Venezuela: un membre de la Cour suprême parallèle arrêté

Les appels lancés au président vénézuélien à rétablir l’État de droit dans son pays se multiplient au sein de la communauté internationale.
Photo: Juan Barreto Agence France-Presse Les appels lancés au président vénézuélien à rétablir l’État de droit dans son pays se multiplient au sein de la communauté internationale.

Un des 33 magistrats de la Cour suprême parallèle formée au Venezuela par l’opposition au président Nicolas Maduro a été arrêté samedi, a annoncé le Parlement, où l’opposition est majoritaire.

Le service de renseignement vénézuélien, le SEBIN, « a arrêté ce magistrat qui avait prêté serment », Angel Zerpa Aponte, déclare un message publié sur le compte Twitter du Parlement.

Nous condamnons l’arrestation arbitraire par les services de sécurité de ce magistrat élu constitutionnellement


Le Parlement a fait prêter serment vendredi à 33 magistrats pour former un Tribunal suprême de justice (TSJ, Cour suprême) parallèle, lors d’une session publique tenue sur une place de Caracas.

L’opposition estime en effet que les juges actuels du TSJ ont été désignés illégalement par l’ancienne majorité chaviste (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013). Le Parlement est contrôlé par l’opposition antichaviste depuis les élections législatives de décembre 2015.

Le TSJ a répliqué en déclarant que la formation par l’opposition d’un TSJ parallèle était constitutive des délits d’« usurpation de fonction » et de « trahison de la patrie », punissables de peines de prison.

L’opposition appelle à un « boycott »

L’opposition vénézuélienne a appelé dimanche à un « boycott » de l’élection de l’Assemblée constituante organisée le 30 juillet par le pouvoir, tout en réitérant son appel à une grève de 48 heures pour mercredi et jeudi et à un grand défilé à Caracas.

« La lutte doit se poursuivre, le peuple vénézuélien doit déclencher la grève générale, venir à Caracas et préparer le boycott civique », s’est exclamé Freddy Guevara, vice-président du parlement, au cours d’une conférence de presse au nom de la Table de l’unité démocratique (MUD), la coalition de l’opposition.

C’est « un boycott civique, sans armes, sans violences, mais avec de la détermination. Que personne n’imagine que nous allons nous laisser asservir sans combattre », a-t-il ajouté. « Ce n’est pas le moment de se rendre ou de paniquer, nous sommes à des heures décisives pour l’avenir de notre pays ».

Le président socialiste Nicolas Maduro a de son côté demandé à l’opposition de « respecter le droit du peuple à voter librement […] sans violence ». « Le peuple n’accepte pas les menaces, le peuple se prépare à donner une raclée à cette droite menaçante, violente, fasciste », a-t-il asséné à l’occasion de son émission hebdomadaire sur la chaîne de télévision publique VTV.

Un autre député de l’opposition, Simon Calzadilla, a annoncé pour vendredi une marche en vue d’exiger que Nicolas Maduro « retire » son projet d’Assemblée constituante.

Déflié bloqué
L’armée vénézuélienne a bloqué samedi à Caracas à coups de gaz lacrymogène le défilé vers le Tribunal suprême de justice (TSJ) en soutien aux magistrats « nommés » par l’opposition pour mettre sur pied une Cour suprême parallèle, dernière offensive en date contre le président Nicolas Maduro et son projet d’Assemblée constituante.

La Table de l’unité démocratique (MUD), coalition de l’opposition, a appelé pour ce samedi à plusieurs rassemblements dans la capitale et dans d’autres villes du pays.

Nous soutenons les nouveaux magistrats [désignés par l’opposition] pour que soit rendue son indépendance au TSJ, qui est aujourd’hui aux ordres de Maduro


Décidés à ne pas faire retomber la pression sur le gouvernement, les députés de l’opposition avaient en effet organisé vendredi une session parlementaire dans la rue pour « nommer » 33 magistrats à la Cour suprême (TSJ).

L’opposition estime que les 33 juges actuels ont été désignés de façon irrégulière par l’ancienne majorité chaviste — du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Nicolas Maduro est l’héritier — et que l’institution est aux ordres du pouvoir.

Le TSJ a mis en garde contre cette initiative prise par l’opposition qui constitue selon lui une « trahison de la patrie » passible de peines de prison.

Crise politique

Parallèlement, les appels lancés au président vénézuélien à rétablir l’État de droit dans son pays se multiplient au sein de la communauté internationale.

Réunis vendredi à Mendoza en Argentine, les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay, le Venezuela étant suspendu de cette organisation depuis décembre) ont ainsi adressé une demande en ce sens à M. Maduro.

Le nombre des morts dans les violences liées à l’actuelle crise politique s’élève pour l’heure à 103 et le ton monte non seulement dans la région, mais aussi aux États-Unis et en Europe.

L’opposition manifeste quasi-quotidiennement depuis fin mars pour dénoncer la gestion actuelle du Venezuela et réclamer une élection présidentielle anticipée. Les défilés ont souvent été marqués par des confrontations entre protestataires et forces de l’ordre.

En mai, l’annonce de la convocation d’une Assemblée constituante par Nicolas Maduro avait amplifié la colère de l’opposition. Le 30 juillet, les 545 membres de cette instance doivent être élus avec pour mission de réécrire la Constitution.

L’opposition vénézuélienne estime que cette mesure permettra de contourner le Parlement, où elle est majoritaire depuis les élections de décembre 2015.

Quelque 70 % des Vénézuéliens sont opposés au projet d’Assemblée constituante, selon l’institut de sondage Datanalisis. Un rejet confirmé par la quasi-totalité des 7,6 millions de personnes (sur 19 millions d’électeurs potentiels) qui ont participé à la consultation symbolique organisée par l’opposition le 16 juillet dernier.

1 commentaire
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 juillet 2017 16 h 44

    La manipulation

    On assiste en direct au sabotage par l'empire américain de la révolution bolivarienne. La même vieille méthode utilisée ailleurs, comme au Chili dès 1971 et qui culmina avec le renversement de Salvador Allende en 1973. On fragilise l'économie du pays, on organise des pénuries croissantes, on soutient la ploutocratie locale, on orchestre une supposée rébellion et l'on s'assure d'un soutien international à travers les grandes agences de presse.