Brésil: Michel Temer, président plombé par le scandale

Le président Michel Temer
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse Le président Michel Temer

Le Tribunal supérieur électoral a absous vendredi Michel Temer. Le président brésilien exerce depuis un an un mandat secoué par les scandales.

Ce discret homme d’appareil était arrivé au sommet de l’État brésilien en s’emparant du fauteuil de Dilma Rousseff après avoir précipité sa chute.

Au crépuscule d’une vie politique qui paraissait vouée aux coulisses tamisées du pouvoir, ce responsable de centre droit, âgé aujourd’hui de 76 ans, était arrivé sur le devant de la scène presque par accident en août 2016 : Mme Rousseff venait d’être destituée avec fracas par le Parlement pour maquillage des comptes publics.

La présidence Temer n’a pas été jusqu’ici une promenade de santé, alors que le Brésil affronte sa pire récession depuis les années 30 et que les accusations de corruption pleuvent.

Une avalanche de motions de destitution, la menace de désertion de ses partenaires de coalition et des manifestants scandant « Fora Temer » (« Dehors Temer ») dans les rues de São Paulo ou Rio ont contribué à faire du président brésilien un homme cerné de toutes parts.

Mais il s’est accroché au pouvoir avec pugnacité, affirmant qu’il « ne démissionnerai [t] pas », en réponse à un coup violent asséné à la mi-mai par le journal O Globo : la publication d’un enregistrement clandestin le compromettant lourdement.

Pots-de-vin
Cet enregistrement sonore, dans lequel il semble donner son accord pour acheter le silence d’Eduardo Cunha, ex-député aujourd’hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption Petrobras, a jeté son mandat dans la tourmente.

Ces révélations ont poussé la Cour suprême (STF) à donner dans la foulée son feu vert à l’ouverture d’une enquête contre le président pour corruption et entrave à la justice. Défiant, M. Temer a demandé vendredi le classement de cette enquête.

Il se dit déterminé à rester à la barre jusqu’au bout de son mandat, fin 2018. Au service du pays, affirme-t-il, et sans la moindre ambition de se représenter.

« Je n’ai pas d’objectif électoral. Si je reste deux ans et demi pour remettre le pays sur les rails, ça me suffit », avait-il assuré en juillet 2016.

« Traître »
Avant d’accéder à la fonction suprême, Michel Temer avait été pendant plus de cinq ans vice-président de Dilma Rousseff, qui lui a collé l’étiquette infamante de « traître ».

Le profil sans relief de ce cadet d’une fratrie de huit enfants, né d’immigrants libanais en 1940 dans l’État de São Paulo, toujours tiré à quatre épingles, le visage un peu figé par la chirurgie esthétique, réserve toutefois des surprises.

Michel Temer a publié en 2013 un recueil de poésie intitulé Anonymes Intimités. Il a eu cinq enfants de trois mariages en quatre décennies. Son épouse actuelle est une ex-reine de beauté de 43 ans sa cadette, décrite comme « belle, réservée et au foyer » par la revue Veja.

Dirigeant depuis 15 ans le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), arbitre de toutes les majorités de gouvernement depuis 1994, M. Temer avait accumulé les rancœurs en cinq ans de mariage de raison avec la dirigeante de gauche, allant jusqu’à lui reprocher de l’avoir toujours rabaissé au rang de « vice-président décoratif ».

De l'ombre à la lumière
Au printemps 2016, la crise politique brésilienne avait franchi un point de non-retour. La présidence de Dilma Rousseff prenait l’eau de toutes parts.

Pour Michel Temer, l’heure avait sonné de passer de l’ombre à la lumière.

En vieux renard de la politique, il avait orchestré fin mars le débarquement du PMDB du gouvernement. Un coup fatal pour sa désormais rivale, dont il a d’abord assuré l’intérim à partir de mai, avant de la remplacer définitivement fin août.

Sa longue expérience parlementaire — il a présidé trois fois la Chambre des députés — lui a permis de cimenter une large coalition sur les ruines de l’ancienne majorité de Mme Rousseff pour garantir sa destitution.

Il a aussi bénéficié de la bienveillance des marchés, échaudés par l’interventionnisme hasardeux de Mme Rousseff et rassurés par ses réformes d’austérité, mêlant gel des dépenses publiques, réforme du droit du travail et recul de l’âge de départ à la retraite.

Il peut se flatter de premiers résultats économiques encourageants alors que la première économie d’Amérique latine semble commencer à redresser la tête.

Mais il n’a pas réussi à conquérir le coeur des Brésiliens, sa cote de popularité plafonnant à 10 %.