La Colombie va négocier avec l’ELN pour une «paix complète»

Enlevé par l’ELN, Fredy Moreno Mahecha a finalement été remis lundi à une délégation composée notamment de membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l’Église catholique.
Photo: Daniel Martinez Agence France-Presse Enlevé par l’ELN, Fredy Moreno Mahecha a finalement été remis lundi à une délégation composée notamment de membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l’Église catholique.

Après l’accord avec les FARC, la Colombie entre mardi dans une phase cruciale de sa quête de « paix complète », en commençant à négocier avec l’ELN, dernière guérilla active d’un pays mutilé par plus de 50 ans de conflit armé.

« La phase publique des négociations entre le gouvernement colombien et l’ELN […] débutera mardi prochain à Quito, ce qui nous permettra d’atteindre une paix complète », s’est réjoui le président Juan Manuel Santos il y a quelques jours.

À la veille de ces pourparlers, la guérilla de l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste) a relâché un nouvel otage, un militaire qu’elle détenait depuis une dizaine de jours, ce qui a été qualifié de « bonne chose » par le gouvernement.

La voie semble donc dégagée pour le lancement des négociations, qui vont démarrer en Équateur, pays voisin de la Colombie et l’un des six garants du processus. Trois ans de tractations secrètes ont été nécessaires pour préparer ces pourparlers avec l’ELN, guérilla inspirée de la révolution cubaine et qui, selon le gouvernement, compte encore quelque 1500 combattants.

M. Santos entend négocier un accord similaire à celui signé en novembre avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), principale guérilla du pays, également issue d’une insurrection paysanne en 1964 et dont les quelque 6200 guérilleros doivent à présent déposer les armes.

L’ouverture officielle des pourparlers est prévue mardi à partir de 17 h (heure locale) dans l’Hacienda Cashapamba, propriété de l’Université Catholique, à une trentaine de kilomètres de Quito. Les discussions en tant que telles démarreront le lendemain pour une session de 45 jours.

Processus difficile

Pour l’expert en conflit armé Frédéric Massé, « c’est un processus qui s’annonce difficile », « différent de celui avec les FARC ». « L’ELN […] veut des modifications beaucoup plus profondes de la société », a précisé à l’AFP ce professeur de l’université El Externado de Bogota.

L’ELN est la dernière guérilla active, de la trentaine impliquées dans la confrontation, outre des paramilitaires d’extrême droite et les forces de l’ordre. Cette guerre fratricide a fait au moins 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Libération d’otages

M. Santos avait posé en préalable aux pourparlers la libération d’un otage, l’ex-député Odin Sanchez, la guérilla exigeant elle la grâce de quatre rebelles emprisonnés.

Ces conditions n’étant pas remplies, les pourparlers avaient été annulés en octobre. Mais jeudi, l’ELN, dont le nombre d’otages n’est pas connu, a relâché l’ex-député et le gouvernement a libéré deux guérilleros pour raisons de santé, après en avoir gracié deux autres qui vont participer aux négociations.

Quelques jours avant de libérer Odin Sanchez, l’ELN avait même séquestré un militaire de carrière, Fredy Moreno Mahecha, qui a finalement été remis lundi à une délégation composée notamment de membres du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de l’Église catholique.

Cette libération « génère de la confiance pour le début demain [mardi] de la table [des négociations] avec l’ELN à Quito », a tweeté le chef négociateur du gouvernement, Juan Camilo Restrepo. Selon l’analyste Kyle Johnson, d’International Crisis Group, si l’ELN n’avait pas libéré ce soldat « il aurait été impossible d’avoir des avancées demain » mardi.

Outre l’Équateur et la Norvège, le Brésil, le Chili, Cuba et le Venezuela sont garants du processus avec l’ELN, dont ils accueilleront à tour de rôle les sessions.

Six thèmes

L’agenda compte six thèmes : la participation de la société civile à la construction de la paix, la démocratie pour la paix, les transformations pour la paix, les victimes, la fin du conflit armé et l’application de l’accord final, qui a peu de chances d’être signé avant l’élection présidentielle de 2018, et donc le départ du pouvoir de M. Santos.