La pression monte en faveur d’un référendum anti-Maduro

Des partisans du président vénézuélien ont défilé dans les rues de Caracas, mercredi, pour protester contre l’Organisation des États américains et son secrétaire général, Luis Almagro.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Des partisans du président vénézuélien ont défilé dans les rues de Caracas, mercredi, pour protester contre l’Organisation des États américains et son secrétaire général, Luis Almagro.

L’opposition vénézuélienne tentait mercredi d’accélérer le processus vers un référendum pour révoquer le président Nicolas Maduro dans ce pays en plein chaos politique et économique, soutenue par la pression internationale exercée par l’Organisation des États américains (OEA).

Une commission de sept députés de la coalition de la Table pour l’unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, devait se réunir dans la journée avec le Conseil national électoral (CNE).

Leur objectif : faire pression sur cet organisme, qu’ils accusent de faire le jeu du chavisme (du nom de l’ex-président Hugo Chavez, 1999-2013), pour obtenir au plus vite un calendrier des différentes étapes menant au référendum.

Le CNE doit justement se prononcer jeudi sur les 1,8 million de signatures recueillies et présentées par la MUD en faveur du référendum. Mais s’il les valide, ce ne sera que le premier pas d’un long processus.

L’opposition de centre-droit est engagée dans un contre-la-montre pour organiser cette consultation d’ici le 10 janvier 2017 : en cas de succès, de nouvelles élections seraient organisées. Sinon, Nicolas Maduro serait uniquement remplacé par son vice-président.

Réunion urgente

Elle a reçu mardi un soutien de poids, avec l’appel par le secrétaire général de l’OEA, l’Uruguayen Luis Almagro, à une réunion urgente de l’organisation entre le 10 et le 20 juin pour parler de « la crise institutionnelle » au Venezuela.

« Bientôt, tous les pays soutiendront le peuple vénézuélien qui veut un référendum révocatoire ! » s’est exclamé Henrique Capriles, un des leaders de l’opposition, candidat malheureux à la présidentielle de 2013.

Furieux, Nicolas Maduro a accusé l’OEA d’« interventionnisme », proclamant « la rébellion nationale face aux menaces internationales ».

Appelés par le chef de l’État à « une grande marche anti-impérialiste et “anti-almagriste”», des milliers de jeunes socialistes manifestaient mercredi dans le centre de Caracas, sous le slogan « Almagro, va te faire voir ! ».

Pour Nicolas Maduro, l’action de l’OEA, sollicitée par l’opposition, vise à préparer une intervention des États-Unis au Venezuela. Il a annoncé qu’il poursuivrait mercredi la direction du Parlement pour « usurpation de fonctions » et « trahison à la Patrie ».

Climat d’exaspération

Dans un pays sinistré économiquement par la chute des cours du pétrole, sa principale richesse, le président socialiste est la cible d’un mécontentement populaire croissant, 68 % des habitants souhaitant son départ.

Fatigués de faire la queue pendant des heures avant de trouver des rayons vides au supermarché, lassés des coupures d’électricité quotidiennes, irrités face à des services publics ne fonctionnant plus que deux jours par semaine, les Vénézuéliens semblent avoir perdu patience.

Le climat d’exaspération dans ce pays qui est l’un des plus violents au monde et l’attitude inflexible du gouvernement font craindre des débordements, deux ans après des manifestations ayant fait 43 morts.

M. Almagro a d’ailleurs évoqué la grave crise économique, sociale, politique et institutionnelle que vit le pays pour lancer son appel mardi.

Dans une lettre adressée aux États membres, il a invoqué la charte démocratique de l’OEA, instrument utilisé en cas d’« altération de l’ordre constitutionnel » dans l’un de ces États, ce qui est le cas au Venezuela, selon lui.

Ce n’est pas la première fois que M. Almagro critique le pouvoir de Nicolas Maduro, qu’il accuse de devenir un « dictateur ».

L’opposition s’en est félicitée : « La communauté internationale, y compris l’OEA, ne peut pas ignorer la grave crise humanitaire que nous traversons » et « les violations des droits de l’homme », a réagi le président de l’Assemblée, Henry Ramos Allup.

Mais « l’OEA ne va pas fournir de solution magique pour le Venezuela », prévient l’avocat Carlos Ayala Corao, expert en droit constitutionnel.

« L’application de la charte [démocratique] n’est pas la solution immédiate à tous nos maux », estime aussi le constitutionnaliste José Ignacio Hernandez, qui ajoute toutefois qu’« au final, après un chemin plus ou moins long, la pire situation pour le Venezuela serait sa suspension de l’OEA », une possibilité inscrite dans la charte.

L’organisation n’est pas la seule à faire pression sur Caracas : la demande de référendum a reçu mardi le soutien du Chili, de l’Argentine, de la Colombie et de l’Uruguay, qui ont salué la médiation entreprise dans le cadre de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) entre le gouvernement et l’opposition.