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À la recherche de survivants à Mocoa, en Colombie

Une femme pleure dans les décombres à Mocoa.
Photo: Luis Robayo Agence France-Presse Une femme pleure dans les décombres à Mocoa.

Entre douleur et incompréhension, la Colombie recherchait dimanche les survivants de la gigantesque coulée de boue qui a dévasté la ville de Mocoa, faisant plus de 200 morts, après des pluies torrentielles dans la région andine du nord-ouest de l’Amérique du Sud.

Le dernier bilan officiel a été revu à la hausse à 210 morts au lieu de 200, et plus de 200 blessés après le débordement de trois rivières dans la nuit de vendredi ; « un océan de boue » qui a tout emporté, selon des témoins.

« Sur 210 personnes décédées, 170 ont pu être identifiées. Il n’y a officiellement pas de disparu, aucun enfant sans défense », a tweeté le président Juan Manuel Santos, qui a pris la direction des secours et des travaux de réparation sur place.

Sous un ciel chargé, la chaleur et l’humidité imprégnaient Mocoa, ville de 40 000 habitants et chef-lieu du Putumayo, où la pluie avait cessé dimanche. De nombreux habitants tentaient de retrouver leurs proches dans les décombres ou de sauver quelques biens de la boue.

« J’ai cherché ma nièce, mais je ne l’ai pas trouvée. J’ai creusé, creusé jusqu’à ce que je tombe sur la main d’un bébé. C’était horrible. La boue l’a emportée, je ne la reverrai jamais », a raconté à l’AFP Marta Gomez.

La désolation tout autour

Les pantalons maculés de terre, son chien à ses côtés, cette femme de 38 ans patiente pour s’inscrire sur les registres de demande d’aide gouvernementale.

Autour d’elle, ce n’est que désolation : poupées aux membres arrachés, chaussures dépareillées, énormes racines d’arbres, véhicules écrasés… parmi lesquels des habitants vont et viennent, portant des frigos, des meubles récupérés dans les décombres.

La majorité des quartiers affectés sont pauvres, habités par nombre des 6,9 millions de déplacés du conflit armé qui déchire la Colombie depuis le début des années 1960.

Pataugeant dans la boue, les secouristes apportent sans relâche leur aide aux sinistrés. « Les recherches continuent pour trouver des survivants. Nous sommes encore dans les 72 heures suivant un tel désastre », au cours desquelles il y a encore un espoir de sauver des rescapés, a déclaré à l’AFP un porte-parole de la Croix-Rouge colombienne (CRC).

Le Défenseur du Peuple du Putumayo, Fabian Vargas, a précisé que les sauveteurs passent au peigne fin le parcours de la coulée de boue, en quête d’éventuelles nouvelles victimes. L’identification des corps, transférés à l’hôpital de Mocoa, se poursuivait dimanche.

« Le processus est en cours avec le personnel de médecine légale », a ajouté le responsable de cet organisme de protection des droits humains.

La ville restait privée d’eau courante et d’électricité, les autorités travaillant à rétablir ces services, mais avertissant que cela pourrait demander plusieurs jours.

« Cela va prendre du temps. Donc nous sommes en train d’apporter des camions citerne, de réparer les ponts détruits et d’accélérer la reconstruction des infrastructures, pour l’eau, l’énergie, le logement », a déclaré M. Santos aux journalistes.

Rétablir l’électricité est une tâche difficile, a admis le vice-ministre de l’Intérieur, Guillermo Rivera.

« Il faudrait construire une nouvelle station et cela va prendre du temps », a-t-il déclaré à Caracol Radio, précisant qu’une unité mobile allait entretemps être envoyée depuis Bogota.

Pas de nouveau glissement de terrain en vue

Après avoir survolé la zone, la Force aérienne a écarté tout risque de nouveau glissement de terrain. Et « une diminution des précipitations est attendue pour lundi et mardi », a indiqué l’Institut d’hydrologie, de météorologie et d’études environnementales (Ideam), cité par la présidence.

« Je suis profondément peiné par la tragédie qui a frappé la Colombie », a déclaré le pape François, lors d’une messe à Carpi (nord de l’Italie), qui a été remercié par le chef de l’État sur Twitter de même que les nombreuses manifestations de solidarité venues du monde entier.

Cette catastrophe est la plus grave survenue en Colombie depuis un autre glissement de terrain qui avait fait 92 morts en mai 2015 à Salgar, à une centaine de kilomètres de Medellín (nord-ouest).

Les violentes pluies n’ont pas seulement affecté la Colombie, mais aussi le Pérou, faisant 101 morts et plus d’un million de sinistrés, ainsi que l’Équateur avec 21 morts et plus de 9000 familles affectées.