Nouveau report des élections en Haïti

Quelques milliers de personnes ont manifesté avec fracas dans les rues de Port-au-Prince, vendredi.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse Quelques milliers de personnes ont manifesté avec fracas dans les rues de Port-au-Prince, vendredi.

Impossible de tenir des élections dans un climat politique et social aussi tendu que celui qui agite Haïti, a tranché le Conseil électoral provisoire (CEP) du pays vendredi. Le deuxième tour de la présidentielle et des législatives, qui devait avoir lieu dimanche, a donc été de nouveau reporté au terme d’une autre journée de manifestation.

Au moment où quelques milliers de personnes manifestaient avec fracas dans les rues de Port-au-Prince — pneus brûlés, voitures incendiées, barricades improvisées, jets de pierres, tirs d’armes à feu —, le président du CEP a diffusé un communiqué indiquant que « devant la détérioration de l’environnement sécuritaire et les menaces qui pèsent sur le processus électoral », il valait mieux « surseoir aux opérations électorales » prévues dimanche.

Incidents violents

Le CEP comme les médias ont recensé dans les derniers jours des dizaines d’incidents violents touchant des lieux désignés comme bureaux de vote. Plusieurs incendies ont été déclenchés ; on a évoqué des « tirs nourris en direction » d’un centre de votation ; ailleurs, des « individus armés ont emporté [du] matériel [critique] » nécessaire à la tenue du vote.

Le président du CEP, Pierre-Louis Opont, a résumé en parlant d’un « ensemble d’incidents et d’actes violents sur l’ensemble des infrastructures du Conseil ».

La décision du CEP paraissait inévitable aux yeux de plusieurs observateurs et acteurs de la société haïtienne. Les appels à un report se faisaient ainsi de plus en plus pressants à mesure qu’approchait la date du scrutin. Mercredi, les membres du Sénat ont voté pour son annulation, joignant leur voix à celle de l’influente Conférence des évêques — qui a joué un rôle de médiateur entre l’exécutif et l’opposition au cours des derniers jours.

La Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti avait aussi soutenu que sans une « consolidation du processus électoral », la légitimité du prochain gouvernement ne saurait assurer la stabilité dont le pays a besoin.

Dans ce contexte, une dizaine d’organisations locales chargées d’observer le déroulement des élections avaient déjà indiqué qu’elles ne déploieraient pas leurs 1500 observateurs.

Une farce

Plus important encore : Jude Célestin, arrivé deuxième au premier tour de la présidentielle (25,3 % des suffrages), refusait de participer à un deuxième tour qu’il qualifiait de « farce ». Il s’est réjoui vendredi de la « décision sage » du CEP… qui arrive tout de même tard à son avis. « Nous avons dépensé des sous que nous n’avions même pas, ce qui montre l’irresponsabilité de nos dirigeants, a-t-il déclaré. Mais mieux vaut tard que jamais. »

Pour le candidat de l’opposition, il s’agit d’une « victoire pour la démocratie [et] pas seulement pour moi, car je n’étais pas le seul à combattre » ce scrutin.

Depuis deux mois, l’opposition dénonce ce qu’elle appelle un « coup d’État électoral » fomenté par le président Michel Martelly — qui ne peut prétendre à un deuxième mandat d’affilée. Le poulain de M. Martelly, Jovenel Moïse, a récolté 32,8 % des voix au premier tour, malgré un taux de notoriété bien moins grand que celui de Jude Célestin.

Sans parler de fraudes, la Commission indépendante d’évaluation électorale (CIEE), mise sur pied à la demande de l’opposition, a conclu que le scrutin du 25 octobre avait été « entaché d’irrégularités ».

Malgré les critiques et les doutes quant à la capacité de l’État de tenir des élections sécuritaires dimanche, le président Martelly avait réitéré encore jeudi sa détermination à aller de l’avant — pressuré notamment par les États-Unis, qui ont investi 33 millions dans leur organisation. M. Martelly faisait valoir l’importance de respecter la date de passation de ses pouvoirs, prévue le 7 février par la Constitution. 

Il devait normalement s’adresser à la nation vendredi soir, mais l’allocution a été annulée sans explication. Le gouvernement a émis un message disant avoir « pris acte » de la décision de CEP.


À Ottawa, le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a indiqué « suivre attentivement le déroulement du processus électoral en Haïti ».

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2016 01 h 24

    Un paradis devenu un enfer?

    Quel pays intoxiqué par ses croyances, l'histoire triste de la planète, que de peine j'en éprouve, a une époque n'en parlions-nous pas comme le paradis, ne disons- nous pas que celui qui veut faire le saint souvent se transforme en diable

  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2016 11 h 55

    Un paradis devenu un enfer

    Comment sortir ce pays du marasme quand chacun a sa foi et ses croyances, des gens sympathiques mais atteints de la maladie de l'excès, celle de l'anarchie, ou les esprits s'y affaissent comme des chateaux de cartes, sur ce territoire toutes les tendances existent de l'extreme gauche a l'extreme droite quand ce n'est pas les options religieuses