Le scandale Petrobras rattrape Lula

L’ex-président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, a été accueilli par ses partisans après avoir subi un interrogatoire de trois heures.
Photo: Miguel Schincariol Agence France-Presse L’ex-président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, a été accueilli par ses partisans après avoir subi un interrogatoire de trois heures.

Ses adversaires politiques attendaient ce moment. Ça y est, l’opération Lava Jato (« Kärcher »), l’enquête sur le tentaculaire scandale de corruption au sein de Petrobras (la compagnie pétrolière contrôlée par l’État brésilien), a frappé à la porte de Luiz Inácio Lula da Silva. Scandale dont l’ex-président du Brésil (2003-2010) et leader historique du Parti des travailleurs (PT), au pouvoir depuis 13 ans, serait l’un des bénéficiaires, à en croire le ministère public.

Vendredi, les policiers fédéraux sont arrivés au petit matin chez lui, dans la banlieue de São Paulo, pour perquisitionner son domicile et le conduire rondement dans leurs locaux afin de l’entendre sur de supposés « avantages indus » qu’il aurait obtenus de la part de groupes du BTP impliqués dans l’affaire du « Petrolão ». Lula est ressorti libre trois heures plus tard, et a rejoint le siège de son parti où l’attendait une réunion de crise.

« Pourquoi l’avoir emmené de façon “coercitive" alors qu’il ne refuse pas de collaborer avec la justice ? » s’indigne l’un de ses partisans, le juriste Adriano Pilatti. Pour éviter les manifestations qui auraient pu intervenir si la date et le lieu de l’audition avaient été connus d’avance, ont justifié les enquêteurs. Pour « déstabiliser le gouvernement, criminaliser le PT et combattre le principal leader du peuple brésilien », accuse de son côté le parti au pouvoir, pour lequel les appareils policier et judiciaire seraient acquis à l’opposition de droite.

En guise d’« avantages », les enquêteurs pointent les travaux entrepris dans une maison de campagne fréquentée par Lula et sa famille ainsi que l’aménagement, au goût de l’ex-président et de son épouse, d’un triplex dont le couple dément être propriétaire. Les travaux auraient été payés par des entreprises accusées d’avoir surfacturé leurs contrats avec Petrobras pour mieux financer les campagnes électorales du PT et de deux formations de sa coalition. Les procureurs affirment avoir trouvé des « éléments » selon lesquels l’ex-président aurait reçu des sommes issues du Petrolão. Ils évoquent notamment les 30 millions de réaux (10,7 millions de dollars) que l’Institut Lula et LILS, la société qui gère les activités de l’ancien chef de l’État, auraient reçu de ces mêmes groupes du BTP entre 2011 et 2014. Officiellement, il s’agissait de donations à l’institut, ou encore de rémunérer les conférences données par Lula à leur demande. L’enquête cherche à déterminer s’il y a eu échange de bons procédés.

La température politique était déjà montée la veille avec les révélations attribuées au sénateur PT Delcídio Amaral. Mis en cause dans Lava Jato, l’homme, ex-chef de la majorité au Sénat, accuse Lula, tout comme l’actuelle présidente, Dilma Rousseff, d’avoir tenté d’obstruer le travail de la justice.

Étoile pâlie

Il n’y a pas si longtemps, en 2010, l’ex-président quittait le pouvoir auréolé de gloire, avec plus de 80 % d’opinions favorables. Il parviendra même à faire élire à sa succession sa protégée, « Dilma », réélue pour un second mandat en 2014. Le Brésil passe alors pour l’exemple du décollage réussi d’un pays émergent.

Pendant son premier mandat, Rousseff a réussi à maintenir le modèle de croissance redistributive. Mais le pays a finalement basculé dans la récession (-3,8 % en 2015). Le chômage et l’inflation explosent. Du coup, les Brésiliens se montrent moins tolérants envers une corruption qui semble avoir dépassé toutes les limites. Les langues se délient, le mythe Lula se lézarde. Le « père des pauvres » n’est plus intouchable. Une récente enquête ne le crédite que de 20 % des intentions de vote, derrière les candidats de l’opposition, au cas où il se présenterait à l’élection présidentielle de 2018. Une hypothèse qu’il n’exclut pas.

L’opposition cependant ne profite pas pleinement de la disgrâce du leader de gauche. Dans la classe politique brésilienne, nul, à part peut-être la dirigeante écologiste Marina Silva, n’est épargné par les accusations de malversations. Nul n’ose donc décréter la mort politique du plus grand leader politique du Brésil. « Enterrer ses chances serait une erreur », prévenait récemment un éditorialiste, rappelant l’extraordinaire résilience de l’ancien leader syndical, trois fois battu avant de se faire élire à la tête du pays, en 2002. Quatre ans plus tard, il décrochait un second mandat malgré le premier grand scandale dans lequel avait trempé son parti, le mensalão (achat de voix et financement illicite).

Rousseff menacée

Mais aujourd’hui, l’affaire paraît plus grave, et menace au passage d’emporter Dilma Rousseff. Les démêlés de Lula, son mentor politique, avec la justice, tout comme les allégations de Delcídio Amaral, renforcent la droite qui défilera le 13 mars pour demander la démission de la présidente. Ils risquent également de relancer la procédure de destitution visant Dilma Rousseff.
 

L’ex-président crie son indignation

Luiz Inácio Lula da Silva a affirmé ne pas craindre la justice et clamé son indignation vendredi après avoir été interpellé par la police. « Je me suis senti prisonnier ce matin » dans les locaux de la police fédérale situés à l’aéroport de Congonhas, à São Paulo, a déclaré Lula au siège du Parti des travailleurs (PT). « S’ils voulaient m’entendre, il fallait juste me convoquer et j’y allais. Je ne dois rien [à personne] et je ne crains pas » la justice, a souligné Lula, reprenant un proverbe brésilien, « qui ne doit rien, ne craint rien ». L’ancienne icône de gauche qui a gouverné le Brésil de 2003 à 2010 a qualifié la perquisition à son domicile, puis son transfert au siège de la police, de « spectacle médiatique plutôt qu’une enquête sérieuse ». L’actuelle présidente, Dilma Rousseff, s’est également indignée de l’interpellation « inutile » de son mentor.