«On ne doit pas faire ce qui incombe aux Haïtiens»

L’incertitude est grande en Haïti. Le mécontentement aussi. Dimanche, des manifestants réclamaient la démission du président Michel Martelly.
Photo: Hector Rétamal Agence France-Presse L’incertitude est grande en Haïti. Le mécontentement aussi. Dimanche, des manifestants réclamaient la démission du président Michel Martelly.

Port-au-Prince — Le second tour de l’élection présidentielle et les législatives partielles qui devaient se tenir dimanche en Haïti ont été reportés sine die. Celso Amorim, le chef de la mission d’observation électorale de l’Organisation des États américains (OEA) appelle les acteurs politiques au compromis.

Considérez-vous que l’annulation des élections était une mesure appropriée face à la défiance de l’opposition contre ces scrutins et à la suite des attaques sur les bureaux électoraux la semaine dernière ?

Le conseil électoral provisoire a expliqué qu’il s’agissait d’une décision prise pour des raisons sécuritaires. Mais évidemment, même si ça n’a pas été la raison invoquée, je trouve qu’une élection qui ne serait pas compétitive, avec un seul candidat, était très difficile, même si techniquement elle aurait pu être considérée comme correcte. La légitimité et l’acceptation populaire de la nouvelle autorité auraient été très faibles et cela aurait eu des conséquences difficiles à affronter. […] Un vide du pouvoir peut entraîner de la violence et on peut entrer dans un cercle vicieux. J’espère qu’on peut arriver à un consensus minimum qui permettrait d’élire des représentants avec une plus large légitimité.

Pensez-vous que le dialogue, auquel vous appelez, existe aujourd’hui entre les acteurs politiques concernés par cette crise électorale ?

Je ne connais pas tous les détails, mais je sens, d’après ce que je lis et les quelques conversations que j’ai eues, qu’il y a un effort de négociations. Avons-nous été capable de mettre tous les acteurs devant participer aux négociations dans ce dialogue ? Je ne saurais pas le dire. Des gens d’importance du secteur économique ou politique sont impliqués dans cet effort et eux, je pense, ont cet espoir. La démocratie c’est cela : être capable de comprendre qu’on ne peut pas avoir tout ce que l’on veut. Il faut accepter l’autre, faire des concessions. Comme ce pays a connu malheureusement des périodes très larges de dictature, c’est difficile. Il faut avoir l’esprit de conciliation. Je suis modérément optimiste d’après ce que j’ai entendu jusqu’ici mais je ne suis pas sûr.

L’ONU a une mission en Haïti depuis 12 ans, avec pour mandat de travailler à la stabilité sécuritaire et politique du pays. Ne pensez-vous pas que cette élection contestée et annulée est la preuve de la faillite de l’intervention internationale en Haïti ?

On ne peut pas faire et on ne doit pas faire ce qui incombe aux Haïtiens. Ils doivent comprendre ce qui est nécessaire pour leur démocratie : la pluralité, les différences d’opinion, le respect des autres et des bonnes élections. On ne peut pas assurer cela de l’extérieur. On peut seulement assurer des conditions qui favorisent ces possibilités. Je pense qu’en Haïti, il y a un très grand manque de confiance. Qu’est-ce que la communauté internationale peut faire ? La police peut empêcher quelqu’un de commettre un crime, mais ne peut pas forcer une personne à aimer une autre. On doit respecter cette évolution haïtienne. L’OEA n’est pas ici pour favoriser l’opposition ou le gouvernement. Le problème est un problème de crédibilité et le peuple haïtien doit être juge. Ca ne doit pas être les États-Unis ni l’OEA ou l’Union européenne.