, personne ne nous fera bouger d’ici!», lancent des habitantes remontées. «Qu’on construise ces supposées maisons que l’on nous promet et on verra après», ajoute de mauvaise grâce Augusto.

 

Dans une ville où 8 % de la population vit dans ce type de ghettos, la municipalité cherche à «régulariser ce qui était informel», explique à l’AFP Diego Fernandez, en charge de l’Intégration sociale et de l’urbanisme.

 


«Comment on va faire? En voyant chaque situation, maison par maison, en mesurant les parcelles, en s’assurant que le type de construction est adapté pour l’obtention d’un titre de propriété, avec des crédits immobiliers sur le long terme pour que [les gens] payent», car «payer cela donne des droits», explique-t-il.

 

Dans « La 31 », où près de la moitié de la population est composée d’immigrants originaires du Pérou, du Paraguay et de Bolivie, seuls 27 % des jeunes terminent le secondaire, très en dessous des 80 % pour l’ensemble de Buenos Aires.

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La ville a donc décidé d’y transférer ses services d’éducation et ses 1500 employés. «Nous espérons que ce sera finalisé en 2019, avec un grand bâtiment et trois écoles publiques», a souligné M. Fernandez.

 

Le maire Horacio Rodriguez Larreta a ouvert des bureaux à l’emplacement d’un ancien lieu de trafic de drogue. «C’est le meilleur signal pour montrer que l’Etat est en train d’arriver là où il n’allait pas», s’est-il félicité.

 

Signe de la transformation du bidonville, le BID y ouvrira d’ici deux ans ses bureaux argentins dans un bâtiment qui sera construit par des ouvriers du quartier. McDonald’s vient aussi de confirmer qu’il comptait ouvrir un restaurant sur place.