Michel Temer dans la tourmente

Environ la moitié des Brésiliens juge le gouvernement du président Michel Temer «mauvais ou très mauvais».
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse Environ la moitié des Brésiliens juge le gouvernement du président Michel Temer «mauvais ou très mauvais».

L’arroseur arrosé ? Moins de quatre mois après la destitution controversée de l’ex-présidente brésilienne Dilma Rousseff (Parti des travailleurs, PT), la question est désormais posée pour son successeur et ancien vice-président pendant cinq ans : Michel Temer (Parti du mouvement démocratique brésilien, PMDB), l’homme qui lui a savonné la planche, parviendra-t-il à son tour à mener à terme son mandat « tampon » ? Car la destitution n’a pas résolu la grave crise politique dans laquelle est plongé le Brésil depuis la réélection de Dilma Rousseff, fin 2014. L’opération Lava Jato (« lavage express ») continue de faire des dégâts. Longtemps centrée sur le PT, contribuant à le chasser du pouvoir qu’il occupait depuis 13 ans, cette enquête sur le tentaculaire scandale de corruption au sein du groupe pétrolier semi-public Petrobras rattrape désormais la droite, menaçant la coalition de Michel Temer.

Numéro un du BTP, le groupe Odebrecht, qui arrosait les partis de tous bords moyennant des contrats surfacturés avec Petrobras, s’est engagé à collaborer avec la justice, semant la panique à Brasília. Pas moins de 77 cadres et dirigeants du géant des travaux publics vont passer à table en échange d’une remise de peine. Les confessions de Claudio Melo Filho, le premier d’entre eux à parler, éclaboussent le PMDB, voire Michel Temer lui-même, qui a présidé le parti ces 15 dernières années.

Manoeuvres

Peu avant les élections de 2014, et alors qu’il était encore vice-président de Dilma Rousseff, Temer aurait demandé une contribution de campagne à l’héritier d’Odebrecht, lequel confirme le propos. Des dessous-de-table d’environ trois millions d’euros ont ainsi été distribués à des caciques du PMDB. Accusé d’avoir réceptionné en espèces une partie de la somme, José Yunes, ami et proche conseiller du président, a démissionné mercredi. Temer n’a pas jugé bon, pour l’heure, de limoger trois autres de ses lieutenants mis en cause : Eliseu Padilha, ministre dit de la « Maison civile » (un poste de premier ministre informel), mais aussi le ministre Moreira Franco et le sénateur Romero Jucá, chef de la majorité au Congrès. Ces dernières années, et en échange de pots-de-vin, Franco et Jucá auraient pris des mesures ou élaboré des projets de loi conformes aux intérêts d’Odebrecht.

Le président lui-même vacille, sans avoir jamais réussi à combler son déficit de légitimité. Longtemps allié au PT, l’homme avait précipité la chute de Dilma Rousseff en orchestrant le débarquement du PMDB de sa coalition. Le plus grand parti du Brésil rompait ainsi avec son rôle de modérateur de l’arène politique, et ses motivations n’avaient rien de noble. Selon des écoutes téléphoniques, déloger Dilma Rousseff via un « putsch parlementaire » visait à freiner l’enquête Lava Jato, ce que l’ex-présidente n’avait pas voulu – ou n’avait pas pu – faire. Et de fait, le gouvernement Temer est accusé d’être derrière les récentes manoeuvres du Congrès (dont un tiers des membres, toutes étiquettes confondues, est cité dans des « affaires ») pour tenter d’entraver la lutte anticorruption.

Départ

Six ministres tombés en quelques mois pour faits de corruption, la récession économique qui ne finit pas… Ce gouvernement, 51 % des Brésiliens — vingt points de plus qu’en juillet — le jugent désormais « mauvais ou très mauvais ». Une large majorité (63 %) réclame même le départ du président. Démissionner ? « Ce n’est pas son genre », disent ses proches. Une nouvelle destitution est-il envisageable ? Pas pour Cláudio Gonçalves Couto, professeur de sciences politiques à la Fondation Getúlio Vargas : « Le président est certes fragilisé mais, contrairement à Dilma Rousseff, il dispose d’une majorité parlementaire, cruciale pour se maintenir en poste… Son départ n’est pas exclu pour autant. » Les confessions d’Odebrecht ne font que commencer. La justice pourrait invalider le scrutin de 2014 si elle concluait que le ticket Rousseff-Temer a bénéficié de fonds illégaux. Auquel cas, le chef de l’État devrait renoncer, sauf si le tribunal décidait de privilégier la « stabilité » en attendant le scrutin de 2018. Son verdict très politique est attendu l’an prochain.

D’ores et déjà, Temer semble en passe d’être lâché par l’empire médiatique Globo, et ce n’est pas bon signe. « Ce qui compte le plus, c’est l’appui des marchés, qui pourraient craindre une nouvelle détérioration de la situation économique sans lui », nuance Cláudio Gonçalves Couto. De ce côté-là, rien à craindre pour l’instant : le gouvernement vient de faire approuver un amendement constitutionnel prévoyant, au nom de l’ajustement budgétaire, le gel de la dépense publique pendant… 20 ans.