Brésil: le sort de Temer sur le point d’être scellé

Le président brésilien Michel Temer
Photo: Beto Barata / Présidence brésilienne / AFP Le président brésilien Michel Temer

Le président brésilien Michel Temer, éclaboussé par un gigantesque scandale de corruption, va se trouver dans l’oeil du cyclone mardi soir, avec la reprise à Brasilia d’un procès du Tribunal supérieur électoral (TSE) qui pourrait le chasser du pouvoir.

Des organisations de gauche ont prévu des manifestations près du TSE dans la capitale Brasilia pour exiger le départ immédiat d’un président battant des records d’impopularité mais qui se dit déterminé à s’accrocher au pouvoir jusqu’au terme de son mandat, fin 2018.

Le procès, dont la première séance s’ouvre à 19 h (heure locale) porte sur des irrégularités dans le financement de la campagne présidentielle de 2014.

Les sept juges du TSE peuvent décider d’annuler purement et simplement le scrutin présidentiel qui avait vu l’élection de Dilma Rousseff à la présidence et de M. Temer à la vice-présidence. Par la suite, il y a un an, ce dernier avait accédé à la fonction suprême après la destitution fracassante de Mme Rousseff pour maquillage des comptes publics.

En cas d’invalidation de l’élection, la cour devra déterminer si M. Temer abandonne le pouvoir immédiatement ou s’il peut rester au palais de Planalto jusqu’à l’épuisement des recours devant ce même TSE et la Cour suprême, au risque de plonger davantage le Brésil dans l’incertitude.

Même si le jugement se fonde essentiellement sur des critères techniques, Silvana Batini, procureure et spécialiste en droit public, considère que la décision du tribunal électoral « peut être influencée par le contexte politique ».

La procédure pourrait être prolongée de plusieurs semaines si l’un des juges demande à suspendre les débats pour réexaminer les preuves. Mais le TSE pourrait aussi annoncer sa décision dès jeudi sur ce dossier qui comprend plus de 8000 pages et 80 heures de témoignages.

Le TSE pourrait également dissocier le ticket Rousseff-Temer, par exemple en condamnant l’ex-présidente à une peine d’inéligibilité, tout en innocentant M. Temer.

« Journée normale »

Autant la procédure de destitution de Mme Rousseff avait précipité des foules immenses dans les rues, autant la reprise du jugement qui va sceller le sort de son successeur ne semblait pas déchaîner les passions parmi des Brésiliens lassés des scandales à répétition.

Brasilia vivait une journée normale mardi, sans dispositif de sécurité particulier, même si les chaînes de télévision étaient très mobilisées et les grands journaux faisaient leur Une sur le procès.

« Dans un climat d’incertitude, le TSE se prononce sur l’avenir de Temer », titrait ainsi O Estado de São Paulo. M. Temer n’avait rien modifié à son agenda officiel pour cette journée pourtant cruciale.

« Je n’ai jamais vu un gouvernement aussi corrompu. Ils s’accrochent au pouvoir et vont continuer jusqu’à ce qu’ils épuisent tous les recours. Ils n’ont aucune morale », s’insurge Adalberto Silveira, chauffeur à la retraite, en lisant son journal dans un centre commercial.

Appels à la démission
La justice électorale est loin d’être la seule épée de Damoclès pour M. Temer, dont la situation reste extrêmement précaire malgré des signes d’embellie économique.

Il est en pleine tourmente depuis la révélation, à la mi-mai, d’un enregistrement sonore compromettant dans lequel il semble donner son accord pour acheter le silence d’Eduardo Cunha, ex-député aujourd’hui en prison.

Depuis, les appels à la démission se sont multipliés, un grand nombre de motions de destitution ont été déposées et la Cour Suprême a ouvert une enquête pour corruption et entrave à la justice.

Lundi soir, les avocats du président ont reçu de la part de la police fédérale 84 questions auxquelles il doit répondre sous 24 heures.

Une de ces questions porte sur la fameuse phrase « il faut continuer comme ça », prononcée par M. Temer, enregistré à son insu par le magnat de l’agroalimentaire Joesley Batista qui lui expliquait comment il maintenait de « bonnes relations » avec Eduardo Cunha.

Pour les procureurs, les deux hommes faisaient clairement référence à des pots-de-vin versés à l’ex-député.

Jusqu’à présent, M. Temer a réussi à éviter une défection de ses alliés politiques, mettant en avant la nécessité de passer une série de réformes d’austérité pour sortir le pays d’une récession historique.

Mais la décision du TSE pourrait bien changer la donne.

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