La résistance au néolibéralisme s’organise

Les réformes du président de l’Argentine, Mauricio Macri, sont de plus en plus contestées.
Photo: Juan Mabromata Agence France-Presse Les réformes du président de l’Argentine, Mauricio Macri, sont de plus en plus contestées.

Alors que les réformes du président Macri ont entraîné une explosion des prix, l’opposition occupe la rue et les syndicats recrutent en masse.

Ouverture du contrôle des changes, fin des rétentions grevant les exportations de céréales, réouverture des importations, libéralisation des marchés, coupes radicales des subventions à l’énergie et au transport… À peine arrivé au pouvoir, en décembre, le nouveau président argentin de droite, Mauricio Macri, a mené ses réformes au pas de charge et au son du clairon. Son but est clair : inverser en un minimum de temps le modèle populiste social mis en place par 12 ans de présidence Kirchner (Cristina a succédé, en 2007, à son ex-mari, Nestor), rendre à nouveau compétitif un pays dont l’économie est largement contrôlée par l’État. Et tandis qu’une moitié du pays se réjouit de la fin d’un cycle, l’autre est entrée en résistance.

Après le choc d’une défaite qu’elle n’avait pas anticipée et le contrecoup violent des premiers mois passés à panser ses plaies entre convaincus, l’ex-majorité, désormais dans l’opposition, s’est aujourd’hui relevée et occupe la rue en masse. Pour la première fois cette année, la manifestation du 1er mai a rassemblé tous les syndicats argentins, historiquement divisés.

Ce que le péronisme n’a jamais réussi à faire, le macrisme est en train de l’accomplir… « Ce gouvernement est l’ennemi du peuple argentin et l’allié des puissantes forces du capitalisme mondialisé, affirme Federico Montero, secrétaire général de la Feduba, le syndicat de l’Université publique de Buenos Aires (UBA). Au-delà de nos querelles de clocher, nous sommes rassemblés, unis dans l’action. »

Omelette

Il faut dire que, pour réaliser son omelette libérale, Mauricio Macri n’a pas hésité à casser beaucoup d’oeufs. La célérité de ces changements, combinée à une situation économique de base précaire, a eu pour premier effet une explosion des prix que le gouvernement ne semble pas réussir à contrôler. On envisage en effet entre 30 % et 45 % d’inflation — malgré la promesse de remettre sur pied l’organisme de statistiques public, l’INDEC, qui avait été noyauté par les Kirchner et partiellement démantelé, aucun chiffre officiel n’en est encore sorti.

Surtout, la vague de licenciements entamée au sein des administrations afin de les « dégraisser des emplois fictifs et des postes politiques », comme les a qualifiés le ministre des Finances, Alfonso Pratt-Gay, s’est ajoutée à celle du secteur privé. Le gouvernement a reconnu une coupe de 10 000 postes de fonctionnaires, alors que leur syndicat, l’ATE, parle de près de 40 000. Au total, l’opposition au gouvernement de Mauricio Macri brandit le nombre de 140 000 emplois supprimés dans le pays comme un étendard.

L’université publique est en première ligne de la lutte idéologique déjà engagée. En butte à de sévères négociations salariales censées pallier l’inflation, elle a multiplié les actions de visibilité et se veut la représentante d’un modèle d’inclusion. On a ainsi vu fleurir sur les trottoirs de Buenos Aires, mais aussi dans des stations de métro, et jusqu’au parc de stationnement de l’aéroport domestique, des classes publiques délocalisées avec pupitres et tableaux noirs, prenant l’air loin des amphis.

Autre fait d’époque : ce sont bien les syndicats qui articulent le combat aujourd’hui. Dans les cinq derniers mois, 4000 personnes ont adhéré à l’ATE, regroupant les fonctionnaires. Et 4000 autres ont rejoint le syndicat de la construction, 5000 celui des transports. Un renouvellement générationnel mené par des jeunes ayant découvert le militantisme pendant les années Kirchner. Sans doute l’un de leurs plus grands héritages.

Fruits

« Je fais partie d’une génération qui a vu fleurir un tas d’organisations politiques, raconte Tania Rodriguez, professeure de sciences politiques et récemment affiliée à la Feduba. Aujourd’hui, le syndicalisme est un outil qui nous permet de soutenir un combat qui est loin d’être terminé. » Mauricio Macri en appelle à la patience, arguant que la relance est pour demain et que le cadre économique qu’il a mis en place ne tardera plus à donner ses fruits.

Mais pour les plus fragiles, difficile de soutenir cette attente. Tania Rodriguez poursuit : « Dans nos têtes s’est activée la puce de la résistance et, en Argentine, ça s’écrit avec un R majuscule. »

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