Morales pour combattre la corruption

Guatemala — Acteur comique novice en politique, Jimmy Morales a pris jeudi les rênes du Guatemala, un pays d’Amérique centrale rongé par la violence et la corruption, avec le soutien d’une population qui a choisi de tourner le dos à la classe politique traditionnelle.

L’humoriste, comédien et animateur de télévision de 46 ans, a été élu haut la main le 25 octobre face à l’ex-première dame, Sandra Torres, 60 ans. Outre une croisade contre la corruption, son défi majeur durant ces quatre prochaines années sera de combattre la violence qui règne dans ce pays de 16 millions d’habitants, où l’on a dénombré 6000 meurtres en 2015.

« Il y a beaucoup d’attentes, car le besoin d’impulser des changements est criant dans le pays. Il y a plein d’espoir et de problèmes en attente d’être résolus », a déclaré l’analyste politique, José Carlos Sanabria.

L’absence d’expérience politique de Morales avait été perçue par ses partisans comme un gage d’honnêteté, selon les analystes. En 2011, il avait simplement été candidat à la mairie de Mixco, ville des faubourgs de la capitale, arrivant en troisième position.

Mais le parti qui le soutient est controversé, comme l’avait rappelé sa rivale Mme Torres en l’accusant de « représenter la vieille garde de militaires douteux », certains des militaires ayant fondé FCN-Nacion étant soupçonnés de violations des droits de l’Homme durant la guerre civile (1960-1996).

Il est aussi reproché à Jimmy Morales son manque de programme clair pour mener le pays.

Des dignitaires

Morales a été officiellement investi jeudi lors d’une cérémonie à laquelle ont assisté notamment l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, et le vice-président des États-Unis, Joe Biden, qui doit se réunir ensuite avec les chefs d’État d’Amérique centrale.

L’entourage de Joe Biden a fait savoir mercredi qu’il insisterait sur le message suivant : l’aide américaine destinée à la région (750 millions de dollars) sera conditionnée à la lutte des gouvernements contre la corruption et l’immigration illégale.

L’an dernier, l’élection de Jimmy Morales avait été le point d’orgue de plusieurs mois de mobilisation historique contre la corruption, pour dénoncer le vaste réseau de fraude découvert au sein des douanes, qui aurait détourné 3,8 millions de dollars entre mai 2014 et avril 2015, alors que 53,7 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Une ébullition populaire inédite qui avait précipité, quelques jours avant le premier tour le 6 septembre, la démission du président Otto Perez, ex-général de 64 ans au pouvoir depuis 2012, puis son placement en détention provisoire. Il est accusé, comme son ancienne vice-présidente, Roxana Baldetti, elle aussi incarcérée, d’avoir organisé le réseau de corruption et perçu 800 000 $US en pots-de-vin.

M. Morales, qui a fait des étude d’administration d’entreprises, de communication et de théologie, est marié et père de trois enfants.